5 raisons de se préoccuper des effets de la crise climatique sur les océans

Le Grand Bleu est d’une importance capitale pour les humains. Voici de quelle manière le réchauffement climatique touche les océans… et, par ricochet, notre santé.

Kathryn Hansen / NASA

Tiff-Annie Kenny et Mélanie Lemire sont professeures associées au Département de médecine sociale et préventive l’Université Laval ; Malaya Bishop est assistante de recherche au Département de biologie de l’Université d’Ottawa.

Les humains entretiennent une relation profonde et complexe avec la mer. Elle leur fournit de la nourriture et des nutriments essentiels, des médicaments et de l’énergie renouvelable. Les gens nagent, surfent et font de la plongée sous-marine dans ce « gym bleu ». Les océans constituent même un élément important des loisirs thérapeutiques, comme la thérapie par le surf pour les anciens combattants et les enfants autistes.

L’économie est également liée à la mer. La pêche, le tourisme, la navigation et le transport maritime génèrent des emplois, des revenus et de la sécurité alimentaire, tout en soutenant la culture et d’autres déterminants sociaux de la santé.

Pour nos ancêtres comme pour nos enfants, diverses cultures humaines ainsi que de nombreux moyens de subsistance et modes de vie sont liés à la mer. Mais l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre modifie l’océan et met notre santé en péril.

Les eaux océaniques se réchauffent, s’acidifient et s’appauvrissent en oxygène. Les écosystèmes océaniques, déjà mis à mal par la surpêche et la pollution, risquent de voir leur état empirer. Avec la fonte de la banquise, l’élévation du niveau des mers et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, la santé et le bien-être des humains sont désormais confrontés à de nombreuses menaces, qui visent principalement les populations côtières.

1. Désastre écologique

Avec les changements climatiques, les catastrophes naturelles deviennent de plus en plus extrêmes et de plus en plus fréquentes.

Les cyclones tropicaux (comme les ouragans et les typhons), qui ont tué environ 1,33 million de personnes depuis le début du XXe siècle, gagnent en intensité avec le réchauffement des eaux océaniques. Le nombre d’ouragans de catégorie 4 et 5 a augmenté de 25 à 30 % pour chaque degré Celsius de réchauffement climatique d’origine humaine depuis le milieu des années 1970.

Les ondes de tempête, les inondations et les traumatismes physiques sont à l’origine de la plupart des décès et des blessures. Mais au lendemain d’une catastrophe, les conditions environnementales et sociales constituent également une menace pour la santé publique.

Les eaux stagnantes et les systèmes de collecte des eaux usées endommagés peuvent exposer les gens à des toxines, à des bactéries et à des virus. Une interruption des soins de santé et des effets négatifs sur le logement, l’emploi et d’autres déterminants sociaux de la santé placent les gens dans des conditions difficiles (comme des abris surpeuplés et l’obligation de se déplacer) au-delà du traumatisme causé par l’évènement.

Cela peut aggraver un large éventail de problèmes de santé publique — tant des maladies infectieuses (comme le choléra, la leptospirose et les maladies diarrhéiques), des maladies non transmissibles (comme les affections cardiovasculaires et respiratoires) que des troubles de santé mentale.

Une hausse des hospitalisations a été observée chez les populations touchées par une catastrophe des semaines, des mois, voire des années après celle-ci.

Un cas très étudié est celui de l’ouragan Katrina, qui a fait état de plus de 1 800 décès causés par une noyade, des blessures ou des traumatismes physiques en août 2005, mais qui a également provoqué une brusque augmentation des problèmes cardiaques et des troubles mentaux graves. Dix ans plus tard, les problèmes persistants de santé mentale et cardiovasculaire font partie des séquelles de la tempête.

2. Migration et déplacements

Avec l’élévation du niveau moyen des mers, les inondations côtières deviennent plus fréquentes et plus graves. Selon les prévisions, 250 000 kilomètres carrés de terres côtières seront inondés d’ici la fin du siècle, ce qui exposera des dizaines de millions de personnes à des risques pour leur santé.

L’avancée des eaux océaniques, l’érosion et le dégel du pergélisol peuvent faire en sorte qu’il soit difficile, voire impossible, de vivre dans certains lieux côtiers. Ainsi, le village de Newtok (Niugtaq en yupik) a entamé la première phase d’une relocalisation planifiée en 2019, après que les tempêtes côtières et le dégel du pergélisol ont commencé à le détruire.

Une maison de plain-pied tombant d’un rivage enneigé dans l’océan
Une maison abandonnée se retrouve sur la plage après une tempête à Shishmaref, en Alaska, en 2005. Les résidents ont voté en faveur d’une relocalisation en 2016 en raison de la forte érosion côtière. (Photo : AP Photo/Diana Haecker)

Si les résidents nouvellement relogés ont déclaré se sentir en meilleure santé, les réponses proactives peuvent néanmoins engendrer des risques pour la santé et le bien-être. Les déménagements peuvent être source de détresse et de traumatisme lorsque les gens sont très attachés à leur lieu de résidence.

Les dimensions sanitaires des migrations liées au climat, en particulier chez ceux qui restent ou sont laissés sur place, n’ont pas reçu suffisamment d’attention dans le monde de la recherche et de la politique.

