Santé et Science

Marguerite Blais : elle court pour les aînés

La ministre responsable des Aînés a l’habitude des projecteurs. Elle excelle aussi dans les jeux de coulisses.

Marguerite Blais : elle court pour les aînés
Photo : M. Beauregard / PC

L’ancienne animatrice de télévision Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés depuis 2007, vole la vedette à ses collègues lors des annonces concernant les personnes âgées. Même quand l’argent ne provient pas de son ministère ! Le Secrétariat aux aînés n’administre que quelques programmes, à peu près inconnus du grand public (dont Municipalité amie des aînés et Du cœur à l’action), totalisant 21 millions de dollars. De l’argent de poche, en comparaison des 3,3 milliards de dollars consacrés aux programmes pour les aînés du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Sur le terrain, personne n’ose pourtant critiquer la politicienne de 60 ans. « Ça bouge pour les aînés depuis qu’elle est là », résume Lily Tremblay, présidente du Regroupement des aidants naturels du Québec.

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On dirait que vous avez des idées, mais pas de budget.

– Dans un gouvernement, le plus important, ce n’est pas d’avoir le plus gros budget. C’est d’avoir l’appui du premier ministre, de la présidente du Conseil du Trésor et du ministre des Finances. Dans le dernier budget, c’est une somme de 950 millions de dollars sur cinq ans qui a été annoncée pour le maintien à domicile, des places en CHSLD, les entreprises d’économie sociale qui offrent des services d’aide domestique, etc.

Sur une échelle de priorités allant de 1 à 10, où le Conseil des ministres place-t-il les aînés ?

– Dans la prochaine année, déposer la politique « Vieillir chez soi », prévue pour le printemps 2012, sera la priorité du gouvernement. Le premier ministre en a fait l’annonce lors du discours inaugural. Ce n’est pas une politique ministérielle, mais bien une politique gouvernementale, dont le leadership est assuré conjointement par moi-même et par Dominique Vien, ministre déléguée aux Services sociaux. Elle engagera plusieurs autres ministères importants, comme celui des Transports, pour faciliter la mobilité des personnes âgées, et celui des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, pour adapter les logements.

Avez-vous l’écoute de vos collègues ?

– Je lève la main chaque fois qu’il y a des choses qui ne font pas mon affaire. C’est un work in progress. Nous avons déjà fait beaucoup depuis la consultation publique sur les conditions de vie des aînés, qui s’est tenue en 2007, alors que mon ministère n’existait même pas avant mon arrivée. C’était une boîte vide avec quatre fonctionnaires ! Qui aurait dit que nous aurions quatre ans plus tard une politique ne tenant pas unique­ment compte des personnes malades, mais une politique sociocommunautaire axée sur le vieillissement actif ? On ne parle jamais des personnes âgées qui sont en forme. À peine 4 % des personnes âgées vivent en CHSLD !

Oui, mais beaucoup attendent une place et doivent être soutenues par leurs proches.

–    Je ne vois pas tout en rose. C’est vrai qu’en vieillissant on a des maladies chroniques, du diabète, des pertes cognitives, etc. Évidemment, quand une personne est malade, elle a besoin de services de maintien à domicile, et il en faudra davantage si on veut maintenir les aînés dans leur milieu. Mon mandat, c’est de faire en sorte que les aînés ne deviennent pas des « clients » du ministre de la Santé, Yves Bolduc.

Comment allez-vous y arriver?

– Je vous donne un exemple. La MRC de Témiscamingue, où les aînés avaient des problèmes de transport, est maintenant désignée « Amie des aînés » : un service de transport adapté leur permet d’aller faire leurs courses et ils peuvent ainsi continuer de vivre à la maison plus longtemps.

Cette démarche s’inspire d’une approche de l’Organisation mondiale de la santé qui m’a été présentée lors de la consultation publique. Elle place la personne au cœur des actions, symbolisées par les pétales d’une marguerite, qui représentent chacun un aspect : transport, revenus, soins à domicile, etc. J’ai repris l’approche, sans le symbole, parce que les gens auraient pensé que je voulais me servir de mon prénom !

Est-ce que la politique «Vieillir chez soi» comprendra un volet pour les proches aidants?

– C’est souvent un aîné qui est proche aidant. Il faut l’accompagner et le soutenir, car on ne veut pas avoir deux personnes malades. En 2009, nous avons adopté la Loi instituant le fonds de soutien aux proches aidants, un fonds de 200 millions de dollars sur 10 ans. [NDLR : Ce fonds est issu d’un partenariat entre l’État québécois et Sojecci II, société de gestion de la famille Chagnon, qui y versent respectivement 15 et 5 millions de dollars par année.] D’ici 2012, chaque région du Québec aura un carrefour de soutien aux aidants qui offrira du répit, de la formation, de l’entraide…

Dans leur déclaration de revenus de 2011, les proches qui prennent soin de leur conjoint pourront aussi demander le crédit d’impôt remboursable pour aidants naturels. Ce crédit pouvait être demandé par un enfant prenant soin d’un de ses parents, mais pas par le conjoint, qui était traité différemment par le fisc. C’était une demande des aînés lors de la consultation publique. Cela a pris du temps, mais nous y avons répondu.