1. Qui fait quoi dans notre système de santé?

En préparation d’une conférence donnée mardi le 12 mars en compagnie de madame Gyslaine Desrosiers, ex-présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, je vous présente chaque jour de la semaine de relâche une idée simple pour améliorer les soins, à laquelle je vous invite à réagir sur ce blogue.

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Depuis quelques temps, je demande à beaucoup de gens, médecins, infirmières ou gestionnaires de la santé: ous sommes-nous déjà posé la question du “Qui fait quoi au Québec en santé?”

Le réponse est assez unanime: personne n’a de souvenir d’une telle planification. C’est pourtant une question d’importance cruciale non? Qui soigne qui?

Je ne parle pas des soins spécialisés, où souvent les choix sont plus limités, mais des soins de base: suivis de première ligne, croissance des enfants, dépistages courants, conseils, suivis de maladies stables, etc.

« On dirait que notre système de santé s’est construit en prenant soin de mal utiliser ses médecins ! Par exemple : les psychiatres qui font des suivis de première ligne, alors que les médecins de famille pourraient remplir ce rôle ; les orthopédistes qui font des expertises pour la CSST et traitent des patients pour des maux de dos et d’autres problèmes ; les dermatologues qui s’occupent d’acné simple ; les néphrologues qui font le suivi des hypertendus ; les cardiologues qui suivent trop longtemps des cardiaques stables, etc. Il y en a partout, dans toutes les disciplines ! Est-ce grave ? Dans un monde idéal, non. Mais dans le monde réel, bien sûr : tout cela se fait au détriment des malades qui auraient vraiment besoin de ces expertises, en bureau ou à l’hôpital. »

C’est pour moi la zone grise que nous n’avons jamais planifiée, ce qui nous a mené à des dérives qu’on ne retrouve pas nécessairement partout ailleurs. Par exemple: pourquoi faire suivre nos enfants en santé par des pédiatres, formés 10 ans? On me dit qu’en Comlombie-Britanique, donc pas loin de nous, on n’a pas “son pédiatre” comme ici: on est suivi par une médecin de famille, qui nous réfère à un pédiatre, au besoin.

Pourquoi des paps tests par des gynécologues alors qu’une infirmière-praticienne peut les faire? Pourquoi des suivis courants d’hypertension ou des vaccins par les médecins de famille? Pourquoi si peu d’accouchement par des sages-femmes, alors que c’est courant en Europe? D’ailleurs où sont-elles, les sages-femmes? Nous en manquons!

Il y a place pour définir comment nous voyons les soins de demain. Chaque professionnel de la santé a sa place, encore faut-il commencer à y réfléchir vraiment et à former ceux qui devront l’être pour donner les soins dans 5, 10 ou 15 ans!

Et vous, comment voyez-vous le rôle de chacun des professionnels de la santé dans l’avenir proche?

Mais peu importe qui nous soigne, il faut regarder ce qui est le plus important: « suivre » ou « soigner »? La réponse demain.

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Les citations sont tirées de mon ouvrage Privé de soins.

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Bonjour Dr Vadeboncoeur,
Votre réflexion est très intéressante et pertinente dans un souci de réduction de coûts de santé. La définition des rôles de chaque intervenant est essentielle et dans ce sens, le médecin de famille devrait être le » chef d’orchestre » des soins. Mais n’oublions pas que le prestataire des soins restera toujours le principal acteur ou soliste (pour rester dans des termes musicaux). Les spécialistes sont des consultants qui apportent leur expertise dans les soins mais il est effectivement aberrant que ceux-ci s’engagent dans des suivis à long terme, sauf évidemment pour des situations particulières. Il faudrait aussi ajouter un aspect souvent négligé mais combien important c’est l’éducation à la santé, à une époque où une tonne d’informations circulent sur le web, qu’en est-il de la qualité de ces informations? Comment aider nos patients a bien comprendre ces informations? Le niveau de littéracie de chacun étant très différent, le rôle de l’infirmière pourrait ici trouver toute son importance dans le domaine de la prévention et de la promotion de la santé.
Au plaisir de lire vos prochains blogs!
Lise Blais , inf. clin.

