Qui veut 26 000 milliards de dollars?
Santé et Science

Qui veut 26 000 milliards de dollars?

Au menu cette semaine : les opportunités économiques de la lutte aux changements climatique, l’éthique des chercheurs et deux études marquantes en génétique.

L’argent et les emplois de la révolution climatique

À la veille d’aller voter, faut-il penser d’abord à l’économie et aux emplois, ou bien aux transports collectifs et à l’état de la planète? Selon le dernier rapport de la Commission mondiale sur l’économie et le climat, sorti en septembre, l’adoption de mesures radicales en faveur du climat, au cours des deux à trois prochaines années, pourrait engendrer 26 000 milliards de dollars américains de gains économiques d’ici 2030 dans le monde, et créer 65 millions d’emplois de plus que la trajectoire dite du « business as usual », dans laquelle les efforts progressent au rythme actuel. L’organisation soutenue par d’anciens dirigeants politiques, de grands patrons et des économistes conseille notamment de mettre le plus vite possible fin aux subventions aux énergies fossiles et d’investir massivement dans les infrastructures durables (en énergie, transport, eau et bâtiment). Les Québécois font-ils tellement mieux que le reste de la planète qu’ils peuvent s’épargner cet effort payant? Pas tellement. Chaque Québécois a émis, en moyenne, 9,9 tonnes de gaz à effet de serre en 2015, soit le double de la moyenne mondiale.

Ménage éthique dans la recherche…

Plagiat, non déclaration de conflit d’intérêt, déclarations abusives… le hasard veut qu’en quelques jours, plusieurs chercheurs vedettes se soient fait montrer la porte de leurs institutions respectives, signe que l’inconduite scientifique est de plus en plus prise au sérieux. Aux États-Unis, l’université Cornell a annoncé que son chercheur en marketing alimentaire Brian Wansink avait remis sa démission, après que 13 de ses publications ont été retirées de plusieurs revues savantes, dont le Journal of the American Medical Association. L’université Cornell a enquêté pendant un an sur les pratiques douteuses de ce chouchou des médias, connu pour ses études portant par exemple sur l’influence de la taille des assiettes sur les quantités de nourriture ingérées. Toujours aux États-Unis, l’oncologue Jose Baselga, médecin chef du prestigieux Memorial Sloan Kettering Cancer Center, a été poussé à la démission à la suite d’une enquête du New York Times et de Propublica qui a montré qu’il avait omis de déclarer ses liens financiers avec plusieurs compagnies pharmaceutiques dans les dizaines d’articles qu’il a publiés sur le cancer, notamment sur l’efficacité de thérapies ciblées. Dans un tout autre registre, la Collaboration Cochrane a décidé d’exclure l’un de ses fondateurs et membres les plus en vue, le médecin danois Peter Gotzsche, accusé de nuire à la réputation de cette institution qui défend depuis sa création la pratique d’une médecine fondée sur des preuves. Gotzsche a consacré sa carrière à défendre la rigueur dans l’analyse des études pas toujours très honnêtes réalisées sur les médicaments. Mais ses positions tranchées et très médiatisées contre le dépistage du cancer du sein, les antidépresseurs ou le vaccin contre le VPH, lui ont aussi valu des critiques de la communauté scientifique. On ignore cependant quelles sont les raisons précises de son éviction.

Puissant forçage génétique

Des chercheurs du Imperial College de Londres ont réussi, en laboratoire, à conduire à l’extinction une population de moustiques transmettant la malaria, en modifiant leur génome avec la technique du ciseau moléculaire CRISPR-Cas9 pour les empêcher de se reproduire. C’est la première fois que cette manipulation de forçage génétique réussit à éliminer complètement une population et il n’a fallu que 7 à 11 générations de moustiques pour y parvenir. Les chercheurs ont ciblé un gène du moustique Anophele gambiae appelé « doublesex » qui détermine, au cours du développement de l’insecte, s’il devient un mâle ou une femelle. En coupant une partie de ce gène, ils ont fait diminuer le nombre de femelles fertiles sans pour autant provoquer une résistance de la population d’insectes à ce traitement. Cette expérience marquante, publiée dans Nature Biotechnology, suscite autant d’espoirs que de peurs, car elle tend à montrer que le forçage génétique peut être extrêmement puissant. Selon les chercheurs, il faudra encore 5 à 10 ans de développement avant que cette expérience puisse être éventuellement testée dans la nature.

Nos gènes, ces inconnus

Même si le génome humain a été entièrement décodé il y a près de 20 ans, on ignore encore à peu près tout de la majeure partie des gènes qui le composent, et ce n’est pas parce qu’ils sont inintéressants. Voilà en résumé la conclusion d’une étude originale publiée dans la revue PLOS Biology par des chercheurs de la Northwestern University, qui ont cherché à comprendre pourquoi certains gènes sont beaucoup plus populaires que d’autres dans la littérature scientifique. Selon leur analyse, 90% des publications savantes en génétique portent sur environ 2 000 gènes seulement, alors que le génome humain en compte près de 20 000. Parmi tous les facteurs qui peuvent influencer la popularité d’un gène dans la communauté scientifique, il y a bien sûr certaines caractéristiques propres à sa structure et à ses fonctions qui peuvent le rendre particulièrement intéressant à étudier, comme le fait qu’il code pour une protéine que l’on sait importante pour une maladie. Mais le fait qu’un gène ait déjà été étudié par d’autres chercheurs joue aussi un rôle déterminant dans le nombre d’études qui lui sont consacrées, démontrent les chercheurs, qui proposent des pistes pour inciter la communauté scientifique à sortir plus souvent des sentiers battus.