11 septembre: un drame pour la santé publique

Dans un numéro spécial de la revue médicale The Lancet, deux chercheurs américains dressent un portrait détaillé des impacts sur la santé des décisions gouvernementales américaines prises en réponse aux attaques terroristes du 11 septembre 2001. Bilan: ça fait mal.

Les attaques terroristes ont tué 2 752 personnes le 11 septembre 2001, mais des millions de personnes ont été affectées par la réaction démesurée du gouvernement américain, expliquent Barry Levy, professeur à l’université Tufts et ancien président de l’Association américaine de santé publique,  et Victor Sidel, du Albert Einstein College of Medicine

Les guerres en Afghanistan et en Irak ont eu des conséquences dramatiques pour la santé des populations, tout comme le détournement vers la guerre et la sécurité de budgets qui auraient pu être alloués à l’amélioration de la santé des Américains. 

Selon leur compilation, 1 568 soldats américains sont morts en Afghanistan et 12 877 ont été blessés. Entre 2003 et 2008, 1 213 d’entre eux ont notamment été admis à l’hôpital à cause de traumatismes au cerveau. Une autre étude a montré que parmi 836 vétérans ayant subi de telles blessures, 713 avaient été diagnostiqués avec un problème psychiatrique.

Globalement, 25 à 56% des vétérans n’ont pas retrouvé une vie normale à leur retour.

La santé des populations d’Irak et d’Afghanistan a été très durement touchée par les conflits, insistent les chercheurs.

Après 32 ans de guerre, l’espérance de vie à la naissance est de 48 ans en Afghanistan, contre 66 ans dans les pays alentours. Il n’existe aucune statistique fiable sur le taux de mortalité infantile, évalué entre 111 et 149 pour 1000 selon les études.

Dans les dernières années, les soins de santé se sont légèrement améliorés, particulièrement envers les plus démunis. Mais en 2010, l’Afghanistan est resté le pays du monde où le système de distribution alimentaire est le moins fiable sur 163 pays étudiés. Seuls 27 % des habitants ont accès à de l’eau potable.

Entre 2001 et 2009, les trois quarts des Afghans ont dû fuir leur lieu de vie. Les réfugiés sont confrontés à une multitude de problèmes de santé. Une étude menée au Pakistan sur 903 réfugiés afghans a par exemple montré que les trois quarts d’entre eux étaient porteurs du virus de l’hépatite B.

La guerre en Irak a aussi fait des ravages. Plusieurs chercheurs ont tenté d’estimer la surmortalité due au conflit, rapportent Barry Levy et Victor Sidel. Selon les paramètres pris en compte, ils ont estimé que la guerre a provoqué entre 126 et 540 décès excédentaires par jour par rapport à la situation qui prévalait avant.

Même si ces études ont été largement critiquées, elles demeurent les seules données indépendantes sur le conflit.

Les guerres en Afghanistan et en Irak ont coûté respectivement 789 et 438 milliards de dollars aux contribuables américains.

Les deux chercheurs évaluent quel impact ces montants faramineux auraient pu avoir s’ils avaient été investis dans la santé.

Selon eux, les premiers 204 milliards de dollars dépensés en Irak auraient par exemple pu couvrir les coûts du traitement contre le VIH, de la potabilisation de l’eau et de l’immunisation de l’ensemble des enfants des pays en développement pendant trois ans.

Et le budget fédéral américain pour la guerre en Afghanistan en 2011 pourrait fournir des soins médicaux à 14 millions de vétérans pendant un an.

Entre 2002 et 2010, les administrations Bush et Obama ont consacré 54 milliards de dollars à la défense contre le bioterrorisme, une somme que les chercheurs estiment sans commune mesure avec le risque encouru.

Entre 2001 et 2004, les attaques de bioterrorisme ont fait 5 morts aux États-Unis, alors que les infections nosocomiales ont tué 395 948 personnes.

Entre 2002 et 2011, le budget consacré à la prévention du tabagisme – qui fait 400 000 morts par an aux États-Unis – est passé de 750 à 540 millions de dollars, alors que les Centers for Disease Control (site officiel en français!)  estiment qu’il faudrait consacrer 3,7 milliards de dollars annuellement à ce chapitre pour enrayer ce fléau.

À lire aussi sur le même sujet, un article du Scientific American qui explique pourquoi, en terme de santé publique, les 57 milliards de dollars que réclame le Department of Homeland Security pour 2012 n’ont aucun sens par rapport aux 11,3 milliards que souhaitent les Centers for Disease Control.

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