5. Qui doit-on soigner de manière prioritaire?

Il est essentiel de soigner les plus malades d’abord. Comme à l’urgence ou suite à un accident d’auto. Ça semble évident.

Mais c’est aussi vrai pour les grands malades, ce qu’on oublie souvent: ceux dont les besoins de santé sont majeurs, en particulier les patients gravement et chroniquement atteints, dont la santé se détériore parfois irrémédiablement, devraient toujours être en haut de notre liste de priorités.

Ce qui n’est pas toujours le cas. Pourtant, il existe des façons de mieux identifier ces patients, d’évaluer plus clairement leurs besoins, de mieux répondre à temps, notamment en cas de détérioration.

Ce qui bien entendu demande une intégration des soins, souvent en impliquant des infirmières qui peuvent alors jouer un rôle pivot fondamental dans l’équipe qui doit nécessairement entourer de tels patients.

Je prends souvent pour exemple le Projet Défi de Ste-Agathe et ses résultats, connaissant bien l’équipe qui a mené à bien le projet:

On a identifié les 200 patients passant le plus de temps à l’hôpital et confié leur dossier à une « infirmière gestionnaire des cas complexes ». À partir des problèmes identifiés par les patients eux-mêmes, on a mis à contribution le réseau environnant: ces patients ont-ils un médecin de famille ? Un suivi par le CLSC ? Des aidants naturels ? Une fois ces liens établis ou renforcés, on s’est assuré d’établir un suivi serré de ces 200 patients, en particulier dès que leur problème de santé, habituellement chronique, montrait des signes de résurgence. Le résultat ? Une diminution de moitié des taux d’hospitalisation et des visites à l’urgence et une amélioration de la qualité de vie des malades chroniques. Par cette seule intervention, on a réussi à augmenter de 10 % le nombre de lits de l’hôpital disponibles pour les autres patients.

Voilà un bel exemple d’amélioration des soins par l’intégration, la coordination et la coopération!

Je participais à l’automne à un atelier portant sur les pratiques innovantes auprès des patients âgés, et je peux vous dire qu’il y de ces initiatives étonnantes partout au Québec. Des dizaines et et dizaines de projets surgissant un peu partout, menés par des gens aussi passionnés que compétents, qui ne demandent pas mieux que d’améliorer les soins. Le gros défi reste de les reconnaître et surtout de les diffuser.

Les principes déjà présentés de l’accès adapté permettent aussi de favoriser un contact entre le médecin et son patient au moment où celui-ci en a le plus besoin. Ce qui est fondamental.

Par ailleurs, les ententes de la FMOQ permettent maintenant au médecin d’être rémunéré pour la prise en charge des patients sans médecin de famille et notamment pour des patients dits « vulnérables », ce qui correspond bien au type de patients qui ne peuvent longtemps se passer d’un médecin de famille.

Mais il faut demeurer attentifs : une étude qui vient d’être publiée en Ontario a montré qu’il est plus facile d’être pris en charge par un médecin lorsque l’on dispose de moyens financiers plus importants. Ce qui est à la fois dramatique et décevant, dans la mesure où c’est tout de même l’état qui rémunère le médecin pour des soins courants.

Des personnes très au fait de ce dossier me disent que les médecins sont parfois plus enclins à s’auto-référer des patients moins « lourds » vus en « sans-rendez-vous » qu’à choisir un patient gravement atteint de la liste des patients vulnérables sans médecins de famille.

Il est clairement temps pour les médecins et ceux qui organisent les services de s’assurer qu’en tout temps, ce sont les patients les plus malades qui passent en premier. Ce que tout le monde souhaite d’ailleurs.

Le médecin-chercheur Antoine Boivin m’expliquait en effet qu’il avait pu le constater directement: dans le cadre de ses recherches, il rassemblait des groupes de 15-20 patients pour les impliquer dans l’organisation des soins. Rapidement, les gens en meilleure santé, donc ayant peu ou pas besoin de voir leur médecin, proposaient de s’assurer que les places prioritaires soient réservées aux personnes plus malades. L’altruisme, le sens du partage et des priorités se manifestait de lui-même sitôt qu’on lui en donnait l’occasion. Une belle leçon.

Afin d’y arriver, je pense que nous devons notamment développer une approche territoriale plus complète, dont je vous parlerai lundi. Nous pourrions beaucoup, beaucoup mieux couvrir les besoins de la population, comme d’autres pays l’on fait. Un autre pas vers la « pleine couverture » médicale mais qui ne serait pas sans brasser la cage.

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En préparation d’une conférence donnée mardi le 12 mars en compagnie de madame Gyslaine Desrosiers, ex-présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, je vous présente chaque jour de la semaine de relâche une idée simple pour améliorer les soins, à laquelle je vous invite à réagir sur ce blogue.

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Les citations sont tirées de mon ouvrage Privé de soins.

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