Santé et Science

Retour de la grippe H1N1 : pas de panique

La grippe H1N1 est de retour, il y a eu des morts en Alberta et en Ontario, et les médias rameutent les craintes. Faut-il s’en inquiéter ? Pas vraiment, dit le Dr Alain Vadeboncœur.

La grippe H1N1 est de retour, il y a eu des morts en Alberta et en Ontario, et les médias rameutent les craintes. Faut-il s’en inquiéter ? Pas vraiment.

D’une part, les conditions requises pour une pandémie ne sont pas réunies comme elles l’étaient en 2009. D’autre part, ce virus H1N1 s’était avéré moins virulent que prévu, sauf pour certains groupes, enfants et femmes enceintes.

Bien qu’on ne peut présumer de l’avenir, ce que nous observons s’apparente davantage à une situation normale de grippe annuelle. D’ailleurs, l’OMS considère dorénavant le virus H1N1, après la pandémie de 2009, comme tout autre virus de grippe :

«Sur la base de l’expérience des pandémies passées, nous pouvons nous attendre à ce que le virus H1N1 adopte le comportement d’un virus grippal saisonnier et continue de circuler quelques années encore

La grippe reste une maladie grave

Soyons clairs : la grippe est une maladie parfois grave dont les complications peuvent emporter des vies, généralement environ 1 sur 1000 personnes touchées — surtout chez les groupes vulnérables, les personnes plus âgées et les malades chroniques, pour qui la vaccination est recommandée.

Par ailleurs, la majorité des enfants emportés par un virus de grippe ont des facteurs de risque majeurs (maladies chroniques, troubles neurologiques, etc.) : 64 % de ceux qui ont été victimes du H1N1 avaient de tels facteurs de risque majeurs.

De plus, les décès d’enfants représentent toujours (fort heureusement) un très petit nombre des décès totaux. Par exemple, alors qu’aux États-Unis, les décès annuels tous âges confondus se comptent annuellement par dizaines de milliers de cas, on a dénombré 830 décès pédiatriques entre 2004 et 2012 (dont 282 en 2009-2010 avec le H1N1).

Juste au Québec, on parle de centaines de morts annuellement en raison de la grippe, surtout des personnes âgées malades. Durant la pandémie H1N1, les 108 décès dénombrés au Québec représentent un nombre inférieur à ce que l’on voit habituellement.

Ainsi, faire aujourd’hui le décompte des morts goutte à goutte parce qu’il s’agit de H1N1 alarme la population pour rien. Soit on ne devrait pas en parler, soit il faudrait faire la une avec la grippe à chaque année.

Reste qu’il faudra voir si la grippe se comporte comme celle de 2009, et si plus de jeunes sont aussi touchés.

Pourquoi H1N1 faisait peur en 2009

Le contexte de l’arrivée de la grippe A H1N1, en 2009, avait soulevé son lot de craintes. Essentiellement parce qu’il s’agissait d’une «nouvelle» souche contre laquelle peu de gens étaient immunisés et qui se transmettait assez rapidement.

On craignait donc une pandémie, et l’OMS avait décrété le 11 juin 2009 une alerte de niveau 6 (maximale) qui avait permis de se préparer au pire et de vacciner assez largement la population.

Cette décision avait d’ailleurs été critiquée, notamment parce qu’on sait que des médecins directement liés aux pharmaceutiques étaient sur les plus hauts comités aviseurs de l’OMS. Mais à la décharge des autorités, on pouvait craindre une crise sanitaire plus grave que celle qui est finalement arrivée. Ce qui nous avait tout de même coûté plus de 200 millions de dollars au Québec pour assurer les préparatifs et la vaccination.

Et même dans les pays comme la France où la population n’avait atteint un taux de vaccination que de 8 à 10 %, la mortalité était demeurée faible (312 décès) mais, il est vrai, beaucoup plus présente chez les jeunes (66 % des décès dans le groupe des 15-64 ans, contre 7 % en temps normal).

Autrement dit, H1N1, en 2009, c’était un peu une fausse alerte (sauf pour l’atteinte prédominante des jeunes), qui avait néanmoins permis de changer nos habitudes et de bien nous préparer à une prochaine éventualité.

