#AgressionEnfinDénoncée

De nombreux textes portent, ces jours-ci, sur l’existence ou l’absence d’une «culture du viol». C’est une évidence : cette «culture» existe — c’est ce qui ressort des innombrables témoignages de femmes, dit le docteur Alain Vadeboncœur.

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Photo : Getty Images

Nous sommes dans un cinéma un peu miteux de Montréal, je ne sais plus trop où. Il fait noir, le film est intense, elle a sa main dans la mienne. Avant la fin, elle la retire.
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Quand les lumières se rallument, elle a les yeux rougis et les lèvres serrées. Je sens la colère en elle et je ne «file» pas beaucoup mieux. Le film nous a sonnés ; elle, plus que moi.

Nous nous levons, elle marche devant moi. Je m’approche, je la prends par la taille. Elle se dégage, s’éloigne d’un pas, puis se retourne vers moi. Je ne sais pas quoi lui dire.

J’ai 16 ans, elle en a 14. J’ai été son moniteur au camp, l’été précédent. Nous sommes ensemble depuis quelques mois, maintenant. Ma première «vraie» blonde.

Après avoir marché une dizaine de mètres dehors, où il fait bon de respirer l’air frais du printemps, je me retourne vers le panneau lumineux où brille l’annonce du film dont tout le monde parle : Mourir à tue-tête, d’Anne-Claire Poirier.

Une violence incompréhensible

Je me souviens de plusieurs scènes, surtout celle où Germain Houde, personnage très dur, urine sur la femme qu’il vient de violer, Suzanne.

Je me rappelle aussi le personnage de Philippe, conjoint de Suzanne joué par Paul Savoie, qui perd patience parce qu’elle ne veut pas faire à nouveau l’amour. Je me souviens d’une phrase-choc, quelque chose comme : «Violer, c’est faire la haine».

Tout le film était d’ailleurs habité par la haine, la violence, la colère, les cris, les pleurs. Et je ne comprenais pas cette violence. Comment un homme pouvait-il agir ainsi ? Qu’est-ce qui poussait à détruire une vie ?

Ma blonde était fragilisée, meurtrie, vulnérable. Elle avait eu ce reproche : je faisais partie de cette moitié de l’humanité qui constitue en permanence une menace pour l’autre. Moi, vraiment ?

En écho aux mots de la femme violée, jouée par Julie Vincent — qui n’arrive plus à retrouver son équilibre après le viol et finit par se suicider —, elle me disait que tous les hommes sont un peu des violeurs potentiels.

À la fin de la soirée, je suis allé la reconduire chez elle. Nous n’avions pas encore eu de relations sexuelles ; des slows, du necking, des attouchements — consentis ! —, mais rien de plus. Nous avons jasé, puis je suis rentré chez mes parents.

Je ne m’identifiais pas à cette violence ou à ce violeur. Je lisais les nouvelles, je me souvenais de scènes de viols collectifs vues dans d’autres films ou d’histoires de viols racontées par mes amis.

Mais c’était très loin de mes modèles familiaux et de mon père, un homme plutôt doux. Ça ne collait pas.

Une réalité plus ou moins proche

Comme en 1979, on voit encore aujourd’hui passer les histoires de viols et d’agressions sexuelles dans les médias, et maintenant sur le Web. C’est toujours épouvantable, mais on ne connaît pas les victimes, alors ça reste un peu à distance.

Dans ma pratique d’urgentologue, j’ai aussi soigné quelques fois — c’est un bien grand mot, ici — des femmes victimes de viol, que nous essayions alors de réconforter comme on pouvait, tout en s’attardant à la tâche (pénible dans le contexte) de compléter la «trousse de viol», soit l’examen gynécologique et les prélèvements requis pour des fins médicales et médicolégales.

L’autre jour, le meurtre d’une jeune femme à Longueuil, pas loin de chez moi, m’a beaucoup inquiété. J’ai deux filles, âgées de 16 et 18 ans.

La déferlante d’#AgressionNonDenoncée

La même émotion que j’avais ressentie en 1979 m’est venue, jeudi, à la lecture de la déferlante de tweets #agressionnondenoncee et surtout, des récits plus détaillés de femmes que je connais — dont ma conjointe —, dévoilant un pan de leurs histoires cachées.

Lire tout cela en rafale m’a laissé la gorge serrée, un goût amer et un sentiment de colère.

Je n’arrive pas plus à comprendre qu’à 16 ans qu’autant d’hommes puissent agir ainsi, jour après jour ; qu’ils expriment de manière aussi démente la rage qui les habite.

