Se faire justice en ligne, est-ce une bonne idée ?

Trop de fromage sur votre pizza au fromage ? Trop d’attitude dans le « est-ce qu’on voulait autre chose » du serveur ? Résistez à l’envie de faire une crise sur Facebook. Aussi : Peut-on vraiment dire ce qu’on pense des cadeaux qu’on reçoit ?

blackred / Getty Images / Montage L'actualité

Notre chroniqueur Mathieu Charlebois répond à vos questions existentielles avec l’humour et le gros bon sens qu’on lui connaît. Pour lui soumettre les grands dilemmes qui vous chicotent, cliquez ici.

Après une mauvaise expérience dans un commerce, j’ai envie de laisser un commentaire dévastateur en ligne. Est-ce que je risque de nuire de façon exagérée à ses employés ?

Avez-vous déjà pris le temps de lire les mauvaises critiques sur Google Maps ? C’est une de mes passions.

Étienne est allé manger au Manoir du spaghetti de Trois-Rivières, mais il n’a pas pu garer son vélo devant la terrasse. Le verdict est implacable : UNE ÉTOILE.

Cristiano voulait souper Chez Mathilde, à Tadoussac, mais il n’avait pas de réservation. Parce que le restaurant n’a pas pu sortir du néant une table supplémentaire, il obtient UNE ÉTOILE.

Et je ne vous parle pas du Costco de Repentigny ! Dans un commentaire si long qu’on dirait qu’il a été laissé par Marcel Proust, Véronique raconte que les employés ont été très irrespectueux avec elle. Je n’ai pas eu le temps de lire son récit en entier (je vais m’en faire une lecture de vacances), mais je présume qu’à la fin, les commis ont crucifié l’innocente Véronique dans le stationnement. UNE ÉTOILE.

Derrière leur clavier, Étienne, Cristiano et Véronique sont persuadés de s’être tenus debout devant une grande injustice. Ce qu’ils semblent ignorer, c’est que personne qui laisse un commentaire dévastateur en ligne n’a l’air du héros dans l’histoire qu’il raconte. On finit systématiquement par prendre en pitié la pauvre serveuse qui a eu à les endurer.

Pour vous éviter le même sort, je suggère d’écrire votre plainte, puis… d’attendre avant de l’envoyer. Le lendemain, êtes-vous toujours autant en furie ? Sentez-vous autant le besoin de faire le récit de votre injuste mésaventure ? Si c’est le cas, songez plutôt à envoyer un courriel ou un message privé à l’entreprise. C’est soudainement plus gênant parce qu’on sait que quelqu’un va le lire ? C’est le but. L’impression qu’on peut tout écrire sans conséquence est une bien mauvaise conseillère.

Vous pouvez aussi donner une mauvaise note, sans explication. Mais là encore, soyez juste. Après tout, si Isabelle a pu laisser trois étoiles à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, alors qu’elle y a attendu seize heures à l’urgence (on peut vraiment donner des notes à tout !), votre expérience vaut sans doute plus qu’une étoile. 

L’étoile solitaire et le commentaire enflammé devraient être réservés aux pires des pires situations. Votre photographe de mariage est reparti avec le marié ? UNE ÉTOILE ! Autrement, les commerçants sont à la merci de clients qui transforment leur expérience personnelle en jugement unilatéral que tous doivent entendre. Ce n’est bon pour personne. 

Ma tante m’a offert un livre qui est parfait… pour m’aider à m’endormir. Elle me demande constamment si je l’ai lu. Devrais-je lui mentir et dire que j’ai aimé ça ?

Le mensonge n’est jamais la bonne option. Surtout s’il risque de mener à une suite sans fin de livres offerts en cadeau, toujours dans ce style que vous avez un jour prétendu adorer.

Cela dit, vous pouvez avoir lu le livre sans en avoir lu attentivement chaque mot. Comme Daniel Pennac nous l’apprend avec ses « Droits du lecteur », on peut sauter des pages, lire la fin en premier et traiter un livre comme bon nous semble. Qui sait ? Peut-être que la chose qui vous fera finalement aimer le roman est au quatrième chapitre. 

Et si ce n’est pas le cas… Ne vous reste plus qu’à dire pourquoi à votre tante. À quoi sert l’art, si ce n’est à en discuter ?

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Ouais, les commentaires ça vaut ce que ça vaut. Le commerçant, sa famille et ses amis ne se gênent probablement pas pour faire des éloges de leur commerce ou de celui d’un proche ou d’amis. Pour ma part, ce sont les commentaires négatifs qui m’intéressent car je suis certain que ce n’est pas de la fausse représentation.

C’est là où les gens doivent être prudents quand on fait des commentaires et M. Charlebois a raison, on doit suivre la règle du 48 voire 72 heures avant de mettre son commentaire pour d’abord se calmer puis, ne pas induire les gens en erreur par des exagérations et de fait discréditer ce type de commentaires en général.

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Amusante chronique. J’aurais aimé en avoir pris connaissance avant notre séjour la semaine dernière dans un B&B où il était question, avec les hôtes, au déjeuner du système d’étoiles « officielles » que le gouvernement du Québec veut abandonner pour ces commerces, ainsi que des moins « officielles » attribuées par des pôvres » clients victimes de tout…😉 / merci.

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C’est l’éternelle question: à qui appartient le problème? À celui qui le vit? Ou à son déclencheur? Beaucoup de gens ne se sentent responsables de rien, c’est toujours la faute des autres. Ont-ils seulement exprimé leur grief au commerçant concerné? D’autres se confessent publiquement alors qu’il devrait le faire individuellement avec un prêtre, un thérapeute ou un coach de vie. Ça prend du discernement et un sens critique pour distinguer le factuel de l’émotionnel, surtout si ce dernier a l’apparence d’un venin maladif.

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