Accident à Laval : ne pas juger trop vite les conducteurs âgés

L’horreur. La voiture s’est engouffrée en plein jour dans la garderie. Trois enfants ont été blessés, dont une fillette, plus gravement. Terrible accident.

Toutes mes pensées vont d’abord à ces enfants et à leurs parents. Gardons espoir que tous s’en remettront rapidement. Un mot spécial pour les éducatrices et les passants, qui ont apparemment réagi avec beaucoup de calme et d’efficacité au milieu du chaos, réussissant même à soulever la voiture pour dégager l’enfant. Bel exemple de solidarité humaine.

Et merci aux secours : les paramédics, policiers et pompiers arrivés promptement sur les lieux, qui ont réagi au quart de tour, des témoins ayant affirmé que les ambulances avaient déjà quitté les lieux moins 20 minutes après le drame. Direction : Hôpital Ste-Justine.

Ça donne confiance dans l’efficacité de notre réponse aux urgences. Mais bien sûr, il y aura ensuite des questions. Il faudra expliquer le drame. Erreur humaine ? Malaise ? Problème mécanique ? Qui sait, l’enquête va suivre son cours en cours.

Plusieurs ont hâtivement jugé que l’âge de la conductrice était en cause. Ça bourdonnait en soirée sur les réseaux sociaux. Et pourtant…

Certains commentaires m’ont vraiment irrité : que les personnes âgées ne devraient pas conduire ou, même, qu’elles sont un danger public, par exemple.

C’est de l’âgisme et c’est surtout archifaux.

Un peu de mesure, voyons ! D’abord, parce qu’on ne sait même pas ce qui a pu se passer.

Mais surtout – et c’est très important –, les personnes âgées sont généralement moins impliquées dans des accidents causant blessures que tous les autres groupes de plus jeunes conducteurs.

S’il faut argumenter à propos d’âge et de conduite, au moins, basons-nous sur des faits. Pas juste parce que j’ai pitié de cette dame de 81 ans, mais surtout parce que sinon, les arguments ne tiennent pas.

Il suffit de consulter les statistiques récentes de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) pour le voir : les personnes âgées sont associées à beaucoup moins d’accidents avec blessés que tout autre groupe d’âge.

Pas seulement parce qu’elles sont moins nombreuses. En fait, pour chaque tranche de 1 000 conducteurs, les personnes de 75 à 84 ans – le groupe d’âge de la conductrice impliquée – sont associées à seulement 6 accidents. Tout près du groupe le moins à risque, celui des 65 à 74 ans, qui cumulent 5 accidents avec blessures par tranche de 1 000 conducteurs. Le tableau, tiré du rapport 2012 de la SAAQ, est éloquent :

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Il est vrai que pour les plus de 85 ans et les plus de 90 ans, on observe une légère hausse des accidents avec blessés (par 1 000 conducteurs) : respectivement 9 et 10. Mais ça reste peu : même les respectables nonagénaires sont moins impliqués dans ces accidents que les 25 à 34 ans (11 pour 1 000 conducteurs), les 20 à 24 ans (17 pour 1 000) et surtout, les 16 à 19 ans (27 pour 1 000 !).

En clair : nos jeunes conducteurs sont plus de quatre fois plus impliqués dans des accidents avec blessés sur ceux qui appartiennent au groupe d’âge de la pauvre dame de Laval. Les faits contredisent bien des perceptions.

Certains proposent aussi de resserrer les évaluations de la capacité de conduire, où les médecins jouent un rôle de signalement pour la SAAQ. Par exemple, s’ils constatent des déficits ou entretiennent certains doutes quant à la capacité de conduire d’un patient, ils doivent le mentionner à la SAAQ, qui pourra ensuite agir et vérifier l’aptitude à conduire. Ce qu’elles font sans doute efficacement, vu le très petit nombre d’accidents dans ce groupe d’âge.

Resserrer les évaluations ne serait une bonne idée… que s’il y avait un problème. Parce que, comme ils disent au sud : «If ain’t broken, don’t fix it». Et des problèmes, il n’y en a pas beaucoup, justement.