Comme degré de violence, il me semble que le viol se compare au fait de tirer sur quelqu’un, donner un coup de machette, exciser une jeune fille, brutaliser un enfant, égorger un journaliste, lyncher un voleur ou brûler à l’acide une femme adultère.

Il est différent par nature d’une agression à main nue ou armée : pour manier le couteau, le bâton ou le fusil, il suffit d’activer ses muscles et d’agir.

Mais pour un viol, il faut bander, ciboire. Il faut donc être excité, trouver ça un peu le fun, quelque part, ou du moins avoir le goût de jouir dans quelqu’un qui vous hurle sa douleur en pleine face. Qui peut comprendre ça ?

Et pourtant, ça arrive à toutes les époques, dans tous les pays, dans toutes les cultures. Et les gestes sont souvent posés par des proches des victimes, ce qui est d’autant plus troublant.

Je ne me reconnais pas, mais je ne dis pas que cela n’arrive qu’aux autres. J’ai même l’intime conviction que n’importe qui, placé dans des circonstances extrêmes, peut devenir une sorte de bourreau.

De nombreux textes portent, ces jours,-ci sur l’existence ou l’absence d’une telle «culture du viol». C’est une évidence : cette «culture» existe — c’est ce qui ressort des innombrables témoignages de femmes.

Et que cette culture soit politique, parce qu’elle exprime une relation de pouvoir, on ne peut le nier.

De la honte au courage

Autre chose me trouble. Dans les commentaires sur les murs virtuels, on louange le courage de celles (je n’ai pas encore vu de témoignages d’hommes) qui osent parler, après avoir vaincu la honte et leur sentiment de culpabilité — parfois vécus en silence depuis des décennies.

Que la honte soit si forte et que le courage pour en parler soit si grand donnent la mesure de l’ampleur du problème.

La part de responsabilité qu’on fait porter aux victimes, l’incompréhension et le manque de sensibilité des pouvoirs, l’oppression dont elles sont parfois victimes et les relations de pouvoir qui justifient de tels gestes sont autant de manifestations de cette culture du viol.

Je salue toutes les femmes qui prennent ces jours-ci la parole pour se dégager de cette culpabilité.

Parce que briser collectivement le silence est une étape essentielle pour espérer changer cette culture et ceux qui la portent.

* * *

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, où il enseigne, il participe aussi à des recherches sur le système de santé. Auteur, il a publié Privé de soins en 2012 et Les acteurs ne savent pas mourir en 2014. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter :@Vadeboncoeur_Al.

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Il faut également considérer plusieurs autres facteurs. Pourquoi pas tout de suite la dénonciation ? Pourquoi ce silence? Pourquoi on décide à jamais de ne rien dire? ….La victime a une montagne à relever. La victime va essayer avant tout d’accepter les faits. Elle n’en sera jamais capable. Elle ne se sent pas nécessairement coupable d’avoir vécu cette situation, mais passe par un processus d’analyse de sa vie entière. Elle va passer par une phase de déni, ce qui peut l’aider à oublier temporairement l’acte vécu. Par contre, s’il y a eu des effets secondaires immédiat à l’acte, lors de cette phase tout peut se compliquer. Le déni du risque éminent à une grossesse, le déni de son corps, le déni d’une suite humaine dans sa vie, etc.. La phase de conscientisation amène à faire des choix. Les choix seront fait selon notre degré d’expérience, selon nos priorités, nos convictions, nos références, nos valeurs, nos enfants et notre réalité. La phase de poursuite se traduit en je dois continuer ma vie; je n’oublie pas, mais j’ai autre chose à faire; on se donne des objectifs qu’on identifie être pour nous, mais en réalité ils donneront un sens à notre entourage et ils serviront à bâtir une structure solide à ceux-ci. La prise de décision de dénoncer l’acte ou pas ne vient pas du courage puisque si tu as passé par toutes ces phases, tu es déjà courageux, tu as une force incroyable et une volonté démesurée. La justice, à mes yeux ça n’existe pas. Sinon pourquoi on donne la garde à un alcoolique qui bat ses enfants. Pourquoi les enfants payent le prix de la vengeance. Pourquoi aller en cour revivre ce qui nous habite et redonner du plaisir à celui qui a fait ça, en plus de vivre les regards d’un juge, d’avocats et de psychologues qui n’ont rien à faire de la vérité et qu’à ce moment ils nous feront sentir coupable. Coupable on sait qu’on ne l’est pas alors pourquoi aller vivre cette sensation de culpabilité qui n’es pas nôtre. Et ceux qui font cette acte, n’ont ni remord, ni honte et ne vivront jamais ce qu’ils ont fait vivre.

