«You’ve been hacked by Syrian Electronic Army» – La guerre électronique syrienne

L’Armée syrienne électronique, un groupe de pirates informatiques, affronte présentement l’opposition rebelle dans le cyberespace syrien. Et en se prolongeant ainsi sur les réseaux, la guerre civile syrienne témoigne d’une nouvelle facette des conflits armés contemporains : la dimension virtuelle des affrontements.

syrian electronic army logo

L’Armée syrienne électronique, un groupe de pirates informatiques, affronte présentement l’opposition rebelle dans le cyberespace syrien. Et en se prolongeant ainsi sur les réseaux, la guerre civile syrienne témoigne d’une nouvelle facette des conflits armés contemporains : la dimension virtuelle des affrontements.

Après avoir considérablement affaibli les pirates rebelles, l’Armée syrienne électronique étend maintenant son combat vers les médias occidentaux, que ses «hackers» piratent pour relayer la bonne parole du régime de Bachar Al Assad.

Historique

Quelques jours après le début des manifestations antirégime, de jeunes pirates informatiques pro-Assad s’organisent et fondent l’Armée syrienne électronique, en mai 2011.

À l’origine, la plupart de ses membres n’agissent qu’à titre de «trolls» (terme utilisé par la communauté virtuelle pour désigner les individus qui sèment délibérément la discorde sur les forums et les blogues). Cependant, une escalade fulgurante de tactiques ambitieuses et sophistiquées laisse croire que des experts encadreraient aujourd’hui les activités du groupe. Certains affirment que la cyberarmée serait financée par le régime et assistée d’experts russes et diasporiques basés en Russie.

Du côté rebelle, l’équivalent n’existe pas. Les pirates de la révolution syrienne se composent essentiellement de petits groupes décentralisés, bénéficiant d’un soutien sporadique de collectifs internationaux comme Anonymous. L’infrastructure informatique du gouvernement représente leur cible principale et les attaques par déni de service (DoS), une tactique qui consiste à inonder de trafic indésirable un réseau pour en empêcher son bon fonctionnement, auront permis aux rebelles de mettre hors service plusieurs sites gouvernementaux.

L’utilisation des chevaux de Troie, des logiciels d’apparence légitimes conçus pour accomplir des actions à l’insu des utilisateurs (du vol de données, par exemple), aura permis au groupe de rendre publics des documents gouvernementaux sensibles, notamment une collection de 2,4 millions de courriels, via le site Wikileaks.

Cependant, les cyberopérations et la surveillance menées par l’Armée syrienne électronique sur les réseaux informatiques rebelles, jumelées aux multiples arrestations et condamnations par le régime, ont considérablement amenuisé l’opposition 2.0. Dans une tentative de saboter les actions des «hacktivistes», le régime de Bachar Al Assad a par moment ordonné la coupure complète des connexions Internet dans certaines régions du pays.

Depuis quelques mois, l’Armée syrienne électronique s’est également engagée dans une campagne de visibilité en utilisant les médias occidentaux 2.0.  Elle redirige les utilisateurs vers des serveurs Web frauduleux où un message du type «You’ve been hacked by Syrian Electronic Army» apparaît.

L’Armée syrienne électronique se spécialise également dans le piratage de comptes Twitter (Fox News, BBC, France24 et Al Jazeera, pour ne nommer que ceux-ci), en publiant sur les fils de nouvelles usurpés des déclarations politiques alignées sur le régime de Bachar Al Assad.

Ainsi, en s’appropriant la capacité de diffusion de ces médias d’envergure qui rejoignent des millions d’usagers en un seul clic, l’Armée jouit — l’espace de quelques heures — d’un instrument politique extrêmement puissant. Et lorsqu’il publie des vidéos d’atrocités qui auraient été commises par les rebelles, le collectif tente d’influencer la perception publique des événements.

Dans un courriel envoyé au début septembre, le FBI met en garde ses partenaires d’affaires contre l’efficacité du groupe à compromettre les activités des médias d’envergure, ajoutant que «la possibilité d’une action militaire américaine en Syrie pourrait conduire à une escalade des cyberopérations menées par des groupes pro-Syrie sur les réseaux informatiques.»

La guerre civile syrienne se prolonge dans le cyberespace et se transmute en une guerre électronique. D’une part, les belligérants se livrent une guerre de sabotage, visant les infrastructures informatiques de l’ennemi. D’autre part, ils se livrent une guerre de l’information sur les réseaux sociaux dans le but de conquérir l’opinion publique.

Il est possible de consulter les captures d’écrans des serveurs Web piratés par l’Armée syrienne électronique à partir de son compte officiel Instagram.

 

 

William Grenier-Chalifoux

Chercheur en résidence, Observatoire de géopolitique

Chaire @RDandurand @UQAM

Suivez-le ici: @WilliamGrenierC

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