19 chaires… et pas une femme !

Le gouvernement fédéral a attribué la semaine dernière ses 19 premières chaires d’excellence en recherche du Canada, dotées chacune de 10 millions de dollars de financement sur 7 ans. Un très gros coup destiné à attirer des chercheurs étrangers dans les universités canadiennes. Sauf que croyez-le ou non, il n’y a aucune femme parmi les récipiendaires !

D’après Suzanne Fortier, la présidente du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada,  ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé.

Les hautes sphères de la science et du génie ne comptent encore que 10 % de femmes au Canada. Les femmes étaient donc déjà surreprésentées dans le comité de sélection des candidats, qui comptait 6 femmes sur 30 personnes.

Avant d’annoncer les résultats de ce concours, le ministre Clement a mandaté trois femmes pour vérifier que le processus n’avait pas été biaisé.

Selon le rapport, obtenu par le Globe and Mail, il n’y a effectivement pas eu de discrimination patente qui expliquerait l’absence de femmes parmi les lauréats.

Mais voilà une nouvelle illustration du plafond de verre auquel se heurtent encore les femmes en sciences. Voyez à ce sujet les travaux de  la Chaire CRSNG/Industrielle Alliance pour les femmes en sciences et génie au Québec.

La moitié des titulaires de ces nouvelles chaires d’excellence viennent des États-Unis, les autres  d’Allemagne, du Royaume-Uni, de France et du Brésil.

Les universités de l’Ontario accueilleront 7 de ces nouveaux chercheurs, l’Alberta 4 et le Québec 3 (deux à Québec, un à Sherbrooke… et zéro à Montréal). L’Île-du-Prince Édouard, la Nouvelle-Écosse, la Saskatchewan, le Manitoba et la Colombie-Britannique en auront chacune un.

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Un honorable PhD, prof à McGill, a une explication au phénomène: les mâles travaillent plus fort et sont plus méritants.

Je le cite – pour mieux m’en moquer: « Madame Lortie était toute offusquée, hier de ce que ces 19 chaires sont allées à des hommes! Comme si l’excellence était distribuée également! De 1998 à 2003, 70 prix Nobel ont été attribués: tous à des hommes. je salue tous les hommes de la Terre pour leur extraordinaire domination dans les domaines d’excellence. Vous méritez de chaleureuses félicitations pour votre travail acharné, et non le mépris des féministes qui voudraient que les prix soient attribués selon des quotas ou des numerus clausus sexistes.
http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2010/05/21/les-colonisees/

@Warren

Ce professeur de McGill soulève un point de vue intéressant. Plutôt que d’y voir une discrimination envers les femmes, on pourrait aussi très bien y voir une marque de percévérence de certains hommes. On nous met toujours en pleine face que la médecine est maintenant un domaine de femmes. Il n’y pas de mal à se lancer des fleurs aussi de temps en temps ;). Peut-être que pour atteindre les hautes sphères de la recherche scientifique, un certain type de personnalité (peut-être obcessif ou passionné?)plus associé aux hommes est simplement favorable.

J’approuve d’ailleurs qu’un quotas ou tout autre forme de discrimination positive en science serait ridicule.

@Mathieu

Je ne demande pas que les femmes se voient attribuer 50% des chaires pour le seul motif qu’elles représentent 50% de la population.

La question n’est pas là. Puisque les points de quotient intellectuel sont distribués équitablement entre les sexes masculin et féminin (même si la distribution est inégale d’un individu à l,autre), il semble simplement incroyable – d’un strict point de vue statistique – que les 19 chercheurs les plus méritants soient TOUS des hommes.

Félicitations à ces 19 hommes fort méritants et fort travaillants. Béni soit Dieu que nous vivions dans une société où un homme qui travaille plus qu’une femme, ou est plus compétent qu’elle, ou les deux, mérite un prix avant elle.

