À Noël, la COVID n’est un cadeau pour personne

Fêter Noël est une bonne idée… tant qu’on ne prend pas ça à la légère.

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En autorisant les rassemblements de 10 personnes durant quatre jours au moment de Noël, du 24 au 27 décembre, Québec a opté pour un bon compromis, suivant la stratégie de réduction des méfaits qui a fait ses preuves en santé publique. Il ne faut pas se leurrer : après des semaines d’isolement, le risque que bien des familles se réunissent de toute façon pour les Fêtes était grand. Allait-on envoyer la police pour mettre fin à des réunions familiales ? Impensable. Mais qu’auraient pensé ceux qui se seraient privés de fêter en entendant leurs voisins le faire en toute impunité ? Ce n’aurait été bon ni pour la cohésion sociale ni pour la lutte à la pandémie.

La fatigue pandémique se fait sentir, mais la grande majorité de la population parvient encore à suivre les consignes. Autoriser les festivités, au moins en partie, envoie le message que le gouvernement a confiance en la population. L’insistance de François Legault sur l’idée de « contrat moral » et son ton paternaliste n’ont d’autre but que de nous inciter à nous montrer dignes de cette confiance. 

Le plus beau cadeau de Noël que l’on peut faire à ceux qu’on aime cette année, c’est de ne pas leur transmettre le coronavirus. Même si le taux de mortalité a baissé depuis le printemps, le virus reste très dangereux pour les personnes âgées, et on ne sait toujours pas pourquoi il frappe parfois très durement certains jeunes en pleine forme ni quel pourcentage de gens pourraient avoir des symptômes durables ou des séquelles d’une infection. Bref, la COVID n’est un cadeau pour personne.

L’isolement maximal conseillé une semaine avant et après les festivités, ainsi que les consignes que la santé publique fournira bientôt pour des rassemblements aussi sécuritaires que possible, pourraient faire en sorte que cette parenthèse n’ait pas de grandes conséquences sur la progression de la pandémie. À l’inverse, ce moment de « liberté » pourrait entraîner, si on prend tout cela à la légère, une explosion des cas début janvier, à une période où le système de santé est déjà saturé. 

« Avec les données dont on dispose, il est impossible de modéliser l’impact d’un événement aussi ponctuel que des rassemblements sur quelques jours », explique Marc Brisson, de l’Université Laval, qui modélise les effets des contacts sociaux sur l’évolution de la pandémie. Chose certaine, le risque de contaminer d’autres personnes au cours d’un rassemblement en famille est très élevé. À Laval, par exemple, une fête d’anniversaire à laquelle 13 membres d’une même famille avaient participé avant que la région tourne au rouge a entraîné l’infection de 9 d’entre eux (6 adultes et 3 enfants) par une personne qui ne savait pas qu’elle portait le virus. Pour réduire les risques, il va falloir que nous soyons très prudents.

Les rassemblements des Fêtes se feront à la condition que, d’ici là, le nombre de cas n’ait pas augmenté nettement dans tout le Québec ou dans une région en particulier. Impossible de donner un chiffre qui représenterait la limite à ne pas dépasser, car celle-ci dépend de multiples facteurs : le nombre de cas à ce moment-là, les lieux d’éclosion (écoles, entreprises, établissements de santé), la capacité hospitalière locale, les projections d’hospitalisations en fonction du nombre et du type de cas survenus au cours des semaines précédentes… Bref, seule une analyse épidémiologique permettra de réellement juger du risque.

Les chances que la situation s’améliore nettement d’ici les Fêtes sont minces, selon Gaston de Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec. « Quand on a décidé d’un reconfinement partiel pour les régions en zone rouge début octobre, on espérait que le nombre de cas redescendrait vite. Mais partout dans le monde, l’ampleur de cette deuxième vague a surpris. Aujourd’hui, au Québec, les cas proviennent de trois grands milieux de transmission : les lieux de travail, les écoles et les établissements de santé avec, par ricochet, les nombreuses contaminations qui se produisent entre membres d’une même famille », explique le spécialiste.

En gardant écoles et entreprises ouvertes et en conservant de la place dans le système de santé pour l’ensemble des malades (pas seulement pour ceux atteints de la COVID), le gouvernement a fait le choix qu’il pensait être le moins dommageable. « Si les Québécois ne changent rien à leur comportement actuel, la stagnation du nombre de cas se poursuivra; il pourrait même y avoir une légère baisse, comme ç’a été observé dans certaines régions. Mais si les gens en profitent pour baisser la garde, le nombre de cas repartira à la hausse », prévient Gaston de Serres.

Le 26 novembre, les Américains fêteront Thanksgiving, la fête familiale par excellence aux États-Unis. Les Centers for Disease Control and Prevention ont déjà publié leurs conseils à cet effet. « On a intérêt à surveiller ce qui va se passer dans des villes où les restrictions aux rassemblements et les mesures en place ressemblent aux nôtres, comme New York et Seattle », croit Marc Brisson. On saura vers le 10 décembre à quel point les rassemblements familiaux de Thanksgiving auront fait augmenter le nombre de cas. Il nous restera alors deux semaines pour nous préparer à faire mieux que nos voisins du Sud. On est capables !

