Vote des jeunes en 2012: la note de passage, sans plus

On l’a beaucoup entendu depuis quelques mois: la «génération printemps 2012» a repris goût à l’engagement politique. Les jeunes de 18-24 ans sont descendus dans la rue pour crier leur colère au gouvernement libéral, appuyés par des milliers de citoyens. Une cohorte plus politisée que la précédente, plus participative. Une bonne nouvelle…

Après tout, la fin du cynisme commence par l’indignation, l’envie de faire bouger les choses, d’exprimer son opinion. Le cynisme, c’est beaucoup l’apathie.

La dernière campagne électorale a donné lieu à un nombre record de publicités ciblées vers les jeunes, afin de les encourager à transposer cet élan politique vers les urnes. Les associations étudiantes ont mis des ressources pour inciter leurs membres à faire une différence le 4 septembre. Les médias et les réseaux sociaux y ont porté une grande attention.

Résultat?

Bilan mitigé. La note de passage, sans plus.

C’est bien, mais rien de spectaculaire une fois remis les nouveaux chiffres en contexte.

Ce matin, la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval publie la première étude sur la participation électorale au scrutin de 2012. L’équipe du chercheur François Gélineau a utilisé un échantillon représentatif de 53 122 électeurs fourni par le Directeur général des élections, de toutes les tranches d’âge.

Voici les résultats:

Comparaison de la participation électorale 1985-2012 (%)

 

Malgré la mobilisation du printemps étudiant, le taux de participation des 18-24 ans n’est pas revenu au niveau de 1998 ou des années précédentes.

62 %, c’est la note de passage. Et généralement, ce n’est pas une note satisfaisante aux yeux des étudiants eux-mêmes!

Les jeunes de 25-34 ans n’ont pas davantage de quoi pavoiser, avec 66 %. Là encore, c’est sous le niveau de 1998.

Quand le taux général de participation augmente, il grimpe aussi chez les jeunes. C’est ce qu’on constate également en 2012.

En fait, c’est 2008 qui semble la grande anomalie.

Les 18-34 ans participent systématiquement moins que l’ensemble de la population, ce n’est pas nouveau, mais dans le contexte agité du printemps, de l’effort mis à «faire sortir le vote des jeunes» — et des allégations de toutes sortes contre le gouvernement sortant — ce sont des résultats plutôt décevants.

À événements hors norme, on aurait pu s’attendre à une mobilisation électorale hors norme.

Une situation particulièrement inquiétante chez les jeunes hommes. Lorsqu’on pousse la recherche, on constate que seulement 58,7 % des hommes de 18-24 ans ont voté (65,5 % chez les femmes de cette tranche d’âge).

Chez les 25-34 ans, les hommes ont voté à 63,6 %, contre 69 % pour les femmes.

Il n’y a pas qu’à l’école où les gars décrochent davantage, la participation électorale est aussi touchée.

Est-ce à dire que c’est un échec total? Non.

Il y a des bonnes nouvelles.

La première: le taux de participation anémique de 2008 pourrait avoir été une erreur de parcours, et non pas la norme, dans toutes les tranches d’âge. Si 2003 et 2007 n’étaient pas des années de participation reluisantes, 2008 était carrément inquiétante.

En 2008, les élections avaient eu lieu un 8 décembre, un peu avant Noël, en pleine crise parlementaire (de la coalition) à Ottawa, et après des scrutins au fédéral (septembre 2008) et aux États-Unis (novembre 2008). L’action ne manquait pas…

La deuxième bonne nouvelle: il faut regarder la hausse par tranche d’âge pour constater que les rebonds les plus importants sont chez les jeunes.

François Gélineau en fait état dans un texte ce matin dans Le Devoir. Voici:

Vote des 18-24 ans

2008 36,2 % 2012 62,1 % Diff. + 25,9

Vote des 25-34 ans

2008 41,8 % 2012 66,4 % Diff. +24,5

Vote des 35-44 ans

2008 51,7 % 2012 73,2 % Diff. + 21,6

Vote des 45-54 ans

2008 62.1 % 2012 77,7 % Diff. +15,6

Vote des 55-64 ans

2008 70,4 % 2012 82,7 % Diff. + 12,3

Vote des 65-74 ans

2008 75,2 % 2012 84,4 % Diff. +9,2

Vote des 75 ans et +

2008 61,3 % 2012 70,2 % Diff. + 8,9

Il faut dire que le creux était particulièrement prononcé chez les jeunes en 2008, d’où une augmentation importante en 2012. Mais au moins, il y a un rebond.