Merci, Mme Borde, pour indiquer qu’il n’y a pas eu discrimination. Dans notre monde BCBG on oublie trop souvent à quel point l’excellence dans les domaines de l’innovation, du capital de risque, de la recherche scientifique, et bien d’autres (mais pas tous), se conjugue encore et toujours largement au masculin parce que le nombre de méritants masculins dépasse de loin le nombre de méritants féminins.

En 2010, l’excellence est principalement masculine (voyez qui sont les prix Nobel, les chefs d’orchestre, les plus grands compositeurs, les directeurs d’entreprises innovatrices, etc…j’allais même dire les grands cuisiniers, les grands couturiers et les grands bijoutiers…). C’est cela la réalité. Cela durera-t-il? Sans doute pas dans les mêmes proportions; mais il faut tout de même vivre dans le réel et l’aujourd’hui. Devant ce réel d’aujourd’hui, il est ridicule de s’attendre à ce que 50 % des récipiendaires de prix d’excellence soient systématiquement des femmes.

Il faut cesser de prétendre que la femme est l’égale de l’homme sauf là où elle lui est supérieure (message implicite de plusieurs journalistes dans les médias populaires, tel cyberpresse ou radio-canada)! Car c’est alors prétendre qu’elle lui est supérieure, ce qui ne me semble pas évident. Il me semble plutôt que la femme lui est supérieure dans certains domaines et inférieure dans d’autres, ces domaines pouvant bien sûr changer au cours du temps.

Recevoir des prix ou des chaires d’excellence, ce n’est pas qu’une question de talent, c’est une question de talent multiplié par les heures par semaine consacrées aux sujets qui sont récompensés par des prix Nobel et des chaires d’excellence.

Demandez-vous si parmi les personnes qui travaillent 90 heures par semaine dans un domaine menant à des prix, des chaires…, il y a vraiment 50 % de femmes. Ma réponse: non. Il y a surtout des hommes qui le font. Même chez ceux qui travaillent entre 70 et 90 heures par semaine, il y a, à mon avis, significativement plus d’hommes que de femmes.

@mathieu gagné: le rapport 0 femme pour 19 hommes n’a rien de statistiquement exceptionnel. En effet :

1) On trouve 0,9 femme pour 19 récipiendaires du prix Nobel (40 femmes sur 810 récipiendaires).

De 1998 à 2003, sur 70 récipiendaires du prix Nobel, 0 (ZERO) sont des femmes. Y-a-t-il eu des regards outrés ou scandalisés ? NON, car c’était statistiquement raisonnable.

De 1994 à 2008, sur 156 récipiendaires du prix Nobel, 8 sont des femmes, ce qui signifie un rapport de 1 femme pour 19 récipiendaires: toujours pas statistiquemennt loin du 0 femme pour 19 récipiendaires.

2) A la Cour Suprême des Etats-Unis, on trouve 0 protestants pour 9 juges, malgré que 60 % de la population américaine soit protestante. Est-ce si différent de ce « 19 subventions, 0 femmes » ? Pourtant, personne ne crie au scandale aux Etats-Unis, sauf… des bigots, des démagogues ou des nuls en statistiques.

Parmi les 9 juges de la Cour Suprême des Etats-Unis, on trouve 6 catholiques, 3 juifs et 0 protestants. Comme pour les subventions d’excellence ou les prix Nobel, cela est statistiquement fort acceptable. D’où l’absence de scandale sur le sujet.

Même si le score de 0 femme pour 19 hommes se répétait 3 fois de suite (voir les prix Nobel de 1998 à 2003), ce ne serait nullement impensable ou de quoi se déchirer la chemise.

Ce n’est que dans les domaines où l’excellence NE COMPTE PAS que l’on trouve à tout coup une distribution des prix selon la proportion des sexes ou les différentes régions canadiennes: comme dans plusieurs nominations politiques, où les contacts, les amitiés et le “bien paraitre” prennent trop souvent le dessus.