Voici le chemin de la victoire pour Erin O’Toole

Malgré ses récents revers, le chef conservateur peut encore l’emporter, soutient Yan Plante, un ancien conseiller de Stephen Harper. La clé : viser un gouvernement minoritaire.

Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

D’ici la fin du mois de septembre, non seulement vous serez vaccinés si vous le souhaitez, comme l’a promis le premier ministre Justin Trudeau, mais vous aurez fort probablement à vous prononcer lors d’un scrutin fédéral. Il s’agira des premières élections au pays à avoir lieu au sortir de la pandémie. Et malgré les apparences, Justin Trudeau n’est pas imbattable.

L’ancien premier ministre britannique Winston Churchill, héros incontesté de la Deuxième Guerre mondiale, a perdu ses élections de manière renversante tout juste après le conflit, en 1945. Aucun de nos leaders politiques n’est donc à l’abri d’un tel sort. Un premier ministre peut avoir été excellent en temps de guerre, y compris pour affronter un virus, cela ne veut pas dire pour autant que l’électorat souhaite qu’il continue à gouverner une fois la paix retrouvée.

À ce jour, il est vrai que la plupart des indicateurs pointent vers une facile troisième victoire de suite de Justin Trudeau. Il est encore perçu comme la personne qui ferait le meilleur premier ministre, il domine ses adversaires dans les intentions de vote et son taux d’approbation est toujours élevé après un an de pandémie.

Et au Québec, où les libéraux espèrent faire des gains pour obtenir un gouvernement majoritaire, tous les échos de coulisses disent que les troupes de Justin Trudeau seraient encore plus fortes en réalité que le portrait déjà positif des sondages publics. En privé, plusieurs stratèges et organisateurs affirment qu’une dizaine de gains sont à la portée de Trudeau dans des circonscriptions du Québec. Si cela s’avérait, les libéraux s’approcheraient drôlement d’un gouvernement majoritaire.

À l’inverse, le Parti conservateur, qui demeure le seul parti d’opposition ayant une chance réaliste de former le gouvernement, semble faire, au mieux, du surplace.

Pandémie oblige, Erin O’Toole n’a pas pu bénéficier de la visibilité habituellement offerte à un nouveau chef de parti, avec la possibilité de faire le tour du Canada pour se faire connaître d’un océan à l’autre.

Disons que découvrir un nouveau chef de l’opposition se trouve très loin sur la liste des priorités des Canadiens, qui sont préoccupés par les effets de la crise dans leur quotidien.

De plus, lorsque les électeurs ont entendu parler d’Erin O’Toole, c’était généralement pour de mauvaises raisons, comme les débats sur le conservatisme moral au sein du parti ou le rejet par les militants de la motion reconnaissant l’existence des changements climatiques lors du dernier congrès, ce qui a créé un bruit de fond négatif à son égard.

Est-ce que cela veut automatiquement dire que Justin Trudeau sera réélu si des élections ont lieu cet automne ? Il est probable que le premier ministre sortant restera à la tête du gouvernement, mais tout n’est pas joué d’avance.

Une victoire conservatrice est possible. Voici comment le Parti conservateur du Canada peut l’obtenir.

Étape 1 : Alimenter le désir de changement et agir comme si la campagne était déjà amorcée

Le premier domino qui doit tomber est celui du désir de changement. Un gouvernement est réélu lorsque les citoyens considèrent qu’il mérite de l’être. Pour le remplacer, il faut d’abord qu’un nombre suffisant d’électeurs souhaitent un changement et analysent les solutions de rechange.

Justin Trudeau en est maintenant à sa sixième année en tant que premier ministre du Canada. La pandémie l’a surexposé, ainsi que les autres premiers ministres, d’ailleurs. Ce qui était un atout — la grande visibilité — pourrait se transformer en désavantage avec le temps. La surexposition a tendance à user prématurément un politicien.

Le débat sur la direction que devrait prendre la société canadienne postpandémie peut devenir, pour Erin O’Toole, une occasion d’alimenter un désir de changement dans la population. Après le traumatisme de la crise sanitaire, il est possible de convaincre les citoyens de la nécessité de tourner la page sur ce gouvernement et d’en élire un nouveau.  

Pour ce faire, le chef conservateur doit agir comme si la campagne était déjà en cours en mettant de l’avant ce qu’il propose aux Canadiens et en exposant les faiblesses du gouvernement Trudeau.

Erin O’Toole a cruellement manqué de visibilité depuis qu’il est chef, et le peu de temps qui reste avant le vote pourrait lui être fatal politiquement. Le décompte a commencé.

Étape 2 : Redevenir une option attrayante à l’est du Manitoba

Les conservateurs ont besoin de maintenir leurs acquis tout en faisant une trentaine de gains pour former un gouvernement minoritaire, et une cinquantaine de gains pour former un gouvernement majoritaire.  

Ces nouveaux sièges se trouvent surtout en Ontario, et un peu au Québec et dans les provinces atlantiques. Quelques gains sont possibles en Colombie-Britannique, mais ils sont minimes.

