Actus science : De l'intelligence artificielle aux morsures de serpent
Santé et Science

Actus science : De l’intelligence artificielle aux morsures de serpent

Cette semaine, Valérie Borde nous parle des publications savantes en intelligence artificielle, d’un coup dur qui touche l’immunothérapie, du recensement à la mode Trump et… des morsures de serpent.

Où publier les études en intelligence artificielle ?

Près de 3 000 chercheurs en intelligence artificielle ont signé une pétition dans laquelle ils se sont engagés à ne pas publier, réviser ou éditer des articles scientifiques pour une revue savante, Nature Machine Intelligence, dont le géant de l’édition scientifique Nature Research vient d’annoncer la création. Les chercheurs de ce domaine favorisent aujourd’hui les revues en libre accès, qui n’impliquent pas de payer pour consulter le contenu comme le font les revues savantes traditionnelles telles que Nature. La plupart des chercheurs en intelligence artificielle, comme l’équipe de Yoshua Bengio à Montréal (lire son portrait dans le numéro de décembre 2017 de L’actualité), publient une première version de leurs articles sur le site ArXiv.org, où ils peuvent être consultés gratuitement, alors que les abonnements aux revues payantes plombent les budgets des universités des pays riches et sont peu accessibles aux chercheurs des pays pauvres.

En revanche, ArXiv.org est parfois critiqué, car le site n’a pas de processus de révision par les pairs, contrairement aux revues savantes traditionnelles. Ce processus, qui permet de vérifier les articles avant leur publication, assure en théorie que seules des recherches solides sont publiées, surtout dans des revues sérieuses et reconnues telles que celles du groupe Nature. ArXiv.org fait plutôt appel à des modérateurs qui n’examinent pas en détail le contenu des articles comme le font des réviseurs. Environ 10 000 articles sont publiés chaque mois par ArXiv.org, surtout en informatique, en astronomie et en mathématiques.

Coup dur pour l’immunothérapie

Trois compagnies pharmaceutiques viennent d’interrompre ou de suspendre la phase finale des essais cliniques d’une nouvelle classe de médicaments anticancéreux, considérée pourtant comme très prometteuse il y a encore quelques semaines. L’epacadostat, fabriqué par la compagnie américaine Incyte, ainsi que deux molécules de la même famille n’ont fait aucune différence pour les quelques 5 000 personnes qui, partout dans le monde, participaient aux essais cliniques de phase 3 qui devaient servir à démontrer définitivement l’efficacité de ces nouveaux traitements. En laboratoire, ces médicaments potentiels avaient pourtant fait la preuve qu’ils pouvaient bloquer une enzyme permettant aux tumeurs de se développer. Ils étaient testés en combinaison avec d’autres médicaments d’immunothérapie, déjà utilisés pour traiter une multitude de cancers avancés, mais qui sont encore peu efficaces. Un cuisant rappel qu’en matière de recherche pharmaceutique, rien n’est jamais gagné d’avance.

Un recensement à la mode Trump

Les États-Unis doivent procéder à leur prochain recensement de la population en avril 2020. Mais les chercheurs en sciences sociales, qui ont besoin des données pour mener leurs études, sont inquiets des décisions du gouvernement américain qui souffle le chaud et le froid sur la manière d’organiser cette opération. Un comité de la Chambre des représentants a proposé la semaine dernière d’ajouter un milliard  de dollars au budget prévisionnel du Bureau du recensement pour 2019, ce qui réjouit les chercheurs, explique le magazine Science, qui analyse en détail cette question. Mais le secrétaire au Commerce Wilbur Ross, de qui dépend ce bureau, a quant à lui réitéré qu’il tenait mordicus à ce qu’une question du recensement porte sur la nationalité du répondant. Or, même les propres études du Bureau du recensement montrent que cette question va dissuader de nombreuses personnes de participer à l’exercice par crainte d’être dénoncées aux services d’immigration. Un taux de réponse trop bas pourrait fausser les résultats du recensement, notamment en induisant une sous-représentation de la population plus vulnérable.

Les morsures de serpent, maladie négligée

L’Organisation mondiale de la santé, qui tient sa grande réunion annuelle la semaine prochaine à Genève, va se prononcer sur une résolution proposée par le Costa Rica et la Colombie qui vise à mettre bien plus d’efforts dans la lutte contre les morsures de serpent. Chaque année, dans le monde, de 80 000 à 130 000 personnes sont tuées par des serpents venimeux, et au moins trois fois plus doivent être amputées ou souffriront de graves séquelles à vie. Les enfants et les paysans des pays en développement sont les plus touchés. En septembre dernier, l’organisation onusienne a reconnu que ce problème faisait partie des maladies négligées, très mal gérées dans beaucoup de pays et dans lesquelles les entreprises pharmaceutiques, les gouvernements et les grandes organisations philanthropiques investissent peu. En 2016, Médecins sans frontières avait vertement critiqué la décision de la compagnie Sanofi de cesser la production de son sérum Fav-Afrique, un produit efficace pour contrer les effets du venin des serpents les plus dangereux d’Afrique, mais coûteux à fabriquer.