Addition salée

L’industrie alimentaire ajoute toujours autant de sel à ses produits, faisant fi de la Stratégie nationale de réduction du sodium.

(Photo: iSotck Photo)
(Photo: iSotck Photo)

Deux tranches de pain blanc: 250 mg de sodium. Une portion de jambon fumé: 500 mg. Un grand verre de jus de tomate: 545 mg… «Pas besoin de se faire un gros repas pour se gaver de sel», commente Mary L’Abbé, professeure au Département des sciences de la nutrition de l’Université de Toronto.

Bien des Canadiens ont l’habitude de scruter le nombre de calories sur les étiquettes nutritionnelles des aliments qu’ils consomment. Mary L’Abbé, pour sa part, est obsédée par le sodium, l’un des composants du sel. L’excès de sodium menace nos artères. Il mène à l’hypertension, nous expose aux maladies coronariennes et aux accidents cardiovasculaires.

En 2010, le Groupe de travail sur le sodium (GTS), mis sur pied par le fédéral, a publié la Stratégie de réduction du sodium pour le Canada. L’objectif: réduire l’apport moyen en sodium des Canadiens, pour le faire passer de 3 400 mg par jour, en moyenne, à 2 300 mg par jour, d’ici 2016.

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«La Stratégie canadienne est un échec», constate Mary L’Abbé, qui avait pourtant agi comme vice-présidente du GTS. Comme environ 80 % du sodium que l’on consomme provient des aliments transformés, il est à peu près impossible pour une personne de réduire sa consommation de sel, à moins qu’elle ne cuisine tout à la maison. L’objectif central de la Stratégie était donc de mettre l’industrie alimentaire au pas et de l’amener à réduire la quantité de sel dans ses produits.

Or, selon une étude que vient de publier l’équipe de Mary L’Abbé, l’industrie n’a à peu près pas bougé depuis 2010. Pire encore, la quantité de sodium a augmenté dans certaines catégories d’aliments.

L’équipe de recherche a épluché les étiquettes nutritionnelles de 6 918 produits que l’on trouvait dans les rayons des supermarchés, en 2010, puis de 9 199 produits vendus en 2013. La quantité de sodium avait diminué dans 16 % des catégories d’aliments, notamment dans les pizzas, les croustilles ordinaires, les céréales, les muffins anglais et les légumes en conserve. Dans la grande majorité des cas, cependant, soit dans 82 % des catégories d’aliments, il n’y avait eu aucun changement. Dans 2 % des catégories, la quantité de sodium avait augmenté.


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Pour Mary L’Abbé, il est facile d’expliquer le piè­tre comportement de l’industrie alimentaire. «Le gouvernement de Stephen Harper a dissous notre Groupe de travail au début de l’année 2011, et on n’a jamais pu veiller à l’implantation de la Stratégie», rappelle la chercheuse. À l’époque, le GTS avait été remplacé par un autre comité, réputé plus proche de l’industrie, ce qui avait soulevé de vives critiques.

La chercheuse ne croit pas qu’il faille forcer la main de l’industrie par la voie réglementaire. Elle souligne que les fabricants ont considérablement réduit la quantité de gras trans dans leurs ali­ments grâce à des mesures volontaires. «Mais il faut des objectifs et des échéanciers clairs, insiste Mary L’Abbé. Il faut faire un suivi et publier des résultats. Ce n’est pas à un petit groupe de recherche comme le nôtre de prendre ça en charge. On l’a fait parce que le gouvernement n’a pas assumé ses responsabilités.»

En campagne électorale, Justin Trudeau s’est engagé à adopter un nouveau plan pour réduire la quantité de sodium dans les aliments trans­formés. «Il n’y a rien de concret pour le moment, souligne la chercheuse. La balle est dans le camp du gouvernement.»

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Nous avons au canada un service de santé qui fonctionne de 2 facon , la premiere mettre plein d argent dans les hôpitaux et les infrastructures médicales , la 2 ieme permettre a des compagnies de nous rendre malades en nous faisans consommé des aliments avec trop de sodium ou trop de sucre , je pourrais ajoutés les gras et autres , ma réflexion est que la machine est faite pour vraiment dépenser de l argent pour la santé , au lieu de dépenser pour la prévention merci

Vous parlez du sel mais il faudrait y ajouter le sucre. Pourquoi mettre systématiquement cet édulcorant dans toutes les sauces, y compris celles pour les salades ou les viandes et ceci même à domicile ? Le temps où les Québécois souffraient du froid et avaient besoin d’un gros apport calorique est largement dépassé. Cet apport permanent de glucides est une catastrophe sur le plan de la santé : obésité et diabète. Et en plus, ce n’est pas bon. Entre une sauce de salade sucrée et une vinaigrette à l’échalote ou à la vraie moutarde de Dijon (non sucrée), il n’y a pas à hésiter ! Lors d’un récent voyage en Europe, j’ai constaté que beaucoup d’industriels et de restaurateurs ont diminué le sel à la suite d’une campagne d’information. Il est tellement facile de resaler dans l’assiette si nécessaire alors que l’inverse est impossible. Et rapidement, on préfère manger moins salé ou moins sucré. Ici, j’ai renoncé à fréquenter certaines chaînes de restauration.

Vous mentionnez que l’industrie n’aurait pas besoin de règlementation pour diminuer la quantité de sel dans les aliments. Je n’y crois pas du tout, simplement parce que diminuer le sel va changer le goût et que les gens vont acheter une autre marque plus salée.

Pour les gras trans, on pouvait les éliminer sans changer le goût. En écrivant sur l’emballage sans gras trans, l’industrie se faisait une belle publicité: ils avaient alors l’avantage par rapport à ceux qui ne changeaient pas leurs recettes.

Alors arrêtez de rêver en couleur et demandez une règlementation pour diminuer le sel, en imposant des limites à l’industrie.

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