Santé et Science

Le traitement Zamboni, ou trahir l’espoir des patients

Les conclusions d’une étude sont sans appel: la méthode Zamboni pour la sclérose en plaques ne fonctionne pas.

Le Dr Paolo Zamboni à Toronto, en avril 2010. (La Presse canadienne/Nathan Denette)
Le Dr Paolo Zamboni à Toronto, en avril 2010. (La Presse canadienne/Nathan Denette)

Le traitement Zamboni contre la sclérose en plaques (SEP) ne fonctionne pas. C’est vraiment triste pour les patients, mais c’était prévisible. On savait depuis le début que la science à la base des annonces sensationnelles – ou sensationnalistes – du docteur Paolo Zamboni, chirurgien vasculaire italien, ne tenait pas la route. Or, une nouvelle étude canadienne vient de terminer le knock-out.

Malheureusement, des milliers de patients auront entretemps vécu dans l’espoir que cet étrange traitement les aiderait à contrôler la terrible maladie. Et comme il n’était pas offert au Canada, pour la bonne raison qu’il n’était pas approuvé, ils ont dû voyager fort loin pour y accéder, dépensant, sans doute en pure perte, des dizaines de milliers de dollars.

D’après les théories controversées du docteur Zamboni, certains blocages des veines du cou empêchent la libre circulation du sang, causant l’accumulation de fer dans les tissus cérébraux, ce qui favoriserait le développement de la SEP. Dégager le passage permettrait donc de soigner la maladie. Il était à peu près le seul à soutenir cette hypothèse.

Blocages partiels des veines cervicales. Open-I.
Blocages partiels des veines cervicales vus par résonance magnétique. Le docteur Zamboni en faisait la cause de la sclérose en plaques. Open-I.

Alors est-ce que le traitement de dilater les veines du cou fonctionnait ou pas ? Beaucoup de ces patients ont rapporté que leurs symptômes avaient été améliorés, d’où la controverse quant à son efficacité possible. Mais l’amélioration était-elle due au traitement ou bien le fruit de l’effet placebo? Un gros dilemme, qu’il fallait trancher.

Une science trop « rigide »?

Nous avions abordé le sujet à l’émission Les docteurs, assez tôt dans la controverse, en soulignant les faiblesses scientifiques et les réponses qui demeuraient patentes. Il fallait être prudent, ne pas attaquer inutilement l’espoir des gens, ne pas condamner sans prendre connaissance, mais en même temps, être rigoureux.

Même si les «preuves» ne tenaient pas la route, je me souviens bien que certains groupes de patients, en désespoir de cause, reprochaient aux neurologues et aux scientifiques d’être trop rigides, de ne pas reconnaître l’amélioration ressentie ni s’ouvrir à cette nouvelle avenue thérapeutique, voire de rejeter dogmatiquement ces théories. Certains gouvernements provinciaux offraient même du support pour permettre d’accéder au traitement.

Mais les neurologues soulignaient simplement le fait que ce traitement n’avait pas démontré son efficacité et que le concept même de «l’insuffisance veineuse» n’avait jamais non plus été prouvé comme facteur explicatif de la SEP. Ils critiquaient donc avec raison cette pseudoscience, parce que c’en était une, malheureusement.

Les patients qui revenaient d’outre-mer après avoir été « soignés » avaient de la difficulté à être repris en charge. Il faut dire que personne ici ne savait vraiment comment assurer suivi, ce qu’il fallait surveiller, quelles pouvaient être les complications et la manière de les prendre en charge.

Une étude canadienne importante

Des études scientifiques rigoureuses étaient requises. Il fallait comparer le traitement Zamboni au placebo – parce que c’était la meilleure manière de prouver ou non son efficacité, au-delà, justement, de l’effet placebo. De telles études, il y en a eu, notamment sous la pression justifiée des groupes de patients. Le gouvernement fédéral a même offert du financement pour trancher la question.

Celle présentée au congrès annuel de la Society for Interventional Radiology’s de Washington était dirigée par des médecins québécois, dont le docteur Marc Girard. Ses conclusions sont sans appel et s’ajoutent aux connaissances acquises ces dernières années: la méthode Zamboni ne fonctionne pas, comme on s’en doutait.

On a donc pratiqué la « thérapie de libération » du docteur Zamboni chez 104 personnes souffrant de SEP, en comparant au hasard avec un traitement placebo, où aucune intervention réelle n’était pratiquée sur les veines du cou, même si un cathéter y était inséré. On ne peut imaginer meilleure comparaison. C’est aussi ce qu’on appelle une étude « randomisée-contrôlée », une des meilleures manières d’évaluer l’efficacité – ou la non-efficacité – d’un traitement.

Or, il ne s’est rien passé. Certains patients ont constaté une amélioration, mais elle était comparable dans le groupe contrôle et le groupe sous traitement réel. Autrement dit, comparée au placebo, l’approche Zamboni n’a pas démontré d’effet bénéfique supplémentaire. Même si, manifestement, un certain effet placebo explique certaines améliorations constatées dans les deux groupes.

Au bout d’un an, les résultats étaient aussi comparables au sein des deux groupes. Ceux des tests diagnostics en imagerie par résonance magnétique pratiquée, également similaires.

Lésions hyperdenses (blanches) compatibles avec une sclérose en plaques. Open-I.
Lésions hyperdenses (zones blanches) vues par résonance magnétique et compatibles avec une sclérose en plaques. Open-I.

L’effet placebo explique sans doute l’amélioration constatée dans les premières recherches du docteur Zamboni, mais il s’agissait d’études « non-randomisées » (donc sans répartition au hasard) et sans groupe contrôle

C’est vraiment triste pour les patients souffrant de la SEP, puisqu’il y avait là un espoir majeur, malheureusement encouragé par tous les titres trop optimistes retrouvés dans les médias à l’époque.

Par ailleurs, le traitement n’est pas sans risque: il comporte l’obligation de dilater les veines du cou par une technique comparable à celle utilisée pour traiter de l’angine, d’où certaines complications, notamment des blocages ou des saignements, et même des décès.

Flux sanguin des veines jugulaires vus par échographie. Open-I.
En bleu, le flux sanguin des veines jugulaires, tel que vus par échographie. Open-I.

Mais la leçon la plus importante, c’est qu’il est immoral de donner de faux espoirs aux patients gravement malades, notamment en s’enthousiasmant trop tôt pour des traitements douteux, et surtout, en présentant comme des preuves de la mauvaise recherche. Bien platement, il aurait fallu dès le départ mieux appliquer les principes de base de la science et de la preuve.

Mais voilà, ce chapitre étant aujourd’hui à peu près clos, il faut poursuivre la recherche. Et en attendant, continuer d’encourager les patients souffrant de sclérose en plaques, qui disposent de certains traitements démontrés efficaces pour ralentir le cours de la maladie.

Nos patients méritent mieux que ce genre de science boiteuse. Si on arrive un jour à vaincre la terrible maladie, ce ne sera sûrement pas grâce à des recherches douteuses comme celles menées à l’époque par le docteur Zamboni.

 


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