Adieu sacs de plastique

Depuis le 1er janvier, Montréal interdit les sacs de plastique. Qu’attend le reste du Québec pour en faire autant?

Photo : iStock

Bonne nouvelle en ce début d’année : depuis le 1er janvier, les sacs de plastique d’épicerie sont bannis à Montréal. Les commerçants ont jusqu’au 5 juin pour écouler leurs stocks. Commerçants, consommateurs et industriels du plastique vont-ils survivre sans peine à cette nouvelle règle? Oui. De nombreuses villes et même certains pays ont adopté des mesures similaires dans les dernières années, sans conséquences néfastes. Même les Français, privés de ces sacs depuis un an, ne sont pas montés aux barricades pour protester!

En se basant sur une analyse détaillée des enjeux réalisée en 2015, Montréal a choisi d’interdire non seulement les sacs de plastique conventionnel de moins de 50 microns d’épaisseur, mais aussi tous les sacs d’emplettes oxo-dégradables, oxo-fragmentables et biodégradables quelle que soit leur épaisseur, ce qui est une très bonne chose. Les sacs oxo-dégradables et oxo-fragmentables sont composés de plastique auquel on ajoute un agent oxydant permettant de les réduire en très petits morceaux qui peuvent persister très longtemps dans l’environnement. Plusieurs organisations internationales réclament leur interdiction pure et simple. Les sacs entièrement biodégradables sont aussi une fausse bonne solution : s’ils sont traités avec les sacs non dégradables, ils nuisent au recyclage de ces derniers; alors que s’ils sont traités avec les autres déchets biodégradables, comme les déchets de table, ils nuisent au compostage car ils sont plus lents à se dégrader.

En 2008, les détaillants québécois ont accepté de souscrire à un code volontaire de bonnes pratiques pour limiter l’usage des sacs d’épicerie en plastique qui, depuis, a diminué de moitié. La ville de Brossard, une pionnière qui a interdit ces sacs en septembre 2016, dresse un bilan très positif de cette mesure à laquelle 91% des commerçants de son territoire s’étaient conformés six mois après son entrée en vigueur. Preuve que ces sacs ne sont plus vraiment utiles : le quart des commerçants de Brossard ont carrément décidé de n’offrir aucune alternative à leurs clients!

Il n’y a aucune raison de s’arrêter en si bon chemin : le Québec, dans son ensemble, devrait bannir ces sacs maintenant que l’on sait qu’on peut très bien s’en passer.  Voilà une bonne résolution environnementale pour 2018 qui ne serait pas bien difficile à mettre en oeuvre! Recyc-Québec a déjà produit un document pour aider les municipalités à prendre cette décision.

Faits la plupart du temps de polyéthylène produit à partir du pétrole, une ressource fossile et épuisable dont l’exploitation est une source majeure de gaz à effet de serre, les sacs de plastique deviennent, après souvent seulement quelques minutes d’utilisation, des déchets dont on a bien du mal à se débarrasser. Au Québec, entre 1,4 et 2,7 milliards de sacs d’épicerie, selon les estimations, sont distribués chaque année et seulement 14% sont récupérés.

La plupart finissent dans les dépotoirs, mais une fraction se retrouve immanquablement dans l’environnement puisque ces sacs très légers peuvent facilement partir au vent. Même si les Québécois sont de plus en plus conscientisés à la problématique des déchets, les sacs plastiques figurent encore dans le haut du palmarès des déchets abandonnés dans la rue ou sur le bord des routes. Ils finiront accrochés dans la végétation ou flottant dans les cours d’eau pour rejoindre ultimement les océans, devenus les dépotoirs de ces matériaux qui ne se dégradent qu’après des décennies.

