Ramasser le vomi du chat grâce au jogging intérieur
Santé et Science

Ramasser le vomi du chat grâce au jogging intérieur

L’hiver s’en vient et vous allez peut-être oublier un peu l’exercice jusqu’au printemps ? Découvrez plutôt la nouvelle trouvaille du Dr Alain Vadeboncœur : le jogging intérieur, qui vous permettra de demeurer frais comme une rose durant les prochains mois. Explications et démonstrations.

Vous me connaissez, je suis un peu paresseux. Et comme bon nombre d’entre vous, je prépare habituellement mon hibernation en décembre. Puis, à la fonte des neiges, je sors de ma tanière afin de me remettre en forme, notamment s’il y a eu ramollissement.

C’est du moins ce qui m’arrivait jusqu’à l’an dernier. Avant que j’invente, tout de go dans un grand moment d’inspiration, le jogging intérieur. Depuis, ma vie a changé, rien de moins.

Je dois admettre que ma femme s’est alors demandé si je n’étais pas devenu un peu fêlé. Jusqu’à ce qu’elle comprenne où je m’en allais avec pas de skis. Je vous l’écris comme ça s’est passé : dans la salle de lavage où j’allais porter les chaussettes sales en travaillant mon cardiovasculaire.

Trois minutes plus tôt, j’avais « athlétiquement » ramassé le vomi du chat en m’exerçant dans les escaliers. Parce que vous savez comment c’est : les vieux chats, ça vomit de temps en temps, surtout si on ne les amène pas souvent chez le vétérinaire. Il faut alors nettoyer mes tapis, auxquels je tiens beaucoup, une expérience qui pourrait être désagréable — mais ne l’est plus.

Un entraînement nouveau genre

Vous allez comprendre mon concept original de jogging intérieur, qui n’est pas une forme de méditation aérobique ni une lévitation pectorale. Non, le jogging intérieur, c’est juste jogger, mais à l’intérieur. C’est néanmoins tout un changement de paradigme.

L’auteur en pleine séance de jogging intérieur. Aérobie, jambes, proprioception, relaxation.

Ah ! Sur un tapis roulant, pensez-vous. Il suffisait de le dire plus tôt ! Ben non, même pas. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, le tapis roulant, j’ai beaucoup de misère avec, même devant une télé de 52 pouces avec un match du Canadien dedans. Je ne sais pas, le paysage ne bouge pas assez vite pour mon léger trouble de l’attention.

Il suffit alors d’aller courir dehors, pensez-vous donc. Mais c’est l’hiver, je vous le rappelle, et j’hiberne à l’intérieur. Plutôt que de courir comme un rat en cage sur un tapis roulant, je cours dans mon intérieur — dans ma maison. Tout simplement.

Courir dans sa maison vous paraîtra sans doute une idée incongrue. On n’est sûrement pas en situation de haute performance. Je vous l’accorde. Entre nous, c’est beau la performance, mais quand je cours dehors, j’ai tendance, non pas à performer, mais au moins à augmenter mes vitesses, à diminuer mes temps, à accélérer ma foulée ; bref, comme tout le monde (du moins, la moitié des joggeurs), à me blesser de temps en temps.

Par exemple, cette sacrée fasciite plantaire, qui m’a tenu à l’écart du jogging — même intérieur — pendant neuf mois. Je crois de plus en plus que la volonté de performance est un problème en soi et je m’inclus moi-même dans ce soi. Alors si vous êtes comme moi, vous allez apprécier le jogging intérieur hivernal.

Depuis près d’un an, je cours plusieurs fois par semaine dans la maison. Presque tous les deux jours. Du salon à la salle à manger en passant par la cuisine, d’une chambre à l’autre, du sous-sol au deuxième étage, des litières au lave-vaisselle et de la salle de lavage au garage.

Intégrer les activités ménagères

Vous vous demandez peut-être quel est le rôle du lave-vaisselle dans cette histoire. Il permet une activité complémentaire au ramassage du vomi de chat dans le domaine en développement du jogging intérieur : le ramassage des accessoires de cuisine sur une jambe.

Ça concerne donc aussi les activités ménagères, ce qui me permet de vous révéler que dans le jogging intérieur, il n’y a pas que le jogging, il y a l’intérieur, dont il s’agit de s’occuper de manière créative.

Sortir la vaisselle du lave-vaisselle représente un défi insoupçonné et particulièrement stimulant. Mais l’objectif change du tout au tout : plutôt que de se taper cette tâche avec un certain degré de souffrance, c’est dans la joie que la sortie de ladite vaisselle illumine maintenant ma vie — et stimule ma proprioception.

