14 espèces exotiques envahissantes qui se répandent au Québec

Renouée du Japon, berce du Caucase, moule quagga, carpe de roseau… Ne vous laissez pas séduire par leurs noms poétiques : ces espèces végétales et animales sont parmi celles qui risquent de faire des ravages sur l’économie et les écosystèmes du Québec.

montage : L’actualité
Tom Britt / Flickr / CC BY 2.0

Moule zébrée et moule quagga

Ces petites moules originaires d’Eurasie sont capables de pondre un million d’œufs par année et leurs larves, les véligères, se disséminent au gré des courants. Omniprésentes depuis 40 ans dans les Grands Lacs et le Saint-Laurent, elles ont commencé à coloniser les lacs de l’Estrie en 2017. Seules les autorités du lac George, dans l’État de New York, ont réussi à combattre à peu près ces petits mollusques à grande échelle, en inspectant des dizaines de milliers d’opérations de nettoyage des embarcations avant qu’elles aillent sur le lac. On ignore encore quel sera l’impact de la colonisation des plans d’eau au Québec. Avec la complicité des gobies à taches noires, les moules zébrées ont aussi été responsables d’épidémies de botulisme aviaire, qui ont décimé des populations d’oiseaux aquatiques comme les cormorans ou les huards.

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Myriophylle à épis

Le myriophylle à épis, originaire d’Eurasie, serait arrivé en Amérique du Nord vers 1940. Dans les années 1960, on a commencé à le trouver dans des lacs et rivières de l’Outaouais et de l’Estrie, puis les observations se sont multipliées au fur et à mesure que des chalets ont été bâtis au bord des plans d’eau. Il a été vu en 2001 pour la première fois en Abitibi, puis en 2016 dans le Bas-Saint-Laurent et sur la Côte-Nord. Il ne semble pas avoir un impact écologique majeur, mais il constitue une nuisance importante pour les villégiateurs. Il est quasiment impossible à déloger, car le moindre débris peut repousser.

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Nerprun

Le nerprun cathartique et son cousin le nerprun bourdaine, introduits comme plantes médicinales et ornementales en Nouvelle-Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, n’ont commencé à proliférer au Québec que dans les années 2000, après une période de latence de plus d’un siècle. Ces arbrisseaux, qui se multiplient plus vite que leur ombre, envahissent les haies des champs et les boisés, particulièrement en ville, où ils forment des taillis serrés étouffant la végétation au sol. La décimation des frênes par l’agrile leur facilite la tâche. Les nerpruns font fuir les papillons et sécrètent un poison pour les amphibiens. En Montérégie, cela constitue une menace de plus pour la rainette faux-grillon, déjà en danger de disparition. Les jeunes plants doivent être arrachés et non fauchés, les plus gros doivent être coupés et peuvent être recouverts d’un herbicide (12 produits sont approuvés pour cet usage au Canada) afin d’empêcher la repousse.

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Berce du Caucase

Cette plante qui peut causer de graves brûlures est un calvaire à éliminer, d’autant plus qu’elle se multiplie particulièrement le long des cours d’eau, où il est difficile d’intervenir. Pour s’y attaquer, une combinaison intégrale s’impose. Extraire un plant du sol avec une pelle est efficace tant que la densité de berce reste faible, à condition de s’y atteler dès le printemps, quand les pousses sont encore jeunes. Comme les graines sont transportées par le courant, mieux vaut donc essayer de trouver la source située en amont, ou le long d’une route.

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Renouée du Japon

Une légende urbaine veut que s’il se trouve un seul plant de renouée du Japon dans votre rue, vous pourriez avoir beaucoup de mal à vendre votre maison, mais c’est faux ! (Le bruit a couru lorsque, en Angleterre, la plante a engendré une telle panique que quelques banques ont décidé localement de ne plus accorder de prêts hypothécaires en pareil cas. La lutte contre cette peste végétale, qui prolifère là-bas beaucoup plus qu’au Québec, y a donné naissance à une industrie qui entretient l’affolement.) Reste que la renouée du Japon, ou ses cousines de Bohème ou de Sakhaline, est très difficile à maîtriser. L’arrachage répété permet de limiter son expansion, mais aucun débris ne doit être mis dans un composteur domestique, dont la chaleur n’est pas suffisante pour tuer les tiges et les rhizomes. L’excavation de tout le sol envahi par les rhizomes, qui peuvent s’enfoncer jusqu’à deux mètres sous terre et s’étendre à sept mètres du plant, est le seul moyen d’arriver, peut-être, à l’éliminer. Même si cette vivace qu’on trouve aussi sous le nom de bambou japonais est très tentante pour les jardiniers, car elle pousse vite et fait de jolies panicules blanches, mieux vaut ne pas en planter dans son jardin.