Les accidents sont même en régression, et ce, dans tous les groupes d’âge ou à peu près, incluant les personnes âgées. Ce qui est une bonne nouvelle, qui montre l’efficacité de nos mesures de promotion et de prévention de la sécurité automobile. Bon, il reste sûrement du travail à faire, mais nous sommes sur la bonne voie.

Alors quand les faits contredisent ainsi les croyances, deux possibilités restent : soit outrepasser et augmenter ainsi la masse des préjugés ; soit ajuster son jugement.

En attendant, souhaitons-nous simplement que les petits blessés s’en sortent bien, que les autres ne gardent pas de séquelles et que de tels drames soient évités dans l’avenir.

Et ayons aussi une bonne pensée pour la vieille dame, qui doit aussi être terriblement affectée. Ne la jugeons pas trop vite.

*

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L’agisse au volant.
Les résultats présentés dans le tableau quoiqu’intéressants sont incomplets. 
Si on associe ces chiffres avec le nombre de kilomètres moyens parcourus par chaque groupe d’âge, nous pourrions être surpris des conclusions que nous pourrions en tirer. Puis il y a les véhicules qui ont bien changés et la circulation également: plus rapide et plus volumineuse. Aujourd’hui, conduire demande des réflexes plus aiguisés, alors que nos voitures sont devenues des lieux de divertissement. Alors que les Baby Boum arrivent massivement à l’âge de la retraite, nous devrions voir les statistiques changées à leur égard. Je terminerai en dénonçant la complaisance des médecins face aux aînés lors de leur examen; par leur empathie, ils mettent des vies en danger, à commencer par celle de leurs patients. 

Vous avez fort probablement raison quant aux KM parcourus. Sauf qu’on ne parle pas ici de « conduite dangereuse » mais bien de « conducteurs dangereux ». De toute évidence, les personnes âgées ne sont pas des conducteurs dangereux. Ce qui laisse supposer que le processus d’encadrement, notamment médical, est adéquat.

Ceux qui se forgent une opinion de par leur jugement et leur méthodologie ne sont pas légion, par contre les «suiveux d’opinion de masse sans jugement» sont plus courant. Comme quoi, il faut utiliser sa «jugeotte» avant de dire n’importe quoi

J’ai 72 ans. Mon avant-dernier accident remonte à 1979. Ma faute. Mon dernier? Le mois pasé: une jeune femme m’a reculé dedans, dans un stationnement. Elle était au téléphone.

On pourrait croire que si les vieux (j’ai 71 ans et n’ai pas peur des mots) ont relativement peu d’accidents, c’est en partie parce qu’ils roulent moins que les plus jeunes. Si on avait les statistiques d’accidents par 100 000 kilomètres parcourus par les différents groupes d’âge, le chiffre des nonagénaires ferait peut-être dresser les cheveux sur la tête. Mais c’est sans importance. Ce qui compte, c’est qu’ils ont la sagesse nécessaire pour rouler moins et n’écraser qu’un nombre limité de leurs contemporains. (François Barcelo, écrivain.)

Exactement, on traite ici de conducteurs, non de conduite. Les conducteurs âgés sont moins dangereux. Tant mieux si c’est en partie parce qu’ils conduisent moins.

Je suis bien d’accord avec deux des commentaires précédents : les statistiques sont incomplètes puisqu’elles ne donnent pas d’indications sur le nombre de kilomètres parcourus, les moments de la journée durant lesquels les déplacements se font et les lieux de circulation.

Il y a les statistiques de la SAAQ et il y a celles de la table de concertation de la sécurité routière.

« Les statistiques le confirment…

Cela dit, ces deux catégories de gens ne peuvent pas vraiment être comparées. Les aînés sont prudents, alors que les jeunes, statistiquement, le sont moins. Au final, si on établit un rapport entre le nombre d’accidents et le nombre de kilomètres parcourus, les personnes âgées sont plus à risque, une opinion que partage Jean-Marie De Koninck, président de la Table québécoise sur la sécurité routière (TQSR). »

http://www.autonet.ca/fr/2013/06/13/de-nombreux-debats-sur-la-question

On dit qu’on peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, c’est vrai, à la condition de les trafiquer et d’omettre les données qui n’appuient pas nos postions. Tout le monde le fait, la SAAQ le fait, les cies pharmaceutique le font.