3. Le déclin des glaces de mer

Au cours des 40 dernières années, la glace de mer arctique est devenue plus petite et plus mince. Son étendue globale a régressé d’environ 13 % par décennie, et son épaisseur a perdu au moins 1,75 mètre.

Un graphique montrant la tendance à la baisse de l’étendue de la banquise arctique
La couverture de glace de mer arctique atteint son minimum chaque année en septembre. La glace de mer arctique de septembre diminue maintenant à un taux de 13,1 % par décennie, par rapport à la moyenne de 1981 à 2010. (NSIDC/NASA)

La glace de mer est une composante essentielle de la vie dans l’Arctique. Elle fournit une plateforme pour les déplacements et les activités de chasse et de pêche, et permet les processus écologiques qui sont à la base des cultures, de l’économie, des connaissances et des systèmes alimentaires.

La réduction de la glace de mer rend la navigation plus dangereuse et moins prévisible. Cela peut modifier le moment et le lieu où l’on peut se procurer de la nourriture, augmenter les coûts qui y sont associés et réduire la quantité récoltée.

Cette situation peut conduire à une diminution de la nourriture et de l’argent, à une hausse de l’anxiété concernant l’accès à la nourriture et de la dépendance à l’égard des aliments importés qui sont moins sains, ce qui a une influence négative sur la sécurité alimentaire et la santé mentale.

4. Déclin des produits de la mer

Les produits de la mer sont une source importante de protéines et de nutriments essentiels, surtout s’il y en a peu dans les autres aliments offerts localement.

Mais les changements climatiques déplacent les espèces vers les pôles. Cela pourrait entraîner une grave diminution des captures de produits de la mer d’ici 2050 et avoir des conséquences négatives sur des millions de personnes dans le monde. Les effets les plus graves devraient se faire sentir dans les pays en développement et chez les populations autochtones côtières.

Le déclin projeté des captures de saumon et de hareng en Colombie-Britannique, notamment, pourrait causer un manque en plusieurs vitamines, minéraux et acides gras chez les Premières Nations des côtes. Lorsque les régimes alimentaires comprennent davantage de nourriture transformée, riche en calories et en sodium, le risque de développer un diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires augmente.

5. Menaces dans les eaux océaniques, l’air et les produits de la mer

L’océan est pollué par le mercure, des produits chimiques industriels, des produits pharmaceutiques, des microplastiques et d’autres substances. Il abrite également de nombreux micro-organismes d’origine naturelle, comme la bactérie mangeuse de chair et celle du choléra, ainsi que des toxines.

Lorsque la composition chimique et la température de l’océan, ainsi que d’autres dynamiques de l’écosystème marin, sont modifiées, cela peut engendrer des risques pour la santé humaine en causant des intoxications par les coquillages, une exposition au mercure et diverses maladies.

Les changements climatiques modifient la distribution des polluants et les risques qui y sont associés. Ainsi, les infections liées à certaines souches de bactéries Vibrio pourraient devenir plus fréquentes et plus répandues avec le réchauffement des eaux. L’augmentation de la température des eaux peut également entraîner une hausse des concentrations de méthylmercure dans le thon.

Que faire ?

Malgré les nombreux liens entre la santé des océans et la santé humaine, la gouvernance mondiale des océans n’a que peu tenu compte de cette dernière. Des politiques comme la loi américaine sur la santé humaine et des océans, ainsi que les centres de recherche et de formation qui y sont associés, peuvent renforcer la collaboration et la coordination entre les divers organismes, secteurs et disciplines pour promouvoir la santé des océans et des populations.

Cette infrastructure et cette compétence interdisciplinaires sont nécessaires pour établir les informations (tels les systèmes d’alerte précoce), les politiques, les plans et les systèmes de gestion qui permettront d’atténuer les nouvelles menaces que l’océan fait peser sur la santé publique et d’y répondre. Nous devons élargir le cadre de l’évolution des océans pour passer d’un enjeu environnemental à un enjeu qui inclut la santé humaine et l’équité sociale.

Au moment où le monde se tourne vers l’océan pour créer une « économie bleue », des « espaces bleus », des « soins de santé bleus » et des « ordonnances bleues », il est important de se souvenir que l’océan est un lieu d’oppression, d’exclusion, de racisme et d’autres violations historiques et persistantes des droits de la personne.

Pour sa santé et celle de ses populations, l’océan doit devenir plus équitable. Pour ce faire, il faut réconcilier et réparer les histoires et les relations entre les cultures, les valeurs et les systèmes de connaissances qui ont la mer en commun.

Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Au point 3 de l’article, sur le déclin des glaces, on mentionne que : « La glace de mer est une composante essentielle de la vie dans l’Arctique. Elle fournit une plateforme pour les déplacements et les activités de chasse et de pêche, et permet les processus écologiques qui sont à la base des cultures, de l’économie, des connaissances et des systèmes alimentaires. » Mais rien n’est dit sur le fait que cette même glace sert de plateforme aux phoques et autres animaux marins qui s’y reposent et des animaux terrestres qui se voient pris au piège parce que la glace cède. Si tous ces animaux meurent, y’aura plus de chasse et pêche… Il me semble que c’est le maillon 1 de la chaîne…

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