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Tanche

Dans les années 1980, un homme d’affaires qui comptait faire fortune avec ce gros poisson en avait importé une trentaine d’individus d’Allemagne — dans des glacières à bord d’un vol commercial d’Air Canada —, qu’il avait déclarés aux autorités avant d’installer son élevage au bord du Richelieu. Mais les tanches, qui n’ont pas très bon goût, n’ont pas fait fureur, et elles ont fini par se retrouver dans la rivière après une crue, puis dans le Saint-Laurent, où les populations augmentent exponentiellement depuis quelques années de Québec jusqu’à l’ouest de Montréal, et menacent désormais les Grands Lacs.

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Sanglier

Robuste, rusé, vorace, omnivore et prolifique, le sanglier d’Eurasie est un envahisseur d’autant plus redoutable qu’il dégrade rapidement les milieux qu’il colonise en piétinant le sol. Il constitue un danger public sur les routes et un ravageur important des cultures, et il transporte une trentaine de maladies animales et humaines.

Chaque année, quelques dizaines de sangliers sont signalés au Québec par des citoyens ou des éleveurs à l’équipe d’Isabelle Laurion, chargée du dossier au MFFP. Tous viennent de la soixantaine d’élevages que compte le Québec, dont ils se sont échappés. « Pour l’instant, on n’en a pas perdu de vue, même s’il nous a fallu parfois des mois pour retrouver un animal, puis l’abattre ou le piéger », explique la biologiste. Depuis 2018, la surveillance s’est accrue, mais le Québec n’a pas encore décidé d’interdire l’élevage de ces animaux, comme l’a fait l’État de New York. La chasse au sanglier est cependant déjà proscrite au Québec, tout comme en Ontario depuis le début de 2022.

Introduits au XIXe siècle dans plusieurs États américains pour la chasse, les sangliers y ont établi des hardes toujours plus nombreuses, se déplaçant bruyamment pendant la nuit. Les changements climatiques pourraient les inciter à étendre leur territoire, même si on sait déjà qu’ils sont parfaitement capables de résister à nos hivers. « Ils pullulent en Saskatchewan, où il ne fait pas particulièrement chaud ! Et bien que les sangliers aiment les espaces dégagés, ils peuvent aussi vivre en forêt. Au Saguenay, on a déjà retrouvé à la fin d’un hiver un mâle bien gras, qui avait dans son estomac de la nourriture provenant de la forêt », raconte Isabelle Laurion.

Pouvant peser plus de 250 kilos pour les mâles les plus âgés, ces cochons sauvages sont capables de s’attaquer à un faon pour le dévorer. Bien qu’ils s’en prennent rarement aux humains, il est préférable de ne pas s’en approcher. 

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Roseau commun

Le roseau commun, ou phragmite, prolifère au Québec depuis les années 1960 en suivant les routes avant de coloniser des marais, surtout si ceux-ci ont déjà été perturbés. Toutes sortes de techniques ont été essayées pour s’en débarrasser, mais il semble que la plus efficace soit de recouvrir l’intégralité des plants et leurs rhizomes pendant plusieurs années avec des bâches ou, encore mieux, avec des géotextiles qui permettront de replanter illico des arbustes dont l’ombre gênera le retour du roseau. Le phragmite est tellement répandu qu’on devrait s’y attaquer avant tout là où il menace des écosystèmes fragiles.

Dan O’Keefe, Michigan Sea Grant / Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 

Carpe de roseau

Les énormes efforts consentis pour bloquer les quatre espèces de carpes asiatiques qui remontent le Mississippi ont pour l’instant réussi à empêcher la carpe noire et la carpe argentée — la plus imposante avec son poids qui peut s’élever à 80 kilos et ses bonds spectaculaires hors de l’eau — d’atteindre les Grands Lacs. Mais la carpe de roseau, elle, se reproduit désormais dans un affluent du lac Érié. Deux individus ont déjà été repérés au Québec, dans le Saint-Laurent, mais l’espèce ne s’y est pas encore établie. Ces herbivores voraces peuvent décimer les herbiers aquatiques, un habitat essentiel pour de nombreux poissons indigènes.

Andrey Nekrasov / Getty Images

Ascidie jaune (et autres tuniciers)

Depuis que les tuniciers, des animaux aquatiques en forme de sacs, ont causé des dommages majeurs aux élevages de moules de l’Île-du-Prince-Édouard au début des années 2000, les Îles-de-la-Madeleine sont entrées en guerre contre ces envahisseurs venus d’Europe, qui compétitionnent avec les autres mollusques filtreurs. L’ascidie jaune, qui ressemble à un tuyau translucide d’une quinzaine de centimètres de long, en est le représentant le plus coriace. Présents dans le golfe du Saint-Laurent et sur la côte atlantique depuis une centaine d’années, les tuniciers semblent se multiplier sous l’influence des changements climatiques.

