Faut-il avoir peur… des sargasses ?
Santé et Science

Faut-il avoir peur… des sargasses ?

En plus de nuire au tourisme dans les Caraïbes, la prolifération de ces algues est surtout néfaste pour les écosystèmes côtiers.

Une quantité record d’algues brunes se sont échouées sur les plages des Caraïbes cet été, ce qui inquiète au plus haut point tant l’industrie touristique que les scientifiques.

Ces algues sont des sargasses, qui ont la forme d’un arbre mou dont la cime flotte et qui peuvent faire jusqu’à 12 m de long. Concentrées par les courants marins, elles abondent dans la mer à laquelle elles ont donné leur nom, au sud-ouest de l’Atlantique Nord, où elles forment une véritable forêt flottante. Régulièrement, de petites quantités de sargasses atteignent les côtes de tout l’Atlantique, ce qui contribue à consolider les dunes et à alimenter les écosystèmes.

Mais depuis 2011, d’immenses radeaux de sargasses entremêlées se sont échoués à répétition dans les Caraïbes, en Afrique de l’Ouest et au nord du Brésil, au point de recouvrir les plages d’un tapis qui peut atteindre plusieurs mètres d’épaisseur en quelques jours. Le suivi par satellite mis en place en 2013 montre que ces radeaux se forment entre le golfe de Guinée et les côtes du Brésil, une nouvelle région où les algues se sont mises à proliférer, au sud de la mer des Sargasses. Les radeaux touchent les côtes des Caraïbes de mai à septembre.

Si les sargasses rejetées sur les rivages ne sont pas ramassées rapidement, elles pourrissent et dégagent du sulfure d’hydrogène, un gaz malodorant, dangereux à respirer en grandes concentrations et très corrosif. Les algues bloquent aussi les ports et rendent la navigation difficile.

Dans toutes les régions touristiques, c’est le branle-bas de combat pour les ramasser et installer des barrages flottants, et éliminer les monceaux récoltés. Les échouages massifs sont aussi catastrophiques pour les écosystèmes côtiers, qui étouffent sous les algues. Les sargasses font barrage aux tortues marines qui nichent sur les plages, en plus de ramener déchets et nouvelles espèces potentiellement envahissantes. Et pour la nature, le nettoyage des plages peut être un remède pire que le mal quand la machinerie accélère l’érosion et compacte le sable.

Les scientifiques croient que le réchauffement de l’océan et des apports accrus de poussière de sable du Sahara ou de sédiments de l’Amazone pourraient être en cause. Or, ce phénomène est encore très mal compris et on ne sait pas s’il persistera.

Les chercheurs planchent sur des modèles de prédiction qui permettraient de voir venir les sargasses pour mieux leur barrer la route, mais les vacanciers ne sont pas à l’abri de mauvaises surprises.