Quelle place pour la science dans cette campagne?
Santé et ScienceÉlections 2018

Quelle place pour la science dans cette campagne?

S’inspirant des slogans courts, Valérie Borde propose un plan scientifique en quatre mots pour le prochain gouvernement.

La science n’est habituellement pas le sujet dont on débat le plus en campagne électorale. C’est assez logique: elle est perçue comme élitiste, compliquée, abstraite, bref, pas facile à « vendre » aux électeurs, surtout dans une période où on ne fait pas dans la nuance. Non seulement la vaste majorité de la population ne sait pas grand-chose de la manière dont la science se fait, mais ses impacts ne se font presque jamais sentir sur le court terme des mandats.

Pourtant, la science change nos vies, et de multiples manières. Elle explique des phénomènes fondamentaux comme les changements climatiques ou le mécanisme de la douleur, fournissant pistes d’action et matière première à des innovations technologiques et sociales qui touchent tous les domaines de la vie. Et les décisions que prendra le prochain gouvernement à son sujet auront assurément des impacts bien réels pour tous les Québécois.

Comme la mode est aux slogans courts, voici donc un programme scientifique en quatre mots pour le futur gouvernement:

-> Continuité

Pour les scientifiques, rien n’est pire que les changements de structures et de programmes qui représentent une perte de temps colossale en paperasserie et en rencontres pour expliquer leur travail que la plupart des politiciens ne connaissent pas bien. Dans ce billet publié il y a quatre ans, j’avais dressé la liste des multiples changements d’organisations qui supervisent la science au plus haut niveau de l’État, qui au gré des ministres de tutelle et des gouvernements, l’a tantôt rattachée à l’enseignement supérieur, tantôt à l’économie.

La responsabilité de la science a encore été déplacée depuis, étant depuis 2016 sous la tutelle du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI). Même si les scientifiques ont tout autant, voire plus souvent, croisé dans leurs activités la ministre responsable de l’Enseignement supérieur, Hélène David, que Dominique Anglade.

Soyons clair : tous ces changements sont contre-productifs, parce qu’au final, seule compte la qualité des programmes de soutien à la science et leur adéquation avec les besoins. Les chercheurs ont besoin de continuité pour pouvoir faire leur travail correctement, car il faut du temps pour mettre sur pied une étude et la réaliser. Un doctorat dure plus longtemps qu’un mandat électoral! Fichons-leur la paix avec les changements de structure.

-> Support

La recherche coûte cher en équipements et en main d’œuvre. Et quand les budgets sont limités, la compétition entre chercheurs n’a pas que du bon. Si le Québec veut jouer dans la cour des grands et ne pas être constamment à la remorque de découvertes réalisées ailleurs, sur des réalités qui ne sont pas les nôtres et qui créeront des emplois ailleurs, il doit investir en recherche à la hauteur de ses moyens.

Dans les comparaisons internationales, cet effort est souvent représenté par un indicateur économique, le ratio Dépense intérieure de recherche et développement sur Produit intérieur brut (DIRD/PIB). Au Québec, ce ratio était en 2014 (dernier chiffre disponible) de 2,44. Pas si mal lorsqu’on se compare au Canada dans son ensemble en 2015 (1,65) et même à l’Ontario (2,09).

Mais le ration demeure moins bien que les États-Unis (2,79), l’Allemagne (2,93) et le Japon (3,29). Dans son budget 2017, le gouvernement Couillard avait réservé 585 millions de dollars à la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation, et affichait des cibles ambitieuses. Il ne faudrait pas que ce bel élan retombe.

-> Équilibre

Quelle part des budgets de la recherche doit aller à la recherche libre et fondamentale plutôt qu’à la recherche appliquée et dirigée? Voilà l’éternelle question pour chaque nouvelle tête dirigeante. Le gouvernement Harper a marqué les esprits avec sa recherche ultraorientée et dirigée, qui avait provoqué un élan de protestation sans précédent dans la communauté scientifique… et n’a pas donné les résultats escomptés.

Le gouvernement Trudeau a annoncé cette année un réinvestissement aussi massif que salutaire dans la recherche fondamentale. Même si la recherche industrielle et appliquée est nécessaire pour aider les entreprises à performer, il faut garder une marge de manœuvre suffisante pour que les chercheurs puissent sortir des sentiers battus.

Au Québec, le gouvernement Couillard a aussi bien fait à ce chapitre dans son dernier budget, ce qui n’est peut-être pas étranger au fait qu’il dispose d’un Scientifique en chef apte à expliquer les enjeux aux politiciens qui n’ont pas la science infuse. Doug Ford et Donald Trump se sont débarrassés des leurs; espérons que le prochain gouvernement du Québec ne choisira pas d’abolir ce poste-clé.

-> Partage

La science ne doit pas fonctionner en vase clos et les chercheurs ont des comptes à rendre à la population, dont les impôts paient beaucoup de leurs travaux. Ils doivent permettre à la société dans son ensemble d’avancer vers un monde mieux outillé pour prendre des décisions appuyées sur la connaissance et l’expérimentation et non sur des idées toutes faites, des « fake news » ou des croyances sans fondement.

Le prochain gouvernement devra veiller à faciliter l’appropriation de la démarche scientifique par l’ensemble de la population, de 7 à 77 ans, et plus loin encore. Mieux amener la science dans les écoles, plus souvent, et par des gens mieux formés. L’intégrer aussi dans les conversations en famille, dans le cabinet du médecin, l’atelier, le potager, les pages des journaux et le fil Facebook, en aidant les organismes de culture scientifique, les chercheurs et les médias à proposer à la population plus d’occasions de comprendre et de s’approprier la science. On va dans la bonne direction à ce chapitre, mais on doit encore faire bien mieux.

Pour en discuter, l’Association canadienne pour le savoir (ACFAS) organise le 10 septembre un Bar des sciences au L’Barouf à Montréal sur le thème: « Quelles sciences pour le Québec de demain?».

Les candidats Dominique Anglade (PLQ), Jean-Martin Aussant (PQ), Jean-François Roberge (CAQ) et Alejandra Zaga Mendez (QS) répondront aux questions de la journaliste Josée Boileau. À ne pas manquer!