2. D’abord «suivre» ou «soigner»?

En préparation d’une conférence donnée mardi le 12 mars en compagnie de madame Gyslaine Desrosiers, ex-présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, je vous présente chaque jour de la semaine de relâche une idée simple pour améliorer les soins, à laquelle je vous invite à réagir sur ce blogue.

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Depuis quelque temps, je m’interroge beaucoup sur la médecine qui s’est développée dans les dernières décennies, celle du « suivi ». Je me demande si tout ce que nous y faisons est toujours aussi utile qu’on le croit.

Entendons-nous, suivre régulièrement des grands malades afin de prévenir des complications est utile et essentiel. Non, je parle surtout du « suivi » des personnes en bonne santé, ayant peu ou pas de symptômes et aucune maladie justifiant un suivi périodique.

Certaines études récentes montrent même que le suivi régulier par un médecin de famille n’a pas tant de « valeur ajoutée » qu’on pense pour les personnes en bonne santé, ce qui peut étonner, mais se conçoit assez bien, puisque par définition, quand on est en bonne santé… on n’est pas malade.

Bien entendu, certains suivis, conseils et dépistages sont utiles. Mais il sont assez limités, à la fois dans leur nombre, et dans leur impact. L’exemple que je donne tout le temps est celui de la fameuse prise de sang annuelle. Une perte de temps et d’argent pour ceux qui sont en bonne santé. Et en plus ça pique.

Une partie du « dépistage » qui se fait aujourd’hui ne repose pas sur des preuves scientifiques solides. Il n’y a aucune justification médicale à ces prétendues pratiques de prévention : on fait ces prises de sang parce que c’est à la mode de les faire. On rassure ensuite le patient avec sa « prise de sang annuelle », on lui dit « vos tests sont beaux », tout va bien – alors que ça ne veut rien dire. Peut-être le patient continuera-t-il, en conséquence, à mal manger et à ne pas faire d’exercice, ce qui est bien pire ! Il y a une vaste analyse à mener sur cette question du dépistage. Comment encourager ce qui fonctionne, décourager ce qui ne fonctionne pas et encadrer la pratique abusive et irréfléchie de cette « médecine commerciale », qui pousse à la réalisation de tests inutiles ? Vaste programme en perspective pour convaincre aussi bien les gens que les médecins !

Mais je dis « médecine de suivi » par opposition à quoi? À la médecine selon les besoins, bien entendu. Vous ne le savez peut-être pas, mais il fut une époque où votre médecin vous rencontrait lorsque vous étiez malades. Et il vous soignait. Mon grand-père, médecin de village à Plantagenet, c’est ce qu’il faisait.

Aujourd’hui, c’est un peu différent : les rendez-vous sont donnés (justement pour des « suivis ») des mois à l’avance. Ce qui fait que généralement, quand tout va bien au Québec, on voit son médecin de famille, mais quand on est malade, on voit quelqu’un d’autre : au sans rendez-vous, à l’urgence, au CLSC. Peu importe. Nous sommes un des endroits au monde où il est le plus difficile de voir son médecin quand on est malade. C’est quand même ironique non?

Si la « médecine de suivi » avait un impact énorme et sauvait tant de vies, ça aurait du sens. Mais au-delà des dépistages mentionnés, on a souvent plus d’impact comme médecin quand on soigne une personne malade. Avouez-vous qu’il y a plus de chances de guérir un malade qu’une personne en parfaite santé, non?

Les médecins doivent faire un grand examen de conscience à cet égard. Parce que si on pouvait diminuer quelque peu le temps clinique consacré aux « suivis » de personnes en bonne santé qui n’en n’ont pas tant besoin, on pourrait mieux répondre aux besoins de ceux qui en ont bien… besoin.

Et je vous présenterai une autre solution demain : l’accès adapté.

Et vous, voulez-vous voir votre médecin quand vous êtes malades ou quand tout va bien? Sans doute. Peut-être que l’Accès adapté est une solution. Je vous en parle demain.

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Les citations sont tirées de mon ouvrage Privé de soins.

