Vivement le retour de l’opposition

Après presque deux ans d’éclipse pandémique, l’opposition au Parlement fédéral doit retourner faire ce qu’elle sait faire le mieux : questionner, proposer, exiger, s’opposer.

La Presse Canadienne / Montage L'actualité

L’auteur est un ancien stratège conservateur, ayant conseillé l’ex-premier ministre Stephen Harper lors de trois élections générales. Il est vice-président de TACT, une agence de relations publiques.

Le 13 octobre 1987, Frank McKenna a été élu premier ministre du Nouveau-Brunswick en remportant 58 des… 58 sièges de l’Assemblée législative. L’absence de toute opposition a constitué un véritable défi pour le jeune politicien de l’époque, tant la situation élevait les attentes à son égard et ne rendait pas service à la population. 

Le contexte est différent, mais la pandémie a aussi fait disparaître l’opposition pour la quasi-totalité du deuxième mandat du gouvernement de Justin Trudeau. Or, les citoyens bénéficient d’une opposition forte et, heureusement, cette époque est révolue.   

Depuis le printemps 2020, il était difficile pour les conservateurs, les bloquistes, les néo-démocrates et les verts de bien s’en tirer. Toute critique des efforts collectifs face à la COVID-19 était susceptible de se retourner contre eux. Lors des grandes crises, la population a tendance à se rallier derrière ses dirigeants politiques. La pandémie n’a pas été différente.

En plus du risque de l’effet boomerang, les partis d’opposition devaient composer avec une autre réalité : l’indifférence du public à leur égard. Que valaient les inquiétudes des élus de la Chambre des communes en regard des dangers que nos proches couraient face à la maladie, de l’anxiété économique des millions de Canadiens qui avaient perdu leur emploi ?

Sauf le respect que je leur dois, ce que les O’Toole, Blanchet ou Singh avaient à dire était malheureusement pour eux bien loin sur la liste des priorités collectives. 

Le temps est écoulé

Mais voilà, c’est à nouveau le temps que les partis d’opposition jouent leur rôle et que les joutes parlementaires corsées — et la couverture médiatique qui les accompagne — reprennent. Il en va de l’exercice de notre démocratie. 

Les partis d’opposition sont aussi importants que le gouvernement dans notre système politique. S’ils bénéficient de moins de pouvoir, ils peuvent en revanche tenir le gouvernement responsable de ses actes régulièrement au Parlement. L’ensemble des 338 élus fédéraux ont un rôle législatif également : ils votent des lois et les modifient au nom de l’intérêt commun.

J’ose croire que le pire de la pandémie est derrière nous. Nous avons accès à des vaccins, nous connaissons les gestes barrières. Malgré la présence de mesures sanitaires, beaucoup d’entre nous ont retrouvé une vie qui se rapproche de celle que nous avions auparavant. Si la vie normale, ou presque, reprend à peu près partout, elle doit également revenir dans l’enceinte où s’exercent les fondements de notre démocratie. 

C’était donc réjouissant de voir les banquettes remplies de députés cette semaine à Ottawa. Conséquemment, l’opposition ne doit plus hésiter à critiquer le gouvernement sur la pandémie par crainte d’être accusée de manquer de patriotisme ou d’être antiscience. Par ailleurs, le gouvernement ne doit pas non plus se servir de ces arguments douteux pour éviter de rendre des comptes à la population à travers ses élus.

Tout le monde y gagne

En outre, toutes les formations peuvent tirer profit d’un retour à la vie politique normale. Pour les partis d’opposition, il s’agit d’une occasion de jouer les cartes à leur disposition pour reprendre partiellement la maîtrise des priorités. Tellement de questions importantes et urgentes préoccupent la population, en plus de la sortie de la pandémie : la montée du coût de la vie, les inondations catastrophiques en Colombie-Britannique, la lutte contre les changements climatiques, la recrudescence des crimes violents, l’amélioration du système de santé, la cause des peuples autochtones et bien d’autres.

Les partis d’opposition doivent également recommencer à faire le tour du pays pour rencontrer les gens et obtenir de la visibilité locale importante dans les médias. Puis revenir à Ottawa avec le pouls du terrain et imposer les sujets évoqués dans les tournées. Ces exercices dérangent le gouvernement et le forcent à agir ou à avoir des réponses. 

Même le gouvernement bénéficiera de la reprise de la routine politique. D’abord parce qu’un grand nombre de députés et de ministres demeurent dans l’ombre depuis le début de la pandémie. Ils tapent assurément du pied et piaffent d’impatience, ayant hâte de faire les réformes tant attendues et d’en débattre avec leurs adversaires.

Autre élément important, les ministres, les conseillers et les députés du parti au pouvoir vont rehausser leur niveau de jeu quand ils vont être sous pression relativement à un grand nombre de dossiers. Ils devront utiliser le filtre politique pour l’analyse et la prise de décisions. Ainsi, ils seront davantage en phase avec la volonté du peuple dans leurs actions. 

La fonction publique y gagne aussi, qu’elle s’en rende compte ou non. Parce qu’un des avantages majeurs des travaux parlementaires — périodes des questions ou comités législatifs — est que les ministères doivent participer à la préparation des ministres et ainsi également accorder une attention particulière aux préoccupations qui émergent dans l’actualité ou qui sont portées par des députés.

Rien de tout cela n’est possible sans des partis d’opposition efficaces. Vivement leur retour en force.

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