À la poubelle, le plan de la ministre !

À l’heure où le recyclage de nos déchets est devenu un service essentiel, rien ne va plus dans les centres de tri du Québec. C’est l’occasion d’un grand ménage, dit notre journaliste.

Les centres de tri du Québec sont en crise. À cause de l’effondrement des prix des matières recyclables, mais aussi parce qu’ils sont victimes de la désorganisation affligeante du recyclage au Québec. Le plan d’aide de la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, ne réglera rien. C’est comme si, pour aider un canard boiteux, on lui donnait un morceau de pain plutôt que de le soigner.

Au lieu de profiter de la crise pour essayer de mettre de l’ordre, la ministre Beauchamp a préféré aider tous les centres, les bons comme les mauvais, les nécessaires comme ceux qu’on devrait fusionner. Elle n’a donc pas tenu compte des recommandations des chercheurs du Centre de recherche industrielle du Québec, mandatés l’an dernier par Recyc-Québec pour faire l’état des lieux des 36 centres de tri de la province. Dans plusieurs régions, il faut regrouper les centres pour qu’ils aient un volume suffisant de matières à traiter, avaient-ils conclu. Et tous les centres de tri doivent rendre des comptes, alors que certains rejettent actuellement au dépotoir jusqu’à 20 % de ce qu’ils reçoivent.

Le plan de la ministre ne propose rien en ce sens. Il comprend deux mesures à court terme : cautionner les emprunts qui permettraient aux centres de se maintenir à flot en attendant la reprise, et permettre aux municipalités de renégocier des ententes avec les centres pour compenser la dégringolade des revenus — autrement dit, elle donne aux municipalités la permission de renégocier… pour payer plus cher !

On aurait pu en profiter pour demander des comptes aux centres, offrir une aide conditionnelle à l’amélioration de la qualité là où elle est mauvaise, ou allouer des sommes par région. Ou encore établir une liste des matières qui devraient être acceptées par chaque centre souhaitant être aidé, et accorder des prêts substantiels. On aurait alors enfin pu expliquer aux citoyens, par une grande campagne d’information dans les médias, comment remplir son bac, chose impossible à faire aujourd’hui, puisque cela change d’une ville à l’autre. Or, si les Québécois mettaient moins de « cochonneries » au recyclage, cela faciliterait beaucoup le travail des centres de tri. Ces derniers pourraient vendre plus cher leurs ballots à des recycleurs d’ici plutôt qu’aux Chinois, améliorer leurs revenus… et rembourser leurs emprunts.

On aurait aussi pu agir à la source et profiter de la crise pour s’occuper de quelques bêtes noires des centres de tri, comme les sacs de plastique ou les emballages non recyclables. Tant qu’à tenir le canard, autant le vacciner contre la grippe aviaire.

Permettre la renégociation des contrats semble tout aussi peu constructif. Dans les dernières années, certains centres de tri ont profité de la hausse rapide des prix des matières recyclables pour soumissionner à un prix nul auprès des municipalités. Les énormes quantités de matières qu’ils se sont ainsi appropriées les ont enrichis — une tonne de plastique se vendait alors dans les 120 dollars. Personne ne les a forcés à adopter cette stratégie agressive qui leur a permis d’éliminer des soumissionnaires ayant les reins moins solides, mais tout aussi capables. Ces centres sont aujourd’hui en position de force. Mais comme une tonne de plastique ne rapporte plus qu’une vingtaine de dollars, ils sont parmi les premiers à réclamer la révision de leurs contrats avec les municipalités, ce qui se fera évidemment aux frais des remplisseurs de bacs que nous sommes. Voilà qui profitera d’abord aux géants comme le Groupe TIRU, filiale d’Électricité de France qui trie les déchets de Montréal et de 15 villes voisines. Pourquoi ne puiseraient-ils pas dans leurs bénéfices passés plutôt que dans nos poches ? À quoi bon nourrir un canard quand il a déjà le foie gras ?

Plutôt que de permettre la renégociation des contrats, la ministre aurait mieux fait de trouver un moyen d’encadrer plus étroitement une activité qu’on pourrait aujourd’hui considérer comme un service essentiel, mais qu’on continue de confier au soumissionnaire le plus offrant — au risque qu’il nous lâche à la première difficulté.

À moyen terme, Québec compte aussi aider financièrement les centres de tri. Les six millions de dollars annoncés donneront-ils des résultats visibles, quand on sait qu’un seul tapis convoyeur peut coûter un demi-million de dollars ? On peut en douter. Ce serait un bon moment pour adopter des mesures plus structurantes, qui permettraient enfin au recyclage de prendre son vol.

Car pendant ce temps, on attend toujours la nouvelle politique québécoise de gestion des matières résiduelles, qui devrait redresser la barre, alors que celle de 1998-2008 n’a pas permis d’atteindre la vitesse de croisière prévue…

[Pour en savoir plus, lisez la grande enquête sur le recyclage québécois effectuée par Valérie Borde.]

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