Actus science: le scandale des poissons morts

Au menu cette semaine: le gaspillage des pêcheurs, un gros revers pour le charbon propre, l’importance du nom des virus, un béton indestructible et les craintes d’une pénurie d’hélium.

Photo: iStock

Un océan de poissons morts

Dans la dernière décennie, les pêcheurs du monde ont rejeté chaque année en mer pas moins de 10 millions de tonnes de poissons morts, selon une estimation des chercheurs du projet Sea Around Us, de l’Université de Colombie-Britannique. Dans leur étude, les scientifiques identifient plusieurs causes à ce gaspillage d’autant plus problématique que les populations de poissons sont déjà très malmenées. En plus des captures accessoires (des espèces non désirées ou interdites de pêche qui se retrouvent dans les filets), de nombreux pêcheurs dépasseraient leurs quotas en mer puis rejetteraient les plus petits poissons pour ne garder que ceux qui ont plus de valeur.

Selon les chercheurs, les quantités de poissons morts rejetées chaque année ont toutefois diminué de 20% depuis le milieu des années 1990. Mais cette baisse serait surtout due à la diminution du stock de poissons dans les océans, et non à l’amélioration des pratiques de pêche qui continuent d’encourager cet énorme gaspillage.

Une claque au charbon propre

L’usine de gazéification du charbon du comté de Kemper, au Mississippi, devait servir à prouver que la technologie de production d’énergie par du « charbon propre » pouvait être à la fois économique et bonne pour l’environnement, en réduisant de 65% les émissions de gaz carbonique due à la combustion du charbon. Elle passera plutôt à l’histoire comme un des pires flops de l’industrie de l’énergie aux États-Unis. Les autorités du Mississippi viennent en effet de forcer la Southern Company and Mississippi Power, propriétaire de la centrale, à renoncer à cette technologie qui a coûté 4 milliards de dollars de plus que prévu et ne fonctionne toujours pas correctement, cinq ans après le début du projet. dans un communiqué laconique, la compagnie a annoncé que la centrale fonctionnera désormais au gaz naturel plutôt qu’au charbon.

Quel virus vous fait peur?

Quand le prochain virus susceptible de provoquer une pandémie de grippe se pointera, les autorités de santé publique ont intérêt à bien choisir le nom sous lequel elles le désigneront pour encourager la population à aller se faire vacciner. Voilà la conclusion d’une étude menée par des chercheurs américains et hollandais qui ont analysé la réaction de plus de 16 000 personnes dans 11 pays à l’annonce d’une pandémie d’un (hypothétique) virus de grippe. Les personnes sondées étaient invités à lire un texte sur le nouveau virus pandémique et à répondre à des questions sur leur propension à se faire vacciner pour s’en protéger. Les personnes ayant lu le texte sur « la grippe Yarraman » ou « la grippe H11N3 » étaient plus enclines à la vaccination que celles qui avait lu le même texte, mais où il était plutôt question de « la grippe du cheval ». Une autre étude a montré que le type de graphique choisi pour communiquer le nombre de victimes influence aussi directement la réaction de la population : les cartes de chaleur (où les zones les plus à risque sont colorées en rouge) sont beaucoup plus persuasives que les autres représentations.

Les secrets du béton romain

Comment les Romains ont-ils pu construire des ouvrages de béton qui résistent depuis 2000 ans à l’assaut des vagues alors que les structures modernes s’effritent en quelques décennies? Une équipe de chercheurs américains, chinois et italiens vient d’élucider ce mystère. Ils ont découvert que l’eau de mer a participé à la solidification progressive du béton, en réagissant avec de la cendre volcanique que les Romains intégraient dans le béton destiné aux constructions en bord de mer. Au fil des ans, cette réaction a donné naissance à un minéral extrêmement résistant, la tobermorite d’aluminium, qui a rendu ces ouvrages quasiment indestructibles. Les chercheurs tentent maintenant de voir si ce processus pourrait être utilisé pour solidifier les bétons modernes en y intégrant notamment des cendres volantes issues de la combustion du charbon.

Hélium sous tension

Le Qatar vient finalement de redémarrer les deux usines d’hélium qu’il avait fermé début juin à cause du blocus exercé sur ce pays par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte. Cette fermeture avait fait craindre une nouvelle pénurie de ce gaz à l’échelle de la planète, car le Qatar produit à lui seul le quart de l’hélium utilisé dans le monde. Ce gaz ultraléger, qui n’est pas renouvelable, ne sert pas qu’à gonfler des ballons : il est utilisé dans de nombreux procédés industriels pour la fabrication de matériel électronique, pour réaliser des examens par résonance magnétique dans les hôpitaux et pour la recherche scientifique sur toutes sortes de sujets. Jusqu’en 2012, les États-Unis produisaient 80% de l’hélium mondial, mais les gisements américains se sont taris, provoquant un début de pénurie cette année-là.

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Cela fait des années qu’on sait que l’hélium est voué à pénurie irrémédiable car les gisements se tarissent à l’échelle mondiale. Pourtant, on continue d’en vendre une bonne part pour gonfler des ballons d’amusement alors que les réserves exploitable ne dureraient plus qu’une trentaine d’années. Quand on parle de gaspillage, en voilà un parfait exemple. Gaspillage honteux car exploiter une ressource dont la pénurie est éminemment prévisible sans ne pratiquement rien faire pour l’économiser au maximum en ne s’en servant que pour des usages essentiels. Ça relève de la bêtise collective la plus crasse et c’est le genre de legs que les générations futures pourront nous reprocher avec toutes les bonnes raisons du monde. Mais en autant qu’on peut gonfler des ballons on semble bien s’en foutre éperdument. Honteux, égoïste, irresponsable, etc…, etc…, etc…

Selon Wikipédia:

« En 2016, une société dénommée « Hélium » dit avoir identifié trois possibles champs massifs de cet élément en Tanzanie, assez vastes – selon elle – pour approvisionner le monde durant plusieurs décennies, et ce pourquoi elle recherche 40 millions de dollars d’investissements pour tenter un forage en Tanzanie en 2017. Certains experts jugent néanmoins que l’exploitation de ce gisement ne serait pas rentable avant longtemps, car selon eux le marché mondial est récemment entré dans une période de surproduction en raison d’une utilisation plus économe et une mise sur le marché plus importante aux États-Unis, au Qatar et en Russie. »

On peut en conclure qu’on a de l’hélium encore pour longtemps. Tout dépend du prix qu’on veut payer pour son extraction et son transport. Bien sûr, ce n’est pas une ressource renouvelable. Par contre, on a souvent parlé de pénuries pour le pétrole, mais cette pénurie annoncée depuis 30-40 ans ne s’est toujours pas produite. Est-ce que ce sera la même chose avec l’hélium?