Il n’y a pas de vaccin contre les traumatismes

Sursauter quand une gouttelette de salive nous tombe sur la joue. Estimer la distance qui nous sépare d’un étranger. Ces réflexes nous hanteront-ils longtemps après la pandémie ?

Unsplash / Montage L'actualité

Depuis le début de « tout ça », on a tous fait au moins un rêve pandémique. Vous savez de quoi je parle. Au départ, le rêve se déroule aussi normalement qu’un rêve peut se dérouler : on est dans un restaurant qui sert tous ses plats dans des bols en poil, on est habillé en guimauve, et soudain… on se rend compte que tout le monde est assis bien trop proche. On reste dans notre rêve, mais on se met à chercher un masque dans les poches de notre pantalon en guimauve.

Quand tout reviendra à une certaine normalité, comme c’est en train d’arriver en Israël, fera-t-on des rêves où l’élément absurde sera que les gens se tiendront trop éloignés les uns des autres ?

J’ai récemment eu droit à un aperçu de ce monde post-mesures sanitaires, et ça m’a un peu troublé.

Je jasais sur le balcon d’une amie, avec ladite amie. Fraîchement remise de la COVID, elle me racontait comment elle trouvait ça niaiseux de l’avoir attrapée si tard dans la pandémie. Rendu à ce point, c’est comme s’enfarger dans ses lacets au 41e kilomètre d’un marathon. On a trinqué au retour de l’été même si celui-ci semblait moins enthousiaste que nous et qu’il commençait à faire frisquet sur le balcon. Pouvait-on aller à l’intérieur pour le temps qu’il restait avant le couvre-feu ?

J’ai rapidement analysé les faits : elle habite seule, et moi aussi. La science indique que, fraîchement guérie de la COVID, mon amie est immunisée pour au moins six mois. Pour ma part, j’ai reçu une dose de vaccin. Ce n’est pas suffisant pour que ce soit une bonne idée de bâiller la bouche grande ouverte au moment où quelqu’un tousse devant moi, mais ça compte quand même pour quelque chose. 

Conclusion : j’étais peut-être dans mon interaction humaine la plus sécuritaire depuis un an et demi. La dernière pinte fut donc bue dans sa cuisine bien aérée… et dans l’angoisse.

J’étais incapable de me détendre, incapable de ne pas respecter les deux mètres, incapable de laisser les faits et la logique prendre vraiment le dessus. J’ai découvert que ce que je prenais pour de simples habitudes bien intégrées (la distance, le masque, mon réflexe de trouver le coin le plus aéré) tenait en fait du « traumatisme ». Avec des guillemets, parce que je n’ai quand même pas fait le Vietnam. Je ne pense pas que je vais me réveiller en hurlant et en sueur dans 10 ans parce que j’aurai rêvé que quelqu’un ne s’est pas désinfecté les mains en entrant dans l’épicerie. Mais « traumatisme » tout de même. 

Si vous avez fêté le début de la fin du confinement dans un parc vendredi ou samedi derniers, peut-être avez-vous vécu un de ces moments. 

À 21 h 31, alors que vous lanciez un cri de joie d’être encore dehors avec quelques amis, est-ce qu’un bout de votre cerveau s’est mis à calculer la trajectoire des gouttes de salive que cette célébration faisait virevolter dans l’air ? 

À votre première terrasse, étiez-vous distrait par une envie de sortir le ruban à mesurer ? « Oui, je t’écoute, chérie, mais la table à côté a l’air suspicieusement proche. C’est pas 2 m, ça. C’est au mieux 1,90 m. »

Quand viendra le temps de vraiment laisser aller les mesures, j’ai confiance que ces anxiétés vont rapidement se résorber, occupés qu’on sera à prendre maman, papa, la sœur et le neveu dans nos bras sans arrêt. Il y aura une période d’adaptation pour certains, mais on ne vivra pas dans un monde où on risque l’hyperventilation chaque fois que quelqu’un entre dans notre bulle.

Restera quand même la question : quels autres traumatismes allons-nous découvrir, individuellement mais aussi collectivement, dans les mois et les années à venir ? Il y en a inévitablement, cachés quelque part au fond de nos tripes collectives. 

Avec un peu de chance, ils nous rendront intolérants aux mauvaises conditions de vie en CHSLD et allergiques à la gestion à courte vue. On peut toujours rêver. (En respectant les mesures sanitaires, bien sûr.)

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Peut-être va-t-on cesser cette habitude très nocive de serrer des mains. Ce serait une bonne chose; moins dangereux de se faire l’accolade – on se touche vêtement sur vêtement ou joue à joue – où il y a très peu de risque d’attraper quoi que ce soit alors que de se serrer la main ? Ouash…! Tonne de microbes ! Qui se lave les mains après avoir tenu la rampe d’un escalier ? S’être accroché à un poteau, dans le Metro ? Avoir touché plusieurs articles, à l’épicerie ou dans un magasin ? Arrêtons cette pratique idiote; on se serrait la main, à une autre époque, pour montrer qu’on n’avait pas d’armes; aujourd’hui, ceux qui ont des armes les gardent dans leurs poches; là où on devrait garder nos mains. On éviterait plusieurs rhumes et autres virus.

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Il y a belle lurette que j’ai marre de ces accolades à tous et chacuns pour n’importe quelle raison. Vivement que ça ne recommence pas!