Santé et Science

80 sortes de flocons!

Poudreuse, collante, jaune ou même salée, la neige prend des formes surprenantes selon la région du monde où elle tombe. Visite guidée.

La neige, c’est un peu comme un plat international: on la retrouve dans de nombreux pays du monde, mais chaque région a sa propre recette.

Le chef, c’est la météo: plus il fait froid et sec — comme au Québec, dans les Rocheuses, dans le Grand Nord canadien ou scandinave —, plus les cristaux prennent une forme petite et compacte (semblable à celle d’une pierre taillée). En revanche, des températures plus clémentes et une saturation en eau plus importante donnent des «bonbons» plus ouvragés: des cristaux en étoile aux ramifications infinies, fréquents en France et ailleurs en Europe.

Derrière ces recettes de base se cache une foule de variantes locales. Ainsi, les stations de ski proches du Saint-Laurent bénéficient d’une neige «à l’européenne», en raison de l’humidité apportée par le fleuve. Inversement, sur le plateau de la commune d’Autrans, dans le Vercors français, le relief provoque des spirales de vent qui façonnent des cristaux de neige de type canadien. Près d’Oslo, en Norvège, ou de Nagano, au Japon, les cristaux, énormes, collent aux skis. Particularité de ces deux villes: elles se trouvent près de la mer. Résultat, la neige est… salée.

La Colombie-Britannique, elle, est le paradis de la poudreuse. Les nuages, promesses de flocons gras et humides, se heurtent d’abord à la chaîne Côtière, qui les force à prendre de l’altitude. Tel un concombre qu’on fait dégorger, l’air perd alors une partie de son humidité sous forme de chutes de neige (parfois très abondantes, comme à Whistler) et se refroidit. Lorsqu’il arrive sur la chaîne Columbia, le phénomène se reproduit. Dans le sud-est de la province, les chaînes Cariboo et Purcell ainsi que celles de Monashee et de Selkirk reçoivent une neige encore abondante, mais beaucoup plus sèche que celle de la côte: la poudreuse.

Toujours plus à l’est, à Banff, on est au régime. Après avoir traversé une autre chaîne de montagnes, les Rocheuses, les nuages laissent tomber une neige encore plus sèche, mais les quantités sont beaucoup moins importantes.

En Europe se mitonne parfois de la neige… rouge ou jaune! En fin de saison, de forts vents de secteur sud peuvent transporter par-delà la Méditerranée des particules de sable d’Afrique, soulevées par le sirocco. Les flocons se forment autour des grains de poussière désertique et colorent en ocre jaune à rouge les pans des montagnes alpines.

S’il y a un endroit où les accumulations doivent être importantes, c’est bien l’Antarctique, pense-t-on. Eh bien non! Le pôle Sud est l’équivalent d’un désert. Il y fait tellement froid qu’à peine quelques centimètres de neige s’y déposent chaque année. Mais ces rares flocons ne fondent jamais. Le continent blanc confectionne depuis des millions d’années un gâteau géant de plusieurs milliers de mètres d’épaisseur, fait de couches de neige transformée en glace.

Car une fois la neige tombée, elle change inexorablement. À cause des vents, du soleil, de la température, de la pluie, du poids des couches supérieures… Et là encore, les régions ne vont pas toutes utiliser ces ingrédients de la même manière.

Sur les versants sud des montagnes, baignés de soleil, la neige fond rapidement. Les stations de ski ne s’y trompent pas: elles se sont le plus souvent installées sur les versants nord. Et inversement, bien sûr, dans l’hémisphère Sud.

Sur l’île Sakhaline, dans l’est de la Sibérie, la neige au sol réagit d’une manière toute particulière. Par suite de la courte durée du jour en hiver, il existe de grandes différences de température entre la surface et l’intérieur du manteau neigeux. Les cristaux vont prendre la forme de gobelets roulant les uns sur les autres et former une neige très meuble. Lorsque les jours rallongent, l’humidité de la neige augmente et il y a peu de regel. Il peut alors se produire des avalanches très dangereuses de neige fondante.

Les Rocheuses canadiennes, elles, peuvent concocter de belles avalanches de poudreuse. Recette: une couche de poudreuse dont on givre la surface grâce à un retour de temps plus clément. Puis, on dépose une nouvelle couche de poudreuse, qui se retrouve sur un matelas bien peu stable. Attention, danger!

Vu ses températures froides, le Québec a tendance à garder une neige plutôt sèche. Elle se tasse moins, se transforme moins et reste meuble plus longtemps. La poudrerie y est aussi plus fréquente, car les flocons s’envolent comme du sucre glace même avec un vent peu important.

Que ce soit la forme sous laquelle elle tombe ou la manière dont elle est ensuite «cuisinée» au sol, la neige prend bien des aspects différents. Seuls les spécialistes et leurs microscopes peuvent en distinguer tous les détails! Mais avec un peu d’attention, vous pourrez, vous aussi, apprécier quelques-unes de ses spécialités locales.