Activité de rangement du lave-vaisselle en appuis monojambistes alternés. Équilibre, motricité fine, quadriceps, proprioception, concentration.

La méthode est simple : sortir chaque ustensile un par un, en s’abaissant sur une jambe, puis l’autre, en alternance, comme sur la photo. Je vous garantis qu’un lave-vaisselle au complet vous fera chauffer les cuisses.

Une autre variante est la séance de ramassage des chaussettes sales et autres pièces de linge contaminées, qu’il faut alors saisir une à une. On peut aussi choisir d’aller rapidement porter chaque chaussette jusqu’au panier à linge sans vous enfarger dans le chat.

Séance de ramassage de chaussettes sales en flexion tout en maintenant en équilibre le panier à linge, ce qui n’est pas rien. Souplesse, extension, proprioception, concentration.

Un horaire simple

Quand je pratique mon jogging intérieur, je me lance pour 30-35 minutes en continu, ajoutant un peu d’escalier. Même si j’ai l’air un peu ridicule (je ferme le rideau qui donne sur le voisin), je vous garantis que c’est un substantiel exercice, supérieur à la marche, sollicitant les structures musculaires, tendineuses et articulaires, sans m’exposer à un risque de blessure.

Mais qu’en est-il des muscles ? Parce que vous savez, se tenir en forme va au-delà de l’aérobie : le maintien de la masse musculaire est aussi important et d’autant plus quand on avance en âge comme tout le monde.

D’autant plus que l’excellent livre que j’ai préfacé, Lève-toi et marche, du physiothérapeute Denys Fortier, m’a appris notamment que nos muscles activés libèrent des myokines, de formidables substances pleines de vertus santé. Bref, quand vous activez vos muscles, vous vous sentez mieux.

Un peu de musculation régulière s’est donc ajoutée à mon jogging intérieur. Pas à s’arracher les cordes vocales comme on l’entend dans les centres sportifs, mais juste assez pour me pomper les principaux groupes musculaires.

Vue en contre-plongée d’un relâchement intensif de myokines salvatrices. Anaérobie, musculation, coordination.

Ma routine est d’effectuer à l’aide de simples poids une série de séquences alternées avec un peu de jogging intérieur. Ce qui me fournit au total une heure, comportant environ 40-45 minutes de jogging intérieur et le reste en musculation.

Je compte une heure, parce que bien entendu, je calcule. Mais j’ai aussi beaucoup changé mon attitude par rapport à la mesure, qui n’a plus vraiment sa place en jogging intérieur. Exit les accélérations, les vitesses de pointe, le rythme moyen, bref, tout ce qui m’a poussé à accélérer jadis et qui conduisait à des blessures. Je ne mesure ainsi que deux ou trois choses.

D’abord, la durée de l’exercice. Ensuite, le nombre de pas, qui tourne autour de 7 500 dans une telle séance. Enfin, ma pulsation, que je ne consulte pas vraiment, mais à laquelle j’ai accès après l’exercice.

Effets garantis

De sorte que depuis un an, non seulement je suis plus en forme que jamais, que j’ai perdu du poids, que je ne me suis pas blessé et que je n’ai plus aucune douleur musculo-squelettique, mais je ramasse systématiquement mes chaussettes sales, plus souvent le vomi du chat et même la vaisselle propre.

Combinaison alternée de montée-descente d’escalier et de ramassage de vomi de chat. Équilibre, proprioception, olfaction, coordination, quadriceps et dorsaux.

Tout ça pour traverser l’hiver avec bonheur, ce que je planifie encore cette année. En plus d’aller jouer dehors, bien entendu, qu’est-ce que vous alliez penser ? Du moins, quand il fait assez beau pour que les chats daignent également sortir, ce qui n’arrive pas souvent par les temps qui courent. Que voulez-vous, c’est l’âge.

Et ne me remerciez pas, je le fais pour le bien de l’humanité !

* * *

Ajout au 1er décembre : On m’a mentionné que je devais avoir une grande maison pour pratiquer ainsi la course intérieure. En fait, ma maison est de taille moyenne, mais ça n’est pas le point important. Une précision technique s’impose : le jogging intérieur constitue essentiellement de la course sur place, ou bien en avançant doucement. On peut même le pratiquer à reculons (excellent pour l’équilibre et la proprioception) et en montant et descendant les escaliers (dans le sens normal ou à l’envers, si vous n’avez pas de trouble d’équilibre) ou encore de côté. Bref, pas besoin de grands espaces. Je commence d’ailleurs toujours dans ma chambre à coucher, cinq bonnes minutes sur place pieds nus, puis je vais chausser mes souliers et je poursuis ailleurs dans la maison. Il faut bien varier un peu le paysage.