À la poubelle, les stocks de Tamiflu ?

Des chercheurs membres de la collaboration Cochrane ont réévalué l’efficacité de l’oseltamivir (vendu sous le nom de Tamiflu par la compagnie Roche), le médicament antigrippal que plusieurs gouvernements dont le Canada stockent dans l’éventualité d’une nouvelle pandémie.

Leurs résultats publiés dans la Cochrane Library, basés sur l’analyse de 16 000 pages de documents et d’études cliniques, ont de quoi faire réfléchir.

Si l’antiviral réduit en moyenne de 21 heures la durée des symptômes grippaux, il n’est en revanche d’aucune efficacité pour ce qui est de diminuer le nombre d’hospitalisations liées à la grippe et n,a pas fait la preuve de son efficacité pour diminuer le risque de complications.

L’équipe menée par Tom Jefferson, épidémiologiste indépendant à Rome et expert de la grippe, a en outre découvert plusieurs faits troublants entourant les études cliniques sur ce médicament, qui pour la plupart n’ont pas été publiées dans des revues savantes et n’ont donc pu faire l’objet d’aucune critique indépendante.

La non publication des études défavorables aux fabricants est devenu un problème critique pour l’évaluation des médicaments, comme le relate cet éditorial de la Cochrane Library.

Pour le Tamiflu, notamment, les chercheurs estiment que les données relatives à 60% des personnées enrôlées dans les essais cliniques de phase 3 randomisées et contre placébo (le «top« des études cliniques) n’ont jamais été publiées, incluant le plus gros essai jamais mené, qui portait sur 1 400 personnes.

Des incongruités ont aussi été relevées dans la manière d’analyser de possibles effets secondaires du médicament.

Conclusion des chercheurs, qui ont été financés par le National Institute for Health Research Health Technology Assessment britannique : compte tenu de l’enjeu, il y a urgence à mener des études indépendantes sur les antiviraux pour savoir si le coût énorme que représente le stockage de ces médicaments vaut vraiment la peine.

C’est certainement une très bonne question à se poser alors que les budgets de santé ont explosé dans la plupart des pays industrialisés.

Il ne reste certainement plus guère d’endroit sur la planète où il serait justifié d’investir autant dans des médicaments qui ne procureraient qu’un peu de confort !

En 2002, l’Organisation mondiale de la santé a conseillé à ses pays membres de stocker deux antiviraux (Tamiflu et Relenza) sur la base des études dont elle disposait.

L’Organisation, qui vient tout juste de renouveler le mandat de sa présidente Margaret Chan, n’a pas encore réagi à cette nouvelle étude, la plus indépendante et complète menée à ce jour sur l’efficacité réelle du Tamiflu.

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