Le grand défi de tous les chefs conservateurs, c’est de maintenir cette coalition plus hétérogène — et bien plus fragile — que la coalition libérale. Erin O’Toole doit constamment jouer à l’équilibriste pour unir ses troupes.

Pour remporter de nombreux sièges de l’Ontario jusqu’aux provinces atlantiques, le Parti conservateur doit proposer des idées plus alignées sur les valeurs de cet électorat et moins sur celles de l’Ouest canadien, et ce, sans s’aliéner pour autant cette région du pays qui représente le socle du parti.

La base militante conservatrice de l’Ouest doit retenir une chose : pour que s’installe au pouvoir à Ottawa un parti qui la comprend, celui-ci doit d’abord former un gouvernement. Et pour y arriver, les propositions conservatrices doivent être attirantes de l’Ontario jusqu’aux provinces atlantiques. Il faudra des compromis. Erin O’Toole a d’ailleurs agi en ce sens en présentant son plan pour lutter contre les changements climatiques le 15 avril dernier. 

Les électeurs devront aussi sentir que le chef est sincère. Ils doivent lui faire confiance puisqu’ils votent plus avec leurs sentiments qu’en fonction du contenu ou des idées.

La mauvaise nouvelle pour Erin O’Toole, c’est que trop d’électeurs qui devraient en théorie être accessibles aux conservateurs n’ont même pas envie d’écouter les idées du parti, en raison d’un décalage irréparable entre leurs valeurs sociales profondes et celles de la base conservatrice.

En revanche, la bonne nouvelle pour le nouveau chef, c’est qu’il est personnellement au diapason de la majorité de la population sur les enjeux controversés comme l’avortement. Reste à voir s’il réussira à convaincre les électeurs de sa sincérité afin d’établir un lien de confiance avec eux. S’il y parvient, il augmentera grandement ses chances de succès.  

Étape 3 : Maintenir ses acquis au Québec

De façon réaliste, le chemin vers une victoire électorale minoritaire conservatrice ne dépend pas du Québec. Y maintenir les acquis serait déjà une belle réussite. La cruelle réalité est que si l’on dressait la liste des 30 circonscriptions les plus accessibles aux conservateurs dans l’ensemble du Canada en ce moment, sans doute n’y en aurait-il pas plus de trois ou quatre au Québec.

Dans ces circonstances, O’Toole devrait adopter une stratégie semblable à celles de 2015 et 2019 : concentrer les efforts dans les circonscriptions où des résultats intéressants sont possibles. Il lui faudra être méthodique et viser de petits gains au Québec, plutôt que de s’éparpiller et risquer de perdre ses acquis.

Étape 4 : Débattre d’un thème favorable aux conservateurs

La possibilité d’une campagne électorale au sortir d’une crise sanitaire offre une perspective intéressante aux électeurs. Nous assisterons à un débat de société aussi stimulant que nécessaire sur la relance de notre pays. 

D’un côté, les libéraux semblent vouloir se positionner comme le choix évident si l’on souhaite profiter de l’occasion pour « reconstruire en mieux », tel qu’ils le clament. On décode que cela veut dire une accélération de la transformation de notre économie ainsi que de profondes modifications de nos habitudes de vie. Les libéraux vont tenter d’incarner l’espoir et le changement, alors que la sollicitation d’un troisième mandat ne leur permettrait ordinairement pas cette approche.

Quant aux conservateurs, ils se définissent comme le parti qui veut « sécuriser notre avenir », une façon de dire que le gouvernement Trudeau a perdu la maîtrise des finances publiques et qu’il serait trop risqué de le laisser expérimenter davantage avec l’économie canadienne. Les conservateurs ont encore une marque forte en tant que bons gestionnaires, et cela pourrait les aider.

On peut ainsi s’attendre à ce qu’ils misent sur l’économie et qu’ils fassent appel aux électeurs inquiets de la direction prise par le gouvernement Trudeau et désireux de simplement retrouver leur vie normale. Plus le débat portera sur l’économie, l’emploi et la qualité de vie des Canadiens, plus Erin O’Toole pourrait en sortir gagnant.

Rebâtir en accélérant des transformations ou retrouver notre vie normale en faisant attention aux expérimentations onéreuses, voilà un débat qui s’annonce intéressant.

Étape 5 : Éviter le mot qui commence par « m » (pour « majoritaire »)

Personne ne souhaite vraiment demander un mandat de gouvernement minoritaire aux électeurs, c’est contre nature et ça manque d’ambition. Sans aller jusque-là, le chef conservateur devrait éviter d’évoquer un gouvernement conservateur majoritaire cette fois-ci.

Une des erreurs d’Andrew Scheer en 2019 a été de beaucoup parler d’un gouvernement conservateur majoritaire dans la dernière ligne droite de la campagne. Il a ainsi permis à Justin Trudeau d’appeler au vote stratégique des progressistes en répétant qu’un appui au NPD accorderait un gouvernement conservateur majoritaire à Scheer. Trudeau a réussi à convaincre plusieurs électeurs, notamment en Ontario, qu’il était préférable de le garder comme premier ministre plutôt que de risquer de voir Andrew Scheer le remplacer.  

