Santé et Science

Faut-il avoir peur… des microbilles de plastique?

Utilisées dans les cosmétiques, elles sont inoffensives pour l’humain, mais se dégradent lentement dans l’environnement, menaçant de nombreux animaux aquatiques.

Photo: Oregon State University/Flickr
Photo: Oregon State University/Flickr

Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) consulte ces jours-ci la population sur la pertinence d’interdire les microbilles de plastique dans les produits de soins personnels pour exfolier ou nettoyer.

Ces minuscules billes invisibles à l’œil nu (elles font au plus cinq microns, soit la taille d’une cellule humaine ou 200 fois moins que les millimètres gradués sur les règles des écoliers) ont commencé à être utilisées par les fabricants dans les années 1990.

Selon un sondage réalisé l’an dernier par l’Association canadienne des cosmétiques, produits de toilette et parfums (ACCPTP) auprès de ses 150 entreprises membres, on en trouve dans d’innombrables produits, comme des soins pour la peau (crèmes hydratantes, antirides, baumes pour les lèvres…), des nettoyants (gels douche, savons, lotions…), des dentifrices et du maquillage (vernis à ongles, fonds de teint…). Les quantités utilisées par chaque fabricant au Canada vont de 30 kilos à 58 tonnes par an.

Il existe une multitude de types de microbilles, de différentes tailles et compositions. Certaines agissent comme exfoliant, d’autres comme liant pour les ingrédients, d’autres augmentent la brillance… Elles ne présentent aucun danger pour la santé, pourvu que, évidemment, les produits dans lesquels elles sont incorporées soient employés correctement. Si vous buvez votre gel douche ou que votre enfant avale tout un tube de dentifrice, les autres ingrédients risquent de causer plus de tort à votre santé que les microbilles!

La plupart sont faites de plastiques courants, comme le polyéthylène, utilisés sous d’autres formes dans de nombreux emballages. En gros, on trouve dans les microbilles les mêmes matières que celles qu’on désigne par les chiffres 1 à 6 entourés d’un triangle sur les emballages qu’on doit mettre dans son bac de recyclage.

Sauf que les microbilles finissent systématiquement dans l’environnement, car elles ne sont pas retenues et éliminées dans les stations d’épuration, où elles posent plusieurs problèmes. Voilà le vrai danger.

Comme elles sont faites de plastiques très peu biodégradables, elles vont s’accumuler dans les sédiments ou flotter entre deux eaux pendant des siècles. En 2014, une étude de l’Université McGill en a décelé des quantités non négligeables dans les sédiments du Saint-Laurent.

Or, les microbilles peuvent passer dans l’alimentation de nombreux animaux aquatiques, poissons, moules ou même zooplancton. Bien qu’elles ne soient pas toxiques quand on les étend sur la peau d’un humain, elles peuvent le devenir si elles sont ingérées par des animaux beaucoup plus petits. Dans l’environnement, en effet, elles agissent un peu comme des éponges à polluants, absorbant des pesticides ou des polluants organiques persistants, pour les relarguer plus tard dans le corps des animaux qui en mangent.

Même si les études sur la toxicité des microbilles sont encore incomplètes, leurs résultats sont suffisamment préoccupants pour que plusieurs juridictions aient décidé de les interdire, sur les conseils des scientifiques et à la suite de la pression populaire.

Endommager durablement l’environnement simplement pour que son fond de teint soit un peu plus brillant ou son gel douche un peu plus doux à étaler semble effectivement n’avoir aucun bon sens!

Neuf États américains ont déjà adopté des lois interdisant la fabrication et la vente de produits de soins personnels contenant des microbilles. Certaines de ces lois sont déjà entrées en vigueur, les autres s’appliqueront au plus tard en 2019. De plus, une loi fédérale adoptée en décembre dernier interdira la fabrication de ces produits sur tout le territoire américain à compter du 1er juillet 2017 et leur vente en 2018. Les fabricants de médicaments en vente libre et de produits naturels ont obtenu un sursis jusqu’en 2018 et 2019.

L’Europe travaille présentement sur un règlement similaire.

Le projet actuellement en consultation au Canada survient à l’issue de plusieurs étapes réglementaires entamées sous le gouvernement conservateur. Il fallait par exemple ajouter les microbilles de plastique à la liste des substances toxiques de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement.

Le Canada prévoit de suivre le calendrier américain, avec un décalage de six mois (l’importation et la fabrication seront interdites à compter du 31 décembre 2017). Il n’est donc pas trop en retard dans ce dossier, même s’il aurait pu se montrer plus proactif.

Les fabricants ne semblent d’ailleurs pas rencontrer de grandes difficultés à trouver des options pour remplacer les microbilles, surtout qu’ils craignent comme la peste les campagnes de boycottage susceptibles de se répandre comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Ainsi, le géant Unilever (marque Dove, entre autres) les a bannies de ses produits exfoliants depuis plus d’un an!

Cela dit, ces microbilles ne constituent qu’une fraction de la pollution de l’environnement par des plastiques non dégradables. La plupart des microscopiques fragments que l’on trouve en quantités importantes dans les océans, les grands lacs ou même le fleuve Saint-Laurent ne viennent pas du contenu des produits de soins personnels, mais de la lente décomposition de leurs emballages, de sacs, d’applicateurs de tampons et d’innombrables autres produits en plastique qui finissent dans la nature plutôt que dans des usines de recyclage, des dépotoirs légaux ou des incinérateurs.

Selon une étude publiée en 2015 dans le magazine Science, jusqu’à 12,7 millions de tonnes de plastique ont abouti dans les océans en 2010. Et cette quantité déjà énorme pourrait être multipliée par 10 d’ici 2025 si les infrastructures de collecte et de recyclage des déchets ne s’améliorent pas sur la planète, particulièrement en Chine et dans les pays du Sud-Est asiatique. Un autre rapport récent estime qu’en 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans.

Les Québécois, en ce moment, se préoccupent surtout de la surconsommation des sacs de plastique, que plusieurs municipalités veulent interdire. L’Association canadienne des sacs de plastique, qui regroupe les fabricants, est évidemment en furie.

Mais même s’il faut analyser l’impact des solutions de rechange, toute mesure visant à diminuer les quantités de plastique susceptibles de se retrouver dans la nature mérite d’être sérieusement envisagée!