8 façons de vaincre Ebola

Aide financière et soutien logistique aux pays africains décimés par le virus, mise au point d’un vaccin : le monde s’active à combattre l’une des plus inquiétantes épidémies de son histoire. Et le Québec n’est pas en reste.

Photo © Michael Duff / AP / PC
Photo © Michael Duff / AP / PC

Le virus Ebola sévit depuis au moins 40 ans en Afrique, mais le monde n’a jamais eu à faire face à une épidémie de fièvre hémorragique d’une aussi grande ampleur. Les Nations unies jugent même que la situation est devenue incontrôlable en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

Fin août, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait une feuille de route qui devait permettre d’enrayer en six à neuf mois la transmission du virus dans les pays touchés et de prévenir la propagation internationale. Quelque 3 000 personnes avaient alors contracté l’Ebola. Mais la lenteur de la communauté internationale à réagir à ce virus se propageant rapidement parmi une population démunie et paniquée a fait voler en éclats ce plan de riposte. Personne ne peut prédire aujourd’hui comment évoluera l’épidémie, combien de temps elle durera ni quels dommages collatéraux elle entraînera.

Sous nos latitudes, les experts croient qu’on arrivera à contenir le virus, même si cela devait exiger des efforts logistiques et financiers plus importants qu’on ne le prévoyait. Mais l’augmentation exponentielle du nombre de cas en Afrique — plus de 10 000 à ce jour — accroît les risques sur toute la planète.

Au final, il est possible que le virus soit maté dans quelques décennies, après la vaccination massive de millions de personnes. D’ici là, il faudra limiter ses ravages et gagner du temps. Comment ?

1 / FINANCER L’AIDE SUR PLACE. Le 15 octobre, le Canada annonçait qu’il ajouterait 30 millions de dollars aux 35 millions déjà remis aux organisations humanitaires qui luttent contre l’épidémie en Afrique. Mais les promesses tardent à se concrétiser sur le terrain. Les États-Unis, qui ont envoyé des soldats pour construire des centres de traitement des malades dans 17 villes, craignent que cette tâche ne soit pas achevée avant le début de décembre. D’ici là, ces équipements ne suffiront peut-être plus à la demande.

L’aide internationale doit aussi servir à traiter les effets indirects de l’épidémie, notamment à prendre en charge les innombrables orphelins. On prévoit que, dans les trois pays touchés, 120 000 femmes pourraient mourir dans la prochaine année en accouchant dans de mauvaises conditions sanitaires, parce qu’elles auraient peur de se rendre à l’hôpital ou que le système de santé se serait effondré.

Même si une aide massive est acheminée, elle risque de ne pas suffire à enrayer l’épidémie, croient des experts, dont Peter Piot, codécouvreur du virus, en 1976, et conseiller scientifique pour l’OMS. Selon lui, les méthodes qui ont permis de juguler les épisodes précédents ne suffisent plus en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Sans vaccin, il sera difficile d’éviter la contagion du Mali, de la Guinée-Bissau et de la Côte d’Ivoire, explique-t-il, et peut-être de 12 autres pays de la région.

Photo © Abbas Dulleh
Aucun traitement contre Ebola n’a encore fait ses preuves. (Photo © Abbas Dulleh)

2 / FERMER LES FRONTIÈRES ? L’OMS s’oppose à la fermeture des frontières de la Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia, parce que cela compliquerait l’acheminement de l’aide humanitaire ou alimentaire et aurait des répercussions économiques désastreuses. Il est d’ailleurs illusoire de penser que personne ne parviendrait à franchir des frontières fermées. Un blocus risquerait au con­traire de compliquer le suivi de la population à risque d’être infectée, en encourageant les gens à mentir sur leurs origines ou leur état de santé. Les contrôles sanitaires aux ports, frontières terrestres et aéroports de départ restent la mesure la plus pertinente.

La suppression de vols directs avec les pays touchés comporte aussi des risques : forcé de multiplier les correspondances, un voyageur pourrait contaminer davantage de personnes dans un plus grand nombre d’endroits.

3 / SE PRÉPARER AU PIRE. Jusqu’à présent, les contrôles se sont montrés très efficaces. Seules quelques personnes ont été infectées hors d’Afrique par des voyageurs qui ont introduit le virus aux États-Unis et en Espagne.

Mais la situation pourrait être bien plus inquiétante si le virus était transporté dans des régions où les systèmes de santé sont moins performants, dans des mégalopoles de pays en développement ou dans des zones de guerre. L’ONU, l’OMS et les organisations humanitaires se sont préparées à cette éventualité et peuvent déployer des « frappes sanitaires » ciblées. À ce jour, elles ont pu agir à temps au Sénégal et au Nigeria. Les flambées épidémiques dans ces deux pays ont été déclarées officiellement terminées le 17 et le 20 octobre.

4 / DEMEURER VIGILANT AU QUÉBEC. Les autorités de santé sont conscientes de la menace. Plus le nombre de cas augmente en Afrique de l’Ouest, plus il est probable que des personnes infectées parviendront jusqu’ici. Mais le nombre de cas potentiels reste très faible. Par ailleurs, les conditions sanitaires au Québec ne favorisent pas la propagation d’un virus qui ne se transmet que par contact avec les fluides corporels. Les Québécois courent bien plus de risques d’être tués par un conducteur qui texte au volant que par Ebola !

