Santé et Science

Les études secrètes de l’industrie du tabac

En 1992, Imperial Tobacco Canada aurait détruit 35 études réalisées par ses scientifiques portant sur les effets biologiques et le potentiel cancérogène de la fumée de cigarette, selon un article publié cette semaine dans le Journal de l’Association médicale canadienne.

Des chercheurs de l’Université de Waterloo et de Toronto ont retrouvé la trace de ces documents parmi les quelques 40 millions de pages de documents rendus publics en 1998 par l’industrie du tabac, à la suite d’un jugement rendu au Minnesota. Les détails sont ici.

Ces millions de pages de textes, qu’on peut consulter en ligne ici, n’ont pas encore livré tous leurs secrets.

L’an dernier, d’autres chercheurs y ont trouvé que les cigarettiers savaient depuis belle lurette que leurs produits contenaient des traces de polonium. On a fait grand cas de ces «cigarettes radioactives», même si le polonium est loin d’être le composant des cigarettes le plus toxique pour les fumeurs! (voir ces explications à ce sujet).

Plus important, à mon avis, plusieurs de ces documents ont aussi servi à étayer les soupçons de liens troubles entre les compagnies et certains chercheurs universitaires, comme Ragnar Rylander, qui fut jusqu’en 2001 professeur à la Faculté de médecine de l’université de Genève et agent de la société Philippe Morris.

En 2004, des chercheurs des universités Laval et de Toronto ont interrogé (document pdf) les facultés de médecine du Canada sur leurs liens avec l’industrie du tabac. Sur les 16 qui ont répondu, quatre recevaient des subventions de cette industrie. Aucune n’interdisait à ses professeurs de toucher des subventions ou des dons des cigarettiers. À votre avis, devraient-elles le faire?