Dave Brenner, Michigan Sea Grant College Program / Domaine public

Cladocère épineux

Tout comme sa compagne la puce d’eau en hameçon, ce petit crustacé qui fait partie du zooplancton est une espèce dite « ingénieure », parce qu’il modifie rapidement l’écosystème dans lequel il s’implante, avec à la clé des risques accrus d’envahissement des lacs par des algues et la diminution de la population d’espèces de poissons appréciées, comme le doré. Repéré au lac Témiscamingue en 2018, il inquiète beaucoup les biologistes, car, avec sa queue rigide et crochue, il s’accroche très facilement aux équipements de pêche et risque fort de se propager. Le MFFP a mis en place un réseau de surveillance dans toute la région.

Vicki Jauron, Babylon and Beyond Photography / Getty Images

Fulgore tacheté

Cet insecte très coloré originaire de Chine n’a pas encore été officiellement repéré au Canada, mais ce n’est qu’une question de temps. Arrivé en Pennsylvanie en 2014 dans, semble-t-il, une cargaison de pierres décoratives, ce ravageur des vergers, des vignes et des peupliers a déclenché une lutte acharnée dans cet État, mais des individus ont déjà été vus jusqu’au Maine et dans le nord de l’État de New York. À surveiller dans le sud du Québec, à la fin de l’été surtout et près des ailantes glanduleux, des arbres eux aussi exotiques et potentiellement envahissants en ville. Le fulgore tacheté se nourrit souvent sur ces arbres, mais son régime alimentaire inclut environ 70 autres arbres et arbustes, dont les pommiers.

Zoltan Feher / Getty Images

Gobie

Le gobie à taches noires, arrivé dans le Saint-Laurent dans les années 1990, y a proliféré en se gavant de moules zébrées, sans pour autant les éliminer. Ce petit poisson très agressif, qui se tient au fond de l’eau, peut évincer les poissons indigènes et leur transmettre des maladies. Les populations augmentent exponentiellement dans le fleuve depuis une quinzaine d’années, mais il n’a pas encore réussi à coloniser les rivières qui s’y jettent. « On cherche comment maintenir des obstacles pour l’empêcher d’y pénétrer et de menacer des espèces déjà en péril », explique Olivier Morissette, du MFFP. Le gobie à nez tubulaire, cousin du premier, inquiète beaucoup les biologistes : il est déjà présent jusqu’à Cornwall, à une quarantaine de kilomètres en amont du Québec, et son arrivée semble imminente. Les gobies sont parmi les poissons les plus envahissants partout dans le monde.

grannyogrimm / Getty Images

Spongieuse asiatique

La chenille de ce petit papillon originaire d’Asie pourrait provoquer des dégâts majeurs si elle parvenait à s’implanter au Canada, car elle peut proliférer sur à peu près n’importe quel arbre et de nombreux autres végétaux. La spongieuse asiatique résiste mieux au froid et vole mieux que sa cousine européenne, introduite en Amérique du Nord au XIXe siècle et déjà présente au Québec. Une seule chenille peut dévorer un mètre carré de feuilles en une saison ! L’Agence canadienne d’inspection des aliments a déployé un programme de suivi par l’ADN environnemental dans les principaux ports du pays afin d’y détecter de possibles traces génomiques de la spongieuse asiatique et d’autres insectes ou champignons potentiellement envahissants.

Note de la rédaction : le 4 mai 2022, la version originale de cet article a été modifiée pour préciser que le fulgore tacheté est un insecte, et non un papillon.

Les commentaires sont fermés.

Super bon article j’aime bien très bonne recherche et bien explique sur les conséquences
possible de ne pas agir Je le partage a mon groupe de plongé

Vous avez oublié, au sujet des espèces envahissantes, la Russie et les supporteurs de Trump!

Une question que je me pose comme ça : Si l’espèce humaine est LA principale cause de la détérioration de l’environnement de la faune et de la flore, alors pourquoi encourager les visites et excursions en ces endroits encore assez bien intactes. N’y a-t-il pas assez de ces entreprises forestières que même le gouvernement ne peut plus contrôler qu’il faut y encourager le tourisme ?

J’avais écrit ce commentaire en pensant le faire suite à l’article ¨Vive le Québec sauvage : 65 sites où découvrir la biodiversité¨. Je ne comprends pas ce passe-passe qui vous fait passer pour un hurluberlu sorti de nulle part. C’est à faire attention avec ces articles dont les ¨Commentaires sont fermés¨.