Bref, 2012 semble être un retour à la normale pour tous les groupes d’âge, ce qui est en soi une bonne nouvelle.

Mais il ne faut pas s’endormir pour autant. À 62 % (18-24 ans) et 66 % (25-34 ans), c’est encore beaucoup trop faible.

Il faut réfléchir à des moyens pour inciter les jeunes à participer aux élections. Des moyens qui vont au-delà de campagnes publicitaires coup-de-poing pendant 35 jours.

Les partis doivent s’interroger sur la place que les jeunes de 18-34 ans occupent dans leur formation, autant sur le plan des idées qui se retrouvent dans la plate-forme électorale que sur celui des candidatures ou encore du spectacle qu’ils donnent à la période de questions.

Une utilisation des réseaux sociaux pour autre chose que les attaques contre ses adversaires…

La démocratie, ce n’est pas uniquement tous les quatre ans, c’est un processus continu. Dans ce contexte, pourquoi ne pas instaurer à l’école un cours d’éducation à la citoyenneté? Expliquer le fonctionnement des institutions, les manières de s’impliquer et comment la participation peu influencer les gouvernements…

Permettre le vote dans les universités et les cégeps serait un atout.

Et pour les parents, donner l’exemple. Aller voter. Et expliquer pourquoi.

Le printemps étudiant a fait bouger l’aiguille, mais pas suffisamment. Il y a matière à réflexion.

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Il est difficile de comparer les données ur une aussi grande période, car les époques changent beaucoup. Je pense qu’il faut surtout polariser notre attention sur la hausse très importante des jeunes qui ont voté. C’est vrai que 60-70% de taux de participation ce n’est pas énorme, mais dans le contexte où les jeunes croient peu en nos institutions politiques, c’est à mon avis un pas dans la bonne direction. De plus, il faut noter qu’un nombre important de jeunes n’étaient pas touchés par le débat sur les frais de scolarité. Je ne sais pas dans quelle proportion mais il y a certainement un nombre important de jeunes qui ne font pas d’études supérieures.

J`aurais juste une question,
la tranche de voteurs 50 ans et plus représente
combien? de voteurs en chiffre
et la tranche 18 ans à 50ans représente combien
de voteurs…..

Si le taux de participation est toujours très
fort dans les 50 ans et plus et très faible dans
le 18 à 50 ans les choses ne sont pas près de
changer pour les jeunes!!! Car tant et aussi longtemps que les 50ans et plus seront majoritaire
dans les urnes RIEN ne changera dans notre société.

Tel que mentionné par Guy, comparer les données sur une aussi grande période n’est pas approprié… les temps changent, la mentalité change, le monde change! Le vote chez les 18-24 ans a augmenté de 25.9%… c’est énorme! Juste le titre de votre article dévalorise l’engagement et l’afflut de nos jeunes dans les urnes.

Disons qu’on prend ces résultats et qu’on les transforme en notes de maths… doit-on dire à notre jeune « Ouin, tu té amélioré de 25% mais ta note est quand même pourrie, fack travaille plus fort la prochaine fois » ou « Wow, tu té amélioré de 25%! Continue comme ca et tu pourrais avoir dans les 80% la prochaine fois! ».

Si vous voulez les encourager à aller voter, au lieu d’utiliser le renforcement négatif, une « tite tape dans l’dos » peut faire du bien de temps en temps. Là vous me direz sûrement « On est pas pour les prendre par la main non plus ». Non. Effectivement. Mais oubliez pas aussi qu’à cet âge là, on ne s’intéresse pas à la politique (j’ai commencé à « suivre ca » vers 25 ans) alors 25% d’augmentation, pour des jeunes qui ne s’intéresse pas à ça (mais qui commencerons à le faire bientôt!) c’est à mon avis… une excellente note de passage 🙂