Malades de solitude
Santé et Science

Malades de solitude

De plus en plus de Canadiens de tous âges disent se sentir isolés, et cela a des effets néfastes sur leur santé. Au Royaume-Uni, un ministère de la Solitude a été créé pour contrer le phénomène. Devrait-on l’imiter ?

Quand la première ministre britannique, Theresa May, a nommé une «ministre de la Solitude», en janvier 2018, la nouvelle a fait les manchettes partout sur la planète. Un ministère pouvait-il vraiment se consacrer à une réalité aussi intangible qu’un sentiment ? Les parallèles avec «Le ministère des Démarches ridicules», ce célèbre sketch des Monty Python, ont vite fait rigoler !

Mais au Royaume-Uni, le sujet n’est pas pris à la légère : des recherches qui explorent les effets de la solitude sur la santé portent à croire que les Britanniques ont une longueur d’avance sur ce terrain. Le poste a été créé à la suggestion d’une commission parlementaire sur la solitude, qui a été présidée par la députée Jo Cox jusqu’à son assassinat, en 2016, à quelques jours du référendum sur le Brexit. Un rapport, publié à la fin de 2017 par la fondation qui poursuit la mission de la députée, a révélé que neuf millions de Britanniques sont touchés par la solitude. Aucun groupe n’est à l’abri : pour 43 % des jeunes de 17 à 25 ans, 50 % des personnes handicapées et 58 % des immigrants et des réfugiés, la solitude constitue un obstacle au quotidien. Les personnes âgées, les soignants, les hommes, les enfants et leurs parents sont aussi affectés. Pour Theresa May, ces données mettent en lumière une «triste réalité de la vie moderne».

L’ancien directeur du Service de santé publique des États-Unis Vivek Murthy décrivait la montée fulgurante de la solitude comme une «véritable épidémie» dans l’édition de l’automne 2017 du Harvard Business Review. En plus de l’isolement engendré par les téléphones intelligents dans nos vies (en particulier celles de la jeune génération), sujet qui a fait l’objet d’une foule d’articles, Vivek Murthy souligne que de nombreux facteurs ont émergé depuis quelques décennies et jeté les bases d’une existence encore plus solitaire : la mobilité géographique croissante a fait que plus de gens s’éloignent de leurs proches en vieillissant ; la popularité grandissante du télétravail a réduit la quantité d’interactions en personne ; l’omniprésence du courriel a amené les employés, même ceux qui travaillent dans des bureaux ouverts, à communiquer par écrit plutôt que de vive voix.

Durant ses années de pratique médicale, le Dr Murthy a constaté que la solitude était le dénominateur commun de toutes sortes de troubles cliniques, et qu’elle aurait ainsi «contribué à provoquer la maladie et à compromettre la capacité de résilience et de guérison des patients».