Vers des opioïdes sans dépendance ?

Une étude internationale dirigée par l’Université de Bonn et l’Université ShanghaiTech pourrait changer le visage des opioïdes, créant des médicaments beaucoup plus sécuritaires.

Photo : Pixabay

La crise des opioïdes, ces puissants antidouleurs s’accompagnant d’effets secondaires indésirables — dont la dépendance, pouvant mener à la surdose —, a tué près de 14 000 personnes au Canada de janvier 2016 à juin 2019. Une étude internationale dirigée par l’Université de Bonn et l’Université ShanghaiTech pourrait changer la donne. L’équipe de Louis Gendron, directeur du Département de pharmacologie-physiologie de l’Université de Sherbrooke, a pris part à la découverte.

Qu’avez-vous découvert ?

Il s’agit de détails d’interactions entre la drogue et les protéines qu’on appelle les récepteurs opioïdes. Pour faire une analogie, ce serait difficile de générer une clé pour une serrure dont on ne connaît pas la mécanique. Notre découverte, c’est comme une photo de l’intérieur de la serrure en position ouverte. On espère que ça conduira à l’élaboration de nouvelles substances capables d’activer les récepteurs opioïdes de façon très sélective, ce qu’on ne pouvait pas faire avant. C’est ce qui permettrait d’éviter les effets secondaires des opioïdes.

Cette découverte pourrait-elle aider à combattre la crise des opioïdes ?

Oui, certainement. Le corps compte trois récepteurs opioïdes. Les molécules actuellement accessibles ciblent uniquement le récepteur mu, associé au potentiel d’abus et de dépendance. Notre étude s’intéresse au récepteur delta, pour lequel le potentiel d’abus et de dépendance est faible ou nul. Si on remplaçait les opioïdes existants par des molécules ciblant ce récepteur, on obtiendrait des médicaments beaucoup plus sécuritaires.

Quand pourraient être offerts les premiers médicaments de ce genre ?

Pas avant plusieurs années, surtout avec la mauvaise presse des opioïdes, qui les rend très difficiles à élaborer. Pour l’instant, aucun médicament ciblant le récepteur delta n’a été approuvé. Par contre, des compagnies pharmaceutiques ont commencé à s’y intéresser. Notre étude devrait aider en ce sens.