Santé et Science

Internet contre le cancer

Après avoir servi des charlatans en mal de malades à berner, Internet semble inciter de vrais scientifiques en manque de fonds à poursuivre leurs recherches ! Depuis que le Dr Evangelos Michelakis, de l’Université de l’Alberta, a publié en janvier les résultats des premiers essais cliniques d’un médicament pour combattre le cancer, des milliers de personnes lui écrivent pour se proposer comme cobayes. Et grâce à différents donateurs, l’Université de l’Alberta a amassé 1,5 million de dollars pour mener, plus tard cette année, des essais cliniques à petite échelle.

Selon le Dr Michelakis, l’acide dichloroacétique (DCA) pourrait vaincre la plupart des cancers. Et comme cette molécule est déjà utilisée depuis des années dans le traitement d’un désordre métabolique rare, on sait qu’elle cause relativement peu d’effets secondaires. Or, c’est justement parce qu’un tel médicament existe que le Dr Michelakis peine à trouver des fonds : impossible pour une société pharmaceutique de faire breveter un médicament qui l’est déjà. Et sans brevet, peu de profits en vue. D’où le manque d’intérêt des pharmaceutiques à investir dans de coûteuses recherches.

Les premiers résultats sont pourtant prometteurs. Le DCA a éliminé, entre autres, des cellules cancéreuses du sein, des poumons et du cerveau, tout en laissant intactes les cellules saines. Chez des rats, les tumeurs ont régressé de 75 % en à peine trois semaines.

Le médicament s’attaque à la redoutable immortalité des cellules cancéreuses en réactivant leurs mitochondries, les machines de production d’énergie des cellules. De nombreux oncologues supposaient que ces mitochondries étaient définitivement endommagées dans les cellules cancéreuses. Or, ce sont elles qui déclenchent l’apoptose, la « fonction suicide » des cellules en cas de dysfonctionnement. Ainsi, grâce au DCA, voilà les cellules cancéreuses de nouveau mortelles.

En attendant d’autres essais cliniques, les chercheurs découragent l’autoprescription du DCA — vendu illégalement dans Internet — en rappelant que les interactions avec les autres traitements sont encore méconnues. Dans différents forums, des internautes communiquent les résultats de leurs « études maison ». Ce qui, disent les chercheurs, pourrait nuire aux chances de poursuivre les recherches. En effet, ces cobayes-chercheurs improvisés risquent de gravement ternir la réputation du DCA en lui attribuant à tort l’aggravation de leur maladie, alors qu’elle pourrait être causée par d’autres facteurs.

Chimères
Après quelques tergiversations, le Royaume-Uni autorise la création d’embryons mi-humains, mi-animaux. L’objectif n’est pas de créer un minotaure, mais de faire avancer la recherche sur les cellules souches. Les premiers « embryons chimères » seront conçus en implantant le noyau d’une cellule humaine dans un ovocyte bovin. Les chercheurs visent à réduire l’utilisation d’ovules humains. Ces embryons chimères devront être détruits dans les 14 jours.

Êtes-vous multi ?
Le multitâche réduit temporairement le quotient intellectuel de 10 points ! De quoi contredire les adolescents qui jurent être plus efficaces s’ils font leurs devoirs tout en clavardant avec des amis, en écoutant de la musique et en lisant des potins !

Selon des psychologues de l’Université de Californie, les rois du multitâche compromettent plutôt la qualité de leur travail… et gaspillent leur temps. Des techniques de résonance magnétique ont permis d’observer que l’hippocampe, petite partie du cerveau impliquée dans le stockage de données, s’activait lorsque les sujets étudiaient sans distraction. L’information stockée en mode multitâche l’était dans une mémoire moins souple, plus difficile d’accès.

Cette étude s’ajoute à une pile d’autres publiées ces dernières années. Certaines ont permis d’observer, dans le cerveau, la congestion des données et d’évaluer le temps nécessaire pour passer d’une tâche à une autre. Leur conclusion : mieux vaut traiter un sujet à la fois ! D’autant que la division constante de l’attention émousse la capacité de concentration.

Ailleurs dans le monde
La cigarette, l’alcool et les habitudes alimentaires nouvelles des Asiatiques feront grimper leur taux de cancer de 60 % d’ici 2020, selon les experts. De plus en plus d’Asiatiques s’installent dans les villes, où ils adoptent un style de vie sédentaire et troquent leur alimentation composée essentiellement de fruits et de légumes contre des repas riches en viande, en gras et en sel. La prévention est quasi inexistante en Asie et les services médicaux sont peu accessibles.

Découverte écolo
Jardiner en utilisant des pesticides suffirait pour accroître de 9 % le risque de contracter la maladie de Parkinson. Et de 39 % si on en emploie de grandes quantités. Voilà ce que démontre une étude menée par l’Université écossaise d’Aberdeen auprès de 959 patients, une des plus vastes du genre. La cause de cette maladie dégénérative demeure un mystère, mais les chercheurs soupçonnent maintenant qu’elle est un mélange de prédispositions génétiques et de facteurs environnementaux.

Quoi de neuf au Québec ?
Les traumatismes associés aux mauvais souvenirs pourraient être atténués grâce à un médicament. En injectant du propranolol, molécule utilisée pour traiter l’hypertension, à des victimes de viol ou d’accident au moment où elles se remémoraient leur mauvaise expérience, les neurologues des universités McGill et Harvard ont réussi à modifier la manière dont ces souvenirs étaient stockés dans leur mémoire. Les victimes se rappelaient les détails de l’événement sans en subir toute la lourde charge émotionnelle.

Le conseil du mois
Bâillez au travail ! Cela améliorera la circulation sanguine vers votre cerveau et le refroidira. En conséquence, vous serez plus attentif ! La contagiosité du bâillement viendrait de nos ancêtres : elle assurait la vigilance en groupe.