La pollution des océans par le plastique atteint aujourd’hui une telle ampleur que chaque geste susceptible d’y mettre un frein compte. Faut-il avoir peur du plastique dans les océans ? Oui. En 2014, le Programme des Nations unies pour l’environnement estimait à 13 milliards de dollars le coût annuel de cette pollution : le plastique tue et intoxique les animaux marins, modifie les écosystèmes en facilitant par exemple le transport des espèces invasives ou pathogènes, nuit aux pêcheurs et engendre des coûts croissants pour le nettoyage des zones côtières. Le plastique qui envahit les plages est devenu une véritable plaie pour le tourisme, comme à Bali.

Si vous êtes à Québec ce soir (mercredi 10 janvier), ne manquez pas la projection du documentaire « A Plastic Ocean », en version française, qui sera présenté à l’université Laval par le groupe de recherche Visez-Eau et la Fondation David-Suzuki. Le film sera suivi d’une discussion avec un panel d’experts, que j’aurai le plaisir d’animer. Informations ici.

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5 commentaires
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J’habite à Brossard et on a survécu malgré les cassandres d’apocalypse. Quand, je n’ai pas mon sac avec moi (ça arrive), je demande un sac en papier brun. Pas la fin du monde.

Le sac plastique est coupable d’être trop durable, de ne pas être obsolescent, de ne couter presque rien, toutes caractéristiques qui pour d’autres produits seraient des qualités…
Ce n’est pas le sac plastique qui est fautif, mais le manque d’usages que nous en faisons et notre manière de nous en débarrasser.

Je vous appuie totalement. La solution première est d’utiliser ses propres sacs réutilisables ou au pire, si on a oublié nos sacs, d’utiliser des sacs en papier brun identiques à ceux que l’on utilisait autrefois.

Là où nous devons vraiment faire des efforts c’est au niveau de la consommation (surconsommation?). Depuis le livre « En as-tu vraiment besoin? », je me pose vraiment la question à chacun de mes achats et il est surprenant de constater à quel point nous sommes esclaves du marketing à tous les niveaux.

Si l’on est prêt à mettre son orgueil de côté et de cesser de suivre les gurus de la mode en vêtements, en rénovations, en électronique, etc…, on se rend compte que nous gaspillons beaucoup.

14% des sacs réutilisés???? Ça sort de où cela . As-tu tenu compte de l’étude qui démontre plus que clairement qu’il est plus écologique de réutiliser ces sacs que d’avoir à racheter de sacs poubelles. Sérieusement je ne connais pas personne proche de moi qui jettent des sacs plastique d’épicerie. Il faut être complètement sur une autre planète pour croire que l’achat de gros sac vidange épais est une meilleur solution. Je serait plus que curieux de sonder plus que 1000 personnes provenant de classe social multiple afin de leurs demander si ceux ci jettent systématiquement sans jamais réutiliser ces fameux sacs de plastique . Emplus la plus part de sac réutilisable sont une vraie catastrophe écologique si il ne sont pas utilisé 7 fois. Dans les études l’on tiens compte de la pollution supplémentaire qu’engendre l’achat de nouveau sac des vidange qui sont plus dommageables environnementales. On ne tiens pas comte de la nouvelle pollution engendrée par les usines par le transport par l’emballage ( boites) en magasin l’énergie dépensée inutilement de ces sacs de vidange que de nombreuses personnes devront se procurer. D’ailleurs il y as un risque bien présent de contamination et de propagation de maladie plus élevé avec des sacs réutilisables. Je crois en conclusion que de faire payer les sacs plastique était déjà une bonne idée mais cela aurait dû être 3cents pour le commerçant et 2cents pour un fond vert qui devrait être géré et dépensé par les commerçants pour l’environnement (donation / création de parc/ nettoyage de rivière/ payer la taxe carbone…) . Cela aurait u un bien meilleur impacte à long thermes.

« Qu’attend le reste du Québec… » ? — *Heureusement* que le reste du Qc attend…

Selon Recyc-Québec, le sac en plastique mince est le sac jetable le *moins dommageable*, pourvu qu’il soit réutilisé en sac-poubelle ou mis au recyclage. [http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/le-15-18/segments/entrevue/54512/etude-sacs-plastique-environnement]. Alors c’est plus une question — comme toujours — d’habitudes de vie que de matériel.