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Chine : un jardin pour la planète

Dans l’immense Jardin botanique de Chenshan, en Chine, des chercheurs québécois imaginent comment assainir efficacement l’environnement… avec des plantes !

 

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Vaste étendue de verdure en banlieue de Shanghai, Chenshan impressionne les visiteurs avec ses trois énormes serres futuristes, ses lacs et ses jardins. – Photos : Jardin botanique de Chenshan

Pour sa retraite, Gilles Vincent a trouvé un terrain de jeux de rêve. Après 30 ans au Jardin botanique de Montréal, dont 13 ans comme directeur, le botaniste a posé l’an dernier ses valises dans la banlieue de Shanghai, plus exactement au Jardin botanique de Chenshan, où il est conseiller spécial du directeur.

Les autorités chinoises n’ont pas lésiné pour aménager, en moins de trois ans et pour près d’un demi-milliard de dollars, un immense jardin — trois fois la taille de celui de Montréal — destiné à la conservation des plantes, à la recherche et à l’éducation à l’environnement. Inauguré pour l’Exposition universelle de Shanghai, en 2010, Chen­shan impressionne les visiteurs avec ses trois vastes serres futuristes (on entrerait deux terrains de football dans chacune d’elles !), ses lacs, ses 26 jardins thématiques et ses laboratoires couverts de toits verts vallonnés.

Mais ce qui passionne le plus Gilles Vincent dans ce grand espace vert se trouve en bordure du jardin. Le long d’une rivière aux eaux plutôt troubles, polluées à souhait, on a creusé 56 grands bassins artificiels que l’on a reliés au cours d’eau et, un peu plus loin, on a scindé une portion de terre en 20 parcelles de 100 m2 chacune. Celles-ci attendent d’être plantées.

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Dans ces deux installations de recherche, uniques au monde par leurs dimensions, l’équipe de Gilles Vincent tentera de répondre à un besoin criant en Chine — et avec lequel toute la planète est aux prises : trouver des techniques efficaces pour assainir à peu de frais de l’eau ou des sols contaminés par toutes sortes de polluants d’origine agricole, industrielle ou urbaine.

On sait depuis longtemps que les plantes peuvent absorber les contaminants. « Mais il y a un monde entre les résultats qu’on obtient dans nos laboratoires et ce qui se produit quand on teste ces techniques en conditions réelles », explique Jacques Brisson, botaniste à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal et pionnier de la recherche sur les marais filtrants artificiels. « Sur certains terrains contaminés, les plantes font parfois même augmenter la concentration en pol­luants là où elle devrait baisser, sans qu’on comprenne pour­quoi ! » renchérit Michel Labrec­que, également chercheur à l’Institut et conservateur au Jardin botanique de Montréal.

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Au Jardin botanique de Chenshan, le Québécois Gilles Vincent et son équipe mènent des recherches en conditions réelles sur la capacité des plantes d’absorber divers contaminants. – Photo : Amélie Philibert/Université de Montréal

À l’invitation de leur ancien collègue Gilles Vincent, ces deux chercheurs ont commencé à utiliser les installations de Chen­shan pour perfectionner ces techniques. « Ce qu’on fait là-bas serait impensable au Québec : on a obtenu l’autorisation de placer dans les 20 parcelles de la terre que nous avons nous-mêmes contaminée avec des quantités bien précises de métaux lourds, comme du plomb ou du zinc, qu’on trouve typiquement dans les terrains pollués », explique Michel Labrecque. Isolées du sol environnant, ces parcelles où tout est contrôlé permettront de déterminer exactement quelles combinaisons de plantes peuvent extraire quels mélanges de contaminants.

Dans les bassins artificiels, les chercheurs testeront aussi différents assortiments de plantes et évalueront leur capacité d’assai­nir la rivière voisine, dont le degré de pollution très élevé est courant dans de nombreux endroits en Chine. « Une fois aménagés, les marais filtrants ne coûtent presque rien », explique Jacques Brisson. Grâce aux expériences menées à Chenshan, ces usines vertes pourront peut-être enfin être déployées à grande échelle dans le monde, avec la garantie qu’elles donneront des résultats.

Une solution bien plus accessible que les stations d’épuration… et nettement plus jolie !