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Je pense que si on pouvait rassembler la documentation concernant la fréquence nécessaire (tel PAP test aux 2 ans vs 1 an), la population cible ou présentant les facteurs de risque (dépistage du Cancer de la prostate ou du sein systématiquement à partir d’un tel âge), etc. dans un guide de la pratique clinique (practice guidelines), on verrait certes davantage des plages horaires disponibles pour consultation lorsque l’on a besoin. Et je ne parle pas du nombre astronomique de suivis pour les patients CSST (visites aux 3 semaines coûte que coûte, peu importe le besoin).. qui gobe aussi une grande part de l’horaire de nos omnis.
Je suis pour une pratique axée sur le besoin, tout en s’assurant qu’il y a la place à la médecine de prévention, telle que démontrée efficace dans la littérature scientifique.

Comme c’est intéressant! Je me suis justement passé cette réflexion à plusieurs reprises, en planifiant 4 mois d’avance mon rendez-vous annuel avec mon médecin: quel genre de maladie fait qu’on peut prévoir 4 mois d’avance qu’on aura besoin de voir son médecin? À part faire des renouvellement de pilules, pourquoi donc? Si bien qu’elle m’a déjà demandé, en plein rendez-vous, pourquoi j’étais là. J’aurais dû (si on avait eu le temps de parler un peu) lui retourner la question: comment puis-je vous voir quand je suis malade?
Quand c’est une infection, une blessure, un mal quelconque, alors en effet, je vais au sans rendez-vous et je ne vois pas mon médecin de famille habituel.
Pourquoi certaines cliniques publiques ont réorganisé toute leur méthode de travail et réussissent, avec des infirmières en support, à pouvoir donner des rendez-vous le jour même à la demande des patients malades? Pourquoi ce modèle n’est-il pas obligatoire?
Après avoir vécu deux suivis de grossesse avec une sage-femme, je comprends ce que c’est une « première ligne » efficace qui réduit vraiment les complications et les visites à l’urgence, et j’aimerais donc que ce soit appliqué avec mon médecin de famille!
Merci pour les réflexions, Dr Vadeboncoeur, je vous encourage à continuer!

Je suis médecin et je fais trop de suivi et pas le temps de voir les vrais malades pendant qu’ils sont malades avant qu’ils ne se rendent à l’urgence. Je connais toutes les solutions mais je ne suis pas leader. Toutefois si un vrai leader daigne s’assoir avec moi pour en parler, on pourrait réorganiser kes soins dans notre coin de pays de façon importante avec un vrai travail d’équipe où chacun trouverit son compte: pharmacien( communautaire et d’établissement, dentiste, infirmière ( gmf, clsc, urgence, hopital, entreprise), infirmière praticienne de première ligne, inf. Auxilaiaire, physio, ergo, TRP, aidants naturels, personnel non professionnel, le chien le chat et finalement médecins (spécialistes de 1ere ou 2e ligne) . Je suis certain de ne pas être le seul à avoir des idées. Il faut juste s’assoir et discuter dans notre région avec des balises claires provenant du provincial. Il ne faut pas juste faire une table ronde d’une heure dans un congrès quelconque. Il gaut s’assoir des heures ensemble au début et avoir des rencontres de maintient. Oublions les gueguerres professionnelles et syndicales et retroussons nos manches pour repenser les soins, le md est un spécialiste (ke collège m’a nommé spécialiste en médecine familiale) il faut utiliser son mandat comme tel. La médecine de groupe a sa place. La thérapie systémique, les enseignements de groupe du style: » êtes-vous à risque? Où les patients choisiraient leurs examens préventifs parmi un choix offert. Bref .prenons le temps de nous parler. Je dous voys quitter car j’ai des « suivis » a à faire.

Ce n’est plus nous qui décidons que nous avons besoin de voir le médecin,c,est le bureau du médecin qui nous appèle pour nous donner un rendez vous annuelle que nous en ayons besoin ou pas.
Je me demande à quoi sert d’avoir un médecin de famille.Moi ça trois chirurgie que j’ai sans avoir pu voir mon médecin de famille.j’ai du passer par l’urgence.
Les patients qui vont à la clinique sans rendez vous et tenez vous bien avec un rendez vous que vous devez aller chercher sur place entre 6 et 7 heures le matin pour revenir à 10 ou 11 heures passe avant ceux qui sont vraiment mal empoint.
J’y suis aller et la secrétaire m’a refuser de voir mon médecin de famille et j’avais une hernie cervicale latéral gauche et ça faisait 10 jour que j’endurais mais elle a préférée passer quelqu’un qui avait de la difficulté à dormir.
Ça pu de bon sens la santé,faut faire quelque chose docteur.