H1N1 version 2014 

Mais le contexte H1N1 en 2014 ne présente pas les caractéristiques de 2009 qui peuvent nous faire craindre le pire.

D’abord, non seulement le virus H1N1 n’était pas si virulent en 2009, mais il n’est plus nouveau. Une bonne proportion de la population est donc au moins partiellement immunisée contre H1N1, ce qui était beaucoup moins le cas en 2009.

Ensuite, la souche H1N1 actuelle est comprise dans le vaccin donné depuis l’automne. Il s’agit d’ailleurs d’un vaccin éprouvé et recommandé, surtout pour les groupes à risque.

Enfin, nous avons amélioré nos modes de prévention dans le système de santé, ce qui permet d’effectuer de la prévention plus efficacement, de limiter la propagation et de réagir plus rapidement.

Le vaccin pour les groupes à risque

Il ne faut d’ailleurs pas croire que le vaccin fait des miracles : il n’existe aucune preuve solide que vacciner l’ensemble de la population constitue une mesure de santé publique nécessaire (1).

Alors, faut-il se faire vacciner pour la grippe ? Certains groupes à risque devraient certainement recourir au vaccin, qu’on parle de H1N1 ou de toute autre souche de virus. Pas parce que le virus H1N1 est de retour, mais simplement parce que la grippe est une vraie maladie et que, pour certaines personnes (et leur entourage), ce n’est pas une bonne idée de l’attraper. J’ai déjà traité le sujet en profondeur à l’automne et je vous réfère donc à mon texte.

En général, on recommande aussi que les travailleurs de la santé soient vaccinés afin d’éviter la propagation du virus aux malades.

Le vaccin est donc offert gratuitement aux personnes qui sont plus à risque de présenter des complications en raison de leur âge ou de leur état de santé :

– les enfants âgés de 6 à 23 mois ;
– les personnes atteintes de certaines maladies chroniques ;
– les femmes enceintes atteintes de certaines maladies chroniques ;
– les femmes enceintes en bonne santé dans les deuxième et troisième trimestres ;
– les personnes âgées de 60 ans et plus ;
– les proches des personnes qui sont à risque de présenter des complications ;
– les proches des enfants de moins de 6 mois.

J’ai personnellement été vacciné il y a quelques semaines, comme à tous les ans, sans ressentir le moindre effet secondaire. Il est encore temps de se faire vacciner pour les groupes à risque. Et de prendre des mesures simples pour éviter sa propagation.

Le pic de grippe arrivera bientôt en janvier, les indicateurs le montrent. C’est un peu plus tard que l’an dernier.

Mais de grâce, évitons la panique de 2009. Nous avons déjà eu une bonne pratique, c’est bien suffisant.

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(1) 19h20. Note: comme on me le fait remarquer – voir commentaire au bas – le vaccin est recommandé par les autorités à toute personne de plus de 6 mois, sur la base de consensus d’experts, notamment parce que le risque est minime et que l’efficacité est probable, même si la démonstration de son efficacité et de son importance n’est pas solidement établie, contrairement à la preuve scientifique de son efficacité pour les groupes à risque.

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Pour de l’information à jour, voir le site du ministère de la Santé.

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Un virus moins connu de la population est actuellement très présent au Québec, en fait depuis deux mois : le RSV, soit le virus respiratoire syncytial. Typiquement, il donne un syndrome grippal moins violent que celui de la grippe, mais cause par ailleurs une toux prolongée (qui peut durer des semaines) et, parfois, une voix rauque. Chez les jeunes enfants, il entraîne parfois des complications respiratoires et chez les adultes, des cillements respiratoires apparentés à une crise d’asthme (ce qu’on nomme parfois «bronchite»). Le traitement est essentiellement symptomatique et ne demande généralement pas d’antibiotiques, sauf en cas de complication aiguë, comme une pneumonie. Par contre, on prescrit parfois des pompes comme aux asthmatiques pour en atténuer les symptômes.

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Un chapitre critique sur la «crise» H1N1 se trouve dans Privé de soins
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