De la climatisation à l'éthique version Google
Santé et Science

De la climatisation à l’éthique version Google

Au menu des Actus sciences de la semaine : la climatisation en tant que gouffre énergétique, les embouteillages causés par les voitures autonomes, du porc édité génétiquement et l’éthique version Google.

La climatisation, un gouffre énergétique

D’ici 2050, les besoins en énergie liés à la climatisation tripleront dans le monde, selon l’Agence internationale de l’énergie. Déjà, de 1990 à 2016, les ventes annuelles de climatiseurs ont quadruplé : environ 1,6 milliard de climatiseurs étaient en usage sur la planète à la fin de 2016, installés pour la majorité dans des résidences ou de petits locaux commerciaux. Tous ces appareils représentent une puissance totale de refroidissement de 11675 gigawatts, soit 18,5 % de la consommation totale d’électricité par les bâtiments. Dans son ensemble, la climatisation consomme autant d’énergie que le transport par avion et par bateau.

La Chine (35 % de la puissance totale de climatisation installée), les États-Unis (23 %) et le Japon (9 %) sont aujourd’hui les plus grands utilisateurs de climatiseurs. L’AIE s’attend à ce que la Chine, l’Inde et l’Indonésie représentent à elles seules la moitié de la croissance de la capacité de climatisation d’ici 2050.

Dans ce contexte, indique l’Agence, il y a urgence à améliorer le rendement thermique des bâtiments, mais aussi l’efficacité des climatiseurs eux-mêmes. Actuellement, les modèles de climatiseurs les plus performants sont cinq fois plus efficaces que les plus mauvais ! Même si les comparaisons internationales sont délicates, l’Agence note de grandes différences dans les performances moyennes d’un pays à l’autre (même en tenant compte des différences climatiques), qui tiennent entre autres aux réglementations en vigueur. Les climatiseurs résidentiels vendus en Europe, par exemple, sont en moyenne 25 % plus efficaces que ceux vendus en Amérique du Nord, dont l’efficacité est comparable à celle des climatiseurs vendus en Chine.

Plus de voitures autonomes, plus d’embouteillages ?

Depuis 2015, la Ville de Boston, le Forum économique mondial et le Boston Consulting Group collaborent pour réfléchir aux répercussions que le déploiement des voitures autonomes pourrait avoir à l’échelle d’une ville comme Boston, selon ce que la population est prête à envisager. Leur premier rapport, publié ces jours-ci, réserve des conclusions surprenantes.

La mobilité sur demande (que ce soit avec des véhicules traditionnels ou des véhicules autonomes) pourrait représenter jusqu’à 30 % des déplacements dans Boston « dans le futur ». Les auteurs ne précisent pas à quel moment tout cela pourrait voir le jour, ils se basent plutôt sur ce que la population actuelle aimerait, si possible.

Selon leurs simulations, le recours à des voitures autonomes partagées diminuerait de 15 % le nombre de voitures en circulation dans la ville, alors que les distances parcourues augmenteraient de 16 %. Le temps moyen de déplacement ne diminuerait, pour sa part, que de 4 %. Un gain bien plus faible que celui envisagé dans d’autres études prospectives.

Autre mauvaise surprise, au centre-ville, les embouteillages seraient plus importants que ceux d’aujourd’hui : le temps de déplacement dans les quartiers centraux augmenterait de 5,5 %. En banlieue, la voiture autonome sur demande aurait par contre tendance à remplacer le transport public et permettrait de raccourcir le temps de déplacement de 12 %. En gros, la moitié des espaces de stationnement ne seraient plus nécessaires.

En route vers le porc édité génétiquement

Des chercheurs de l’Institut Roslin, à Édimbourg, ont réussi une première : rendre des porcelets insensibles à un virus dévastateur, en éditant leur génome avec le ciseau moléculaire CRISPR-Cas9. Le syndrome reproducteur et respiratoire porcin coûte une fortune à l’industrie porcine mondiale, en tuant les porcelets et en causant des problèmes de fertilité aux truies. Juste aux États-Unis, il coûterait 600 millions de dollars par an aux éleveurs !

Les scientifiques écossais ont réussi à éliminer du génome de quatre porcelets une partie du gène qui les rend sensibles à ce virus. Ils les ont ensuite exposés au virus, qui ne les a pas rendus malades. Aucune trace d’infection n’a été repérée dans leur sang.

Plus tôt cette année, l’Europe et les États-Unis ont annoncé que les cultures éditées génétiquement ne seraient a priori pas considérées comme des OGM par la réglementation, car cette modification pourrait se produire spontanément dans la nature — alors que pour produire un OGM, on lui ajoute un gène étranger. Mais les règles précises n’ont pas encore été édictées, ni pour les plantes ni pour les animaux. Il faudra encore bien d’autres essais avant que l’édition génétique des porcs aboutisse à des animaux que l’industrie pourrait adopter, mais on s’en approche.

L’éthique version Google

En mai, Google a annoncé en grande pompe avoir beaucoup progressé dans la mise au point de son assistant personnel Duplex, un programme capable de prendre une voix très humaine pour passer un appel téléphonique, comme un rendez-vous dans un salon de coiffure, y compris les hésitations qui ponctuent nos propos en de telles circonstances. La démonstration a suscité autant d’admiration que de critiques : en faisant passer son robot pour un humain, Google a franchi une barrière éthique unanimement condamnée par les spécialistes en éthique de la technologie. Surtout qu’à aucun moment de la démonstration le robot n’a précisé qu’il était une machine !

Utiliser une machine pour sciemment tromper un humain, en la faisant passer pour un autre humain, ouvre la porte à d’innombrables dérives. Quelle confiance accordera-t-on désormais aux inconnus qui nous appellent au téléphone si on n’est même pas certain que c’est une véritable personne qui est à l’autre bout du fil ? Un tel système faciliterait d’innombrables arnaques !

Début juin, Google a — comme par hasard — publié un bref énoncé de principes éthiques concernant la mise au point de ses produits basés sur l’intelligence artificielle. Puis, l’entreprise a présenté ces jours-ci à une sélection de journalistes une nouvelle version de Duplex dont la voix est sans équivoque non humaine, qui s’annonce comme étant un robot… et qui sera intégré dès cet été dans son Assistant Google.

Tout cela est-il sincère et mûrement réfléchi ? L’acceptabilité sociale n’est-elle pas plutôt la seule réelle balise éthique que se fixe Google pour s’essayer avec n’importe quoi et s’adapter au besoin selon la réaction provoquée ? Est-ce une simple stratégie de marketing pour nous préparer à l’idée que ces machines vont s’immiscer de plus en plus intimement dans les rapports entre humains, tout en nous rassurant sur le produit bientôt offert dans les rayons (stratégie bien connue des politiciens…) ? Un appel du pied aux entreprises de télémarketing, qui aimeraient bien qu’on arrête de raccrocher au nez de leurs systèmes automatisés, qu’on repère instantanément ?

Voilà qui est pour le moins inquiétant…