Autrement dit, la possibilité perçue d’un gouvernement conservateur majoritaire a coalisé le vote de gauche et de centre gauche pour barrer la route aux conservateurs. Or, le Parti conservateur a besoin d’un NPD fort pour battre les libéraux.

À partir du moment où un chef évoque un gouvernement majoritaire, c’est qu’il croit qu’un gouvernement minoritaire est presque acquis. En faisant cela, Andrew Scheer a permis à Justin Trudeau de sortir Jagmeet Singh de l’équation et d’accumuler les appuis progressistes.

En 2021, Erin O’Toole devra éviter de répéter cette erreur en gardant à l’esprit que s’il remportait plus de sièges que ses adversaires, et qu’il était donc appelé à former un gouvernement, même minoritaire, cela voudrait dire que Justin Trudeau quitterait assurément la politique et qu’il en irait peut-être de même pour d’autres chefs.  

Cela accorderait du temps à Erin O’Toole pour gouverner, obtenir des résultats et rassurer les électeurs craintifs à son égard. Il serait alors possible qu’avec le temps, les Canadiens s’intéressent à l’idée d’un gouvernement conservateur majoritaire, comme ce fut le cas avec Stephen Harper entre 2006 et 2011. Mais pour le moment, les mots « gouvernement majoritaire » ne devraient pas être prononcés si O’Toole souhaite avoir une mince chance de surprendre en remportant les prochaines élections.


Yan Plante a été conseiller de l’ancien premier ministre Stephen Harper lors de trois élections générales. Il a dirigé la préparation des débats des chefs. Il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre fédéral Denis Lebel. Il est aujourd’hui vice-président à l’agence TACT.

Très intéressant mais peu convainquant sauf si les électeurs sont annez naïfs pour croire à un nouveau parti conservateur, revenu aux valeurs de l’ancien parti progressiste-conservateur. D’abord, changer pour changer est ridicule surtout si on décide de changer pour pire! Les gens étaient tannés des libéraux et ont élu Harper pour remplacer Paul Martin… grosse erreur alors que plusieurs dossiers ont pris le bord de la poubelle, en particulier les dossiers autochtone, de l’environnement et des changements climatiques, ce qui a fait reculer notre pays de plusieurs années.

La numéro 2 est suave… « une option attrayante à l’est du Manitoba » pour que les gens de l’ouest qui sont les piliers du PCC mettent de l’eau dans leur vin le temps d’une campagne électorale? On sait fort bien qu’une fois au pouvoir les vieilles habitudes reviennent au galop et à voir l’indiscipline du parti envers son chef ces derniers temps, l’avenir ne semble pas très rose et on va voir le dossier de l’avortement revenir constamment à la demande de la frange évangéliste du parti. En d’autres mots, il s’agirait pour le PCC d’avoir deux politiques ou deux plateformes différentes selon qu’on est à l’ouest de l’Ontario ou a l’est du Manitoba… C’est un pari très schizophrénique et plutot hypocrire!

Quant aux acquis du Québec, c’est risible et ne pèse pas lourd dans la balance mais c’est aussi un minimum s’ils veulent être au pouvoir. Quant au mythe de bon gestionnaires des conservateurs, c’en est pathétique. C’est vrai que les libéraux ont beaucoup dépensé à cause de la Covid mais on se souviendra que Paul Martin avait laissé un surplus et des finances publiques saines au gouvernement Harper et que celui-ci s’est démené pour le saccager et laisser un trou à la fin de son règne sous le prétexte de la crise économique de 2008. Une crise en suit une autre et les conservateurs ne sont pas mieux que les libéraux pour bien gérer les finances publiques. D’ailleurs il y a fort à craindre que si le PCC avait été au pouvoir, il n’y aurait pas eu de programmes d’aide aussi généreux que ce que les libéraux ont fait et que ce sont les citoyens qui en auraient souffert.

Enfin, le gouvernement majoritaire conservateur fait peur parce que justement, à partir du moment où Harper a été majoritaire il s’est employé à détruire tout ce que les libéraux avaient fait avant lui… S’il est vrai qu’on vote pour une plateforme, il n’en reste pas moins qu’on veut aussi de la continuité et on ne veut surtout pas qu’à chaque gouvernement on s’amuse à détruire ce que l’autre a fait. C’est d’autant plus inacceptable que les soi-disant majorités ne représentent souvent même pas 40% des électeurs et que ce saccage ne fait pas l’affaire de 60% desdits électeurs qui ont voté pour un autre parti. Alors, nous ne sommes pas dupes, nous savons que les conservateurs veulent leur majorité avec le plus qu’ils peuvent obtenir, soit environ 40% des votes et ce n’est pas ce que la majorité des électeurs veulent. Donc, si on vote PCC, on vote pour risquer un gouvernement conservateur majoritaire qui va encore une fois s’appliquer à défaire tout ce que les libéraux ont fait, ce qui représente une très mauvaise gestion des fonds publics.

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