Zampino fait son numéro

La commission Charbonneau a offert à Frank Zampino une prestigieuse tribune à la hauteur de ses ambitions cette semaine. Convié à sa mise à mort symbolique au petit écran, le patron de la collusion à l’hôtel de ville a utilisé les audiences comme un miroir lui renvoyant une image satisfaisante de lui-même.

Qu’il est beau, habile et rusé, ce politicien parlant de lui à la troisième personne du singulier. On croirait entendre le président d’une société d’admiration mutuelle ne comptant qu’un seul membre, l’impérial Frank Zampino.

Cet homme imbu de lui-même n’est pas habitué de subir la critique. Il «prend offense» à ce que la commission l’interroge sur ses liaisons dangereuses avec la mafia, rien de moins!

Recruté en politique municipale par l’ancien ministre libéral Michel Bissonnet (l’actuel maire de Saint-Léonard), M. Zampino a siégé pendant quatre ans comme conseiller de l’ancienne ville de banlieue, de 1986 à 1990, au sein de l’équipe du maire Raymond Renaud. Il a défait le maire Renaud lors de l’élection de 1990 pour remporter la mairie de Saint-Léonard. Lors des élections de 1994 et 1998, personne n’a osé se mettre en travers de son chemin, et il a été élu par acclamation. À partir de 1998, M. Zampino a régné sans partage, et sans aucune opposition.

Veille gloire de la politique provinciale, Gérald Tremblay n’a qu’une vague connaissance des enjeux montréalais lorsqu’il se lance à la conquête de la mairie, en 2001. Ça ressemble drôlement au scénario de 2013 avec Denis Coderre dans le rôle titre, mais passons…

M. Tremblay compte sur Frank Zampino, un comptable de profession, pour naviguer dans les méandres de l’hôtel de ville et redresser les finances précaires de Montréal.

À huit mois des élections, M. Tremblay commet une irréparable gaffe, en promettant à Frank Zampino la présidence du comité exécutif. Sans le savoir, il scelle le sort de sa carrière publique avant même son élection. Jusqu’en 2008, M. Zampino tirera les ficelles à l’hôtel de ville.

L’homme «le plus puissant de Montréal» figure certainement en haut de la liste des personnalités qui ont trahi la confiance du maire, écrasé par le poids des scandales.

Gérald Tremblay et sa garde rapprochée ont manqué de vigilance en offrant à M. Zampino une fonction aussi névralgique que la présidence du comité exécutif, et en lui renouvelant leur confiance malgré les scandales, jusqu’à ce qu’il démissionne en 2008.

Pourtant, le «passif» du comptable Zampino est déjà très lourd lorsqu’il s’installe à l’hôtel de ville. Dès sa première campagne en 1986, il recrute Bernard Trépanier comme organisateur bénévole, un homme qui lui a encore juré fidélité et loyauté lors de son témoignage à la commission Charbonneau. En 1990, la campagne victorieuse de M. Zampino à la mairie de Saint-Léonard est organisée par Claude Dumont, le père spirituel des élections clefs en mains. Un de ses bénévoles est Mario Di Maulo, le cousin du caïd Jimmy Di Maulo. C’est à la demande de ce travailleur d’élection que M. Zampino assistera à un mariage de la mafia, en 1991, alors que le fils de Frank Cotroni unit ses destinées avec la fille de Joe Di Maulo.

«Il n’y avait aucune arrière pensée et je prends offense à ce qu’on mentionne ça en essayant d’insinuer que je participe à un mariage, peut-être, avec une arrière pensée quelconque», a-t-il déploré.

À la lumière des questions du procureur en chef, Sonia LeBel, il existe aussi une photographie fort compromettante de Frank Zampino en compagnie de l’actuel parrain de la mafia, Vito Rizzuto.

C’est donc un homme aux relations mafieuses qu’un Gérald Tremblay aveugle recrute comme bras droit. Un beau parleur qui a embobiné tout le monde à l’hôtel de ville, où il était à la fois admiré et craint.

Il a donné un aperçu de ses talents d’anguille politique à la langue fourchue, à la commission, en esquivant les questions les plus corsées avec aisance, et en attaquant la crédibilité même de la commission qu’il a accusée de produire des documents foncièrement malhonnêtes (le registre de ses appels avec Bernard Trépanier) ou falsifiés (son agenda électronique).

Non, il ne craquera pas. Au contraire, il va continuer d’embarrasser la commission à la moindre occasion. Ce témoin intoxiqué par son propre narcissisme n’acceptera pas qu’on fasse ombrage à son soleil.

 

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