À quel âge devient-on vieux ?

Un chiffre ne suffit pas pour définir « le grand âge », car de nombreux facteurs — biologiques et sociologiques, notamment — entrent en jeu, explique le gériatre Quoc Dinh Nguyen.

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L’auteur est gériatre, épidémiologiste et chercheur au Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Il est aussi l’un des cofondateurs et l’expert médical de l’entreprise Eugeria, qui s’est donné pour mission d’améliorer le quotidien des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

La gériatrie est la médecine qui s’occupe des maladies propres aux personnes âgées. Mais qu’est-ce qu’une personne âgée ? Pour contourner la question, il m’arrive de dire que la gériatrie est la médecine des 65 ans et plus, même si la moyenne d’âge des patients que je vois se situe plutôt autour de 80-85 ans.  

L’âge est une donnée primordiale dans notre société et dans le domaine de la santé. Il sert de balise pour le droit de vote et pour le moment de la retraite. On l’utilise aussi pour statuer sur la pertinence de certaines interventions médicales. Et on y a même eu recours récemment pour élaborer la stratégie de vaccination contre la COVID-19 et pour établir les mesures de confinement. Ce chiffre ne suffit toutefois pas pour parler des personnes âgées, puisque nous n’obtenons pas nécessairement ce titre vénérable le jour de nos 65 ans. La biologie et l’autonomie fonctionnelle, tout comme certains aspects sociologiques et générationnels, sont à prendre en considération. Si l’âge de la retraite s’appuie principalement sur des facteurs sociologiques et historiques, les groupes d’âge priorisés pour la vaccination sont plutôt déterminés selon le risque moyen de développer une forme grave de la COVID-19. Est-il alors possible de fixer le seuil du grand âge ?

Un seul âge pour devenir vieux ?

C’est cette question fondamentale que la résidente en gériatrie Myriam Daignault et moi avons tenté d’élucider dans une étude réalisée auprès de 300 patients et accompagnateurs au Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Comme nous supposions que leur perception de l’âge où l’on devient vieux serait liée à des caractéristiques personnelles, nous avons noté leur âge, leur genre, leur ethnicité et leur niveau de santé.

La réponse simple : 74 ans. C’est, en moyenne, le moment considéré comme la transition vers le vieil âge, selon les participants. 

La réponse honnête : ça dépend ! Car comme l’illustre la figure, l’âge donné variait notablement selon les caractéristiques personnelles de chacun. 

L’âge chronologique. Plus les participants étaient âgés, plus ils estimaient qu’on devenait vieux… vieux ! Alors que les 18 à 64 ans disaient en moyenne 71 ans, les 65 ans et plus choisissaient plutôt 77 ans. C’est un peu comme si plus on vieillissait, plus on se rendait compte qu’être âgé n’est pas aussi méchant qu’on l’avait appréhendé. On devient âgé plus tard qu’on ne l’avait prévu. Une autre explication, moins optimiste, pourrait être qu’au fil des années, on cherche à reporter notre entrée dans le vieil âge à cause de la stigmatisation qui y est associée.

Le genre. Les hommes affirmaient en moyenne que l’on devient vieux à 72 ans, alors que les femmes plaçaient la barre à 75 ans. L’espérance de vie étant plus longue de trois ans chez les femmes (84 ans) par rapport aux hommes (81 ans), ce résultat a du sens, car si la vieillesse, ce sont les dernières années de la vie, il est normal de se sentir vieille moins vite. 

L’ethnicité et la culture. La perception du vieil âge est inévitablement influencée par des facteurs culturels. Ainsi, les personnes qui s’identifiaient comme « caucasiennes » répondaient en moyenne 74 ans, alors que celles qui s’identifiaient comme « non caucasiennes» disaient 66 ans. Deux hypothèses pourraient expliquer cette différence. Le vieillissement pourrait être moins stigmatisé dans les sociétés asiatiques, africaines ou autochtones, ce qui pourrait réduire la tendance à vouloir reporter le début du vieil âge. Ensuite, il est possible que les sociétés occidentales projettent et encouragent davantage des modèles de vieillissement actif et « réussi ».

L’état de santé. Plus on est en bonne santé, plus on aura l’impression que le vieil âge arrive tardivement. Entre les participants déclarant une santé excellente et ceux se disant en mauvaise santé, les réponses variaient d’environ cinq ans. Comme la vieillesse est habituellement associée à un moins bon état de santé, il est logique que ceux qui se trouvent plus malades estiment que le vieil âge apparaît plus tôt. 

Pourquoi des catégories ?

Il n’y a pas d’âge uniforme à partir duquel une personne fait partie du groupe des « personnes âgées ». Des éléments comme l’âge individuel, le sexe, la culture et l’état de santé entrent en jeu. Pourquoi vouloir séparer les « plus vieux » des « plus jeunes » ? Même si une distinction est parfois nécessaire, par exemple pour bénéficier des pensions de retraite, le besoin de grouper les personnes âgées selon leur âge chronologique est souvent superflu. La tendance à catégoriser « nos » personnes âgées vient d’ailleurs plus souvent des jeunes que des personnes âgées elles-mêmes, qui n’en voient pas la pertinence. Comme période de la vie, le vieil âge mérite d’être décortiqué en ses volets biologique, fonctionnel et sociologique, plutôt que réduit au nombre d’années de vie accumulées. Pour déterminer si une personne a besoin de consulter un gériatre, il faut considérer un peu l’âge et beaucoup le fonctionnement et l’autonomie. Être « vieux » à 90 ans, autonome et bien entouré, ce n’est pas comme l’être à 80 ans si l’on vit seul et que l’on est atteint d’un trouble cognitif.

Être âgé est avant tout une expérience vécue, qu’il est préférable d’individualiser plutôt que de généraliser. On dit que tous les goûts sont dans la nature. Tous les âges aussi.

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La semaine prochaine, j’aurai 92 ans et je ne le crois pas, même si c’est vrai: je n’en reviens pas. Ça me fait peur, parce que je ne veux pas mourir, pas encore du moins car j’aimerais terminer une dernière révision et une certaine mise en page logique de mes écrits. Mes enfants me pressent de leur laisser mes souvenirs.

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Un texte très intéressant, dont je remercie l’auteur. J’aurai bientôt 77 ans et je ne me sens pas vieux, même si en fait je le suis certainement. Mais quand on est en forme, quelle importance cela a-t-il? Ce sont pour l’heure les plus belles années de ma vie.

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30 ans ce n’est plus jeune, 40 ans ce n’est vraiment plus jeune, 50 ans ça commence à être vieux, 60 ans c’est vieux, 70 ans c’est très vieux.

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