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L’OMS compte sur la mise au point d’un vaccin, sur des mesures préventives, notamment lors du déplacement de victimes, et sur l’aide alimentaire pour les zones touchées. (Photo © Steve Parsons – WPA / Getty Images)

5 / TOUT MISER SUR UN VACCIN ? La vaccination massive des personnes à risque — travailleurs de la santé et proches des malades ou des morts — dans les pays touchés par Ebola est « la » priorité. Deux vaccins candidats ont été testés avec succès sur des animaux, et les tests sur l’humain avancent à bon rythme. Par contre, jamais on n’a dû mettre au point un vaccin aussi rapidement, ce qui entraîne des risques inhabituels à chaque étape de ce processus.

Depuis le début de septembre, le vaccin expérimental élaboré par GlaxoSmithKline (GSK) est testé au Mali sur quelques centaines de travailleurs de la santé volontaires, et d’autres essais en Gambie doivent bientôt commencer. Début octobre, les 20 premières doses du vaccin mis au point par le Laboratoire national de microbiologie du Canada ont été envoyées au Maryland, où elles sont testées sur des volontaires. Ces essais de phase I visent à s’assurer que les vaccins sont sans danger.

Fin septembre, les experts convoqués par l’OMS à Genève se sont entendus sur la nécessité de sauter la phase II, qui sert à déterminer la dose optimale. La phase III des tests du vaccin de GSK pourrait débuter bientôt, sur les travailleurs de la santé là où l’épidémie fait rage. Selon Ripley Ballou, responsable du programme Ebola à GSK, on pourrait en produire jusqu’à 20 000 doses d’ici la fin de l’année, et peut-être un million à la fin de 2015.

Mais de nombreuses questions restent en suspens.

Va-t-on établir l’efficacité du vaccin en ne vaccinant pas un certain nombre de personnes « témoins » ? Ou vacciner le plus vite possible tous les gens exposés au virus, quitte à ne déterminer qu’après coup si le vaccin est vraiment efficace ? Le débat fait rage.

Quand démarrer la production du vaccin ? Dans l’urgence, GSK pourrait commencer à en produire d’importantes quantités avant la fin de la phase III. Mais qui paiera si le vaccin déjà produit se révèle inefficace ? Et même si les chercheurs sont confiants, il pourrait ne pas être efficace à 100 %. Il se peut également que la population, terrorisée par ce virus et inadéquatement informée, tarde à accepter d’être vaccinée.

Au pire, la fièvre hémorragique pourrait devenir endémique dans toute l’Afrique de l’Ouest et être introduite accidentellement ailleurs sur la planète. Mais dans des pays comme le Canada, un vaccin administré au personnel de la santé limiterait radicalement le risque de propagation.

Au mieux, cette maladie virale pourrait disparaître, vaincue par un programme à long terme de vaccination massive.

6 / AFFRONTER L’INCONNU. Les experts en gestion du risque savent que la panique et les peurs irrationnelles font généralement plus de victimes que le fléau lui-même. Il faut donc accorder une importance cruciale aux communications avec la population et les médias dans les pays où sévit l’épidémie et ailleurs dans le monde.

Selon deux experts en communication du risque interviewés par le magazine Science, les porte-paroles officiels et experts doivent avant tout reconnaître leurs erreurs quand ils en font et ne pas minimiser les risques aux yeux de la population. Les journalistes, eux, doivent faire comprendre au public qu’il s’agit d’une crise qui menace la sécurité de la planète et qui ne trouvera sa solution que dans une action rapide dirigée vers le foyer de l’épidémie, en Afrique.

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Le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, estime que la lutte contre Ebola aurait dû figurer avant celle contre le groupe armé État islamique parmi les priorités du gouvernement fédéral. (Photo © Paul Chiasson / PC)

7 / SURVEILLER LES MUTATIONS DU VIRUS. Comme tout virus, Ebola est susceptible de muter : les lois de l’évolution font qu’il n’est pas dans son intérêt de tuer rapidement les personnes qu’il infecte, puisque cela menace sa propre survie. Il risque donc de se trans­former au fil du temps pour devenir moins mortel — actuellement, 70 % des personnes atteintes en meurent —, mais possiblement plus contagieux. Cette mutation, qui pourrait prendre des années, influencera l’évolution de l’épidémie.

Selon les virologues, même après avoir muté, Ebola présente peu de risques de se transmettre un jour par d’autres moyens que ceux qu’il emprunte déjà. Il ne sera sans doute jamais contagieux par la voie des airs.

8 / NE PAS TROP COMPTER SUR UN TRAITEMENT. Aucun traitement pouvant sauver une personne infectée par le virus n’a fait la preuve de son efficacité. Plusieurs médicaments sont en phase de mise au point, mais il faudra des mois, voire des années, avant qu’ils soient largement accessibles. Une première étude clinique de la transfusion de plasma à partir d’un patient guéri débutera en décembre en Guinée, financée principalement par la Commission européenne.

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