Vous parlez des spécialistes qui font le suivi de non-malades.
J’ai reçu un appel un jour de la secrétaire de mon hématologue que je n’avais pas vu depuis un an. Il voulait me voir. Pourquoi? Pour fermer le dossier!
La RAMQ lui a donc payé une consultation tout à fait inutile.

Vous posez là une excellente question. Surtout que la plupart des professions paramédicales ont évolué alors que les connaissances et compétences nécessaires à la pratique sont croissantes. Ces professions exigent souvent la maîtrise professionnelle pour pouvoir pratiquer.
Pourtant les responsabilités légales ont peu évolué. Merci à l’hégémonie médicale.
L’inertie de notre système de professions en santé tient plus de la défense des intérêts financiers des médecins que de la protection du public.
Tant que le système principal de rémunération des médecins sera le paiement à l’acte avec les barèmes actuels, la situation ne changera pas.
Les médecins n’ont aucun intérêt à délaisser à d’autres les soins d’une clientèle légère aux symptômes simples, clairs et bien balisés pour qu’ils se concentrent sur une clientèle lourde si la rémunération n’est pas adaptée en conséquence.
À quand un sommet des professions de la santé pour redéfinir les responsabilités légales entre les professions de la santé, réinventer le système de rémunération des médecins et ajuster les cursus universitaires et collégiaux en fonction de ces nouvelles responsabilités?
Qui aura le courage? Est-ce qu’un ministre de la santé médecin osera le faire?

pas étonnant que les urgences Avec des qui cédulent les rendez-vous aux deux mois, qui ne servent qu’à donner des vaccins contre la grippe, à renouveler les prescriptions ou à vérifier votre état de santé une fois par année. Si vous souffrez de quelque maladie ou malaise subits, ne reste que l’urgence.

Les secrétaires médicales, réceptionnistes et autres personnel de soutien ont un peu beaucoup trop de pouvoir à mon avis pour la gestion des rendez-vous. Nous les patients dépendons d’eux et de leur bonne humeur trop souvent. Ce qui manque à mon avis dans la coordination de tout ce dédale de rendez-vous et d’examens c’est l’engagement personnel de chacune de ces personnes pour bien SERVIR le patient…pas pour lui laisser sentir à tout moment que ce sont eux les boss des rendez-vous et qu’on n’a qu’à bien se tenir si on en veut un.

J’ai travaillé pendant plus de 30 ans en psychiatrie et je suis nouvellement à la retraite. Tous les psychiatres se gardaient des cas faciles qui auraient pu être suivis par des professionnels non médecins très qualifiés pour faire ce suivi. Si c’était des jeunes psychiatres très fiers de faire partie de l’élite de la société, ceux-là n’étaient guàre intéressés de suivre les cas plus lourds et les plus « puckés » de la psychiatrie. Avoir travaillé très fort pour finir par s’occuper des grands malades, cela rabaisse le caquet. Mais j’en aurais tellement à dire là-dessus…

Je suis bien d’accord avec ce commentaire:

« Les secrétaires médicales, réceptionnistes et autres personnel de soutien ont un peu beaucoup trop de pouvoir à mon avis pour la gestion des rendez-vous. Nous les patients dépendons d’eux et de leur bonne humeur trop souvent. »

Si on pouvait communiquer deux minutes avec notre médecin, on éviterait possiblement de se rendre à son cabinet.

A Lisette R: A ma connaissance, c’est non seulement possible mais encouragé dans plusieurs pays. Parler avec un MD qui connait le patient est souvent la clef et c’est beaucoup plus rapide que de consulter un MD qui ne nous connaît pas.

Le premier intervenant envers soi, c’est d’abord le malade qui doit voir à composer avec son processus de guérison. Il y a tellement de gens qui ne savent pas se faire du bien. Je comprends, ce n’est pas du tout facile, la maladie n’étant jamais une bonne nouvelle.

J’ai rarement été malade, mais le peu de fois où je l’étais, je faisais sentir au médecin traitant que je prenais les choses en main, pas uniquement quand j’étais en sa présence. Je pensee que le moral est important, l’invisible, ne pensez-vous pas?