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À Noël, la COVID n’est un cadeau pour personne
Et c’est justement ÇA qu’il faut bien garder en tête – merci de le dire aussi clairement!

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Noël est, était en tout cas jusqu’à il y a peu, fête de Naissance? Pourrait-il, cette année, faire en sorte d’évoquer davantage une perspective — (suivie de rétrospective) — de mort accrue?

Nous voilà confronté.e.s, humain.e.s terrestres, à tout un défi. Un défi de raison. De raisonnableté. De raisonnabilité.

Or, la raison n’est ni simple ni univoque.

Il y a la raison du corps (Nietzsche), la raison du coeur (Pascal), la raison d’Inconscient (Freud), entre autres notamment; et, bien entendu, la « raison rationnelle » (‘cérébrale’).

C’est la synthèse d’elles toutes que semble devoir faire ce qui serait, croit-on, une ou LA Raison « supérieure », transcendante (ou « suprême »?).

C’en est presque hilarant, bien qu’aucunement drôle en réalité, de constater les méandres de raisons à l’oeuvre en l’« étude » du cas appréhension de Noël ou du temps des Fêtes cette année.

Qu’il suffise d’apercevoir par exemple cette Question :

Gemma Dion
Un Noël à tout prix? Est-ce pour les enfants ou pour les adultes?

À laquelle, ailleurs, trouve-t-on cette ironique réponse :

Johanne Dostie
[…] ‘’On accepte ce « risque d’augmentation des cas » pour offrir un Noël aux gens seuls et aux aînés, notamment’’….Je vous annonce que les gens seuls ont déjà le droit de voir au moins une personne.

Comme quoi… Eh bien, ce ne serait ni pour répondre au besoin de mystère, de magie ou d’Amusement-Cadeau d’enfants plus particulièrement, ni par souci de rapprochement d’aîné.e.s tout à coup considéré.e.s par trop isolé.e.s, qu’on tiendrait mordicus à célébrer (à) Noël; mais bien avec/pour moteur, motif et focus l’âge médian (décideur…).

Bon. N’en reste pas moins la question de l’« autre » santé, la santé mentale, psy. OK, en effet, il y en aura[it] moins mourant de covidixneuf en évitant la multiplication de rapprochements physiques; par contre engendrerait-on ainsi davantage de cas de détresse ou dépressions. Sinon…

Une certaine clairvoyance, rationnelle, de bonne foi, ne peut ne pas nous convier à reconnaître la sagacité de raisonnements tels ceux-ci :

François Major
Erreur Legault. Tam raison. Le plus beau cadeau à Noël: protéger les autres en évitant les contacts. On se verra dehors en mai. Je ne comprends pas ce système de valeur, comme si nous étions des dépendants affectifs.

Renée Joyal
Prendre le risque de se contaminer ou de contaminer autrui alors que l’arrivée de vaccins est imminente est déraisonnable. Il sera toujours temps de fêter Noël en groupe quand nous serons à l’abri du virus.

Enfin, peut-être l’Explication à une si forte prégnance-attirance, inexorable ou incontournable, du « Phénomène » Noël, tiendrait-elle en la Rencontre y ayant cours entre religion et non-religion (rejet/repoussement/abandon/désertion du religieux). Noël s’avérant être maintenant une fête, encore, tout à fait chrétienne (pour les chrétien.ne.s); et indépendante de religion, voire athée, pour une multitude d’autres. Cela se greffant à « l’habitude », al. la tradition, ainsi qu’au ‘Moment’ (solstice); peut-on subodorer qu’il semble qu’« on » ne soit pas prêt.e.s/près — (ou que peu le seraient) — à/de « décrocher » de « ça »…

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À éviter : R P (Rapprochements Physiques)
afin de prévenir de bien tristes « R. i. P. »…

Enfants? École? Retards d’apprentissages ?
Il n’y a pas que math et langue dans la vie…
Tout peut être objet d’apprentissage incluant
pandémie, maladies, etc.
En profiter, donc, pour promouvoir l’A A A
l’Apprentissage de l’Autre ou Autrement…

https://journalmetro.com/opinions/courrier-des-lecteurs/69119/courrier-des-lecteurs-du-9-mai/

Noël consistera davantage
à « recevoir » qu’à donner
à écouter qu’à parler
à écouter parler

Des avancés ont âge semblant avoir
encore beaucoup à dire, à redire…
leur tendre ouïe et yeux du coeur
répondra aux besoins de l’heure
d’éviter «projections» dans l’air

Faudra juste, d’une part, oser créer et (se) récréer en… recréant, comme disait devoir le faire Glenn Gould, concernant tout artiste-interprète vis-à-vis d’oeuvres musicales; et, d’autre part, savoir savourer le bon(heur) résultant du seul être ensemble, sans même avoir besoin de parler ou faire quoi que ce soit… Suivant la formule heureuse de la ministre Laforest en début d’été :
[juste] « ÊTRE LÀ [ensemble/en famille] ET NE RIEN FAIRE »…
en éprouvant un sentiment de plénitude…

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