Le viol est l’un des crimes le plus insidieux de tous. Il sert à cacher la bêtise humaine et la médiocrité la plus profonde dont un grand nombre d’hommes s’y complaisent durant des années. Ces même hommes sont une clientèle fervente des “bars de danseuses” où pullulent les désaxés, les frustrés du pouvoir sur les autres et bien entendu ces hommes dont les femmes tombent souvent et longtemps dans le panneau d’un charme d’apparences qui cachent d’un personnage qui cache l’homme véritable.

Mais la femme reste encore aujourd’hui, surtout dans les régions rurales, des objets que l’on traite comme de la viande et une commodité par des hommes sans éducation (je ne parle pas ici de scolarité) puisqu’ils sont le reflet parfait de qui étaient leur père et grand-père. Une mentalité qui socialement n’a peu évoluée. Mais tous les hommes en milieu rural ne font pas partie de ce tissu asociale et misogyne car les grandes villes en comptent par centaines de milliers.

Pourquoi ?

Tel que vous l’exprimez avec beaucoup d’à propos, nous avons toujours un système judiciaire délabré, insoucieux, d’une incurie maladive et d’un manque de responsabilité le plus total en cette matière dont les policiers qui sont à la tête du nombre de divorces pour violence conjugale depuis des décennies n’iront certes pas faire plus qu’il n’en faut pour aider une femme qui est victime de ce crime puisqu’ils doivent démontrer à leurs confrères qu’ils sont “des hommes”. Que penser des arrestations des prostitués mais non de leurs clients ? Ils devraient y avoir un fichier que tous pourrait consulter qui permet de les identifier. C’est ce que l’on fait avec beaucoup de brou ha ha pour les fumeux de pot et le vol à l’étalage mais les violeurs et produits de la criminalité sexuelle, elle, n’est jamais à la une sous prétexte que c’est le plus vieux « travail » et non « crime » de tout les temps. Un prétexte qui nous en dit long sur le degré de cette complaisance à la médiocrité.

Le plus grand problème de tous les temps en matière de discrimination est entre les hommes et les femmes, une forme de racisme imbriqué dans une mentalité collective rétrograde bien orchestré par des hommes, pour des hommes (je dirais plutôt des mâles puisqu’il s’agit de nature animale et de comportements bêtes).

Il est difficile de comprendre que nous constations, malgré tout l’avancement en matière sociale que nous avons connu depuis un siècle, que de tous les animaux, les hommes demeurent les plus bêtes.

Il n’est certes pas surprenand que le nombre de célibataires ne vivant pas en couple et n’ayant jamais été mariés selon les recensements des 40 dernières années, démontrent une courbe ascendante de plus en plus rapide.

ont parle quand meme souvent je le pense, mais l impact ne semble pas pareille .j ai ecrit un bouquin de poeme et ma vie j ai un editeur qui etais prêt a editer mais des circonstance ont fait que mon livres est sur la glace a cause de budget
en 1964 je commençais a subir des abus cela a durer 3 ou 4 ans .ayant une mere castrante ,je me suis mis a vivre au jours le jours.l histoire que j avais abiller de ciment c est effondrer en 2000 a 40 ans ma mere me donne comme nouvelle que mon abuseur est photografier dans le journal de montreal.Il s en suivras une histoire dégueu ma femme de ce temp la m accuse d abut sexuel sur le jeune que j avais en famille d acceuil .j ai fait tout les demarche policiere moi meme et je suis aller passer le test de vériter je n ai jamais rien fait. mais cela a tuer l enfant en moi mais je survie. oui certain homme ont été abusée aussi et c est pareillement grave l on vie avec les séquelle et le mal reste
j y travaille encore aujourd hui . je suis de tout cœur avec les femmes et les hommes abusée dans leur enfance car ont porte le meme armure et certain comme moi reste avec un masque qu il faudras abandonner avec la ou le conjoint qui voudras bien nous accompagner pour le reste de notre vie.

desoler les fautes d orthographe j ai jamais aimer la grammaire j ai aimer plutôt vouloir vivre malgrée mon mal d etre que je guerit a petit feu

merci michel.

Je commence à me demander s’il n’y a pas deux types de viol… le premier, dont tout le monde parle, l’agression haineuse, dont j’ai moi-même été victime de mon père pédophile, et dont les professionnels de nombreux domaines s’occupent maintenant intensément, et oui, c’est très rassurant. Mais ce type-là sera probablement presqu’impossible à éliminer, puisque les auteurs sont malades, ou génétiquement faussés.
Mais il y a un autre type de viol, qui commence à peine à être reconnu officiellement : celui des garçons et des hommes coupables d’un égocentrisme causé par leur manque de maturité ou par une éducation sexuelle exécrable leur venant avant tout de la société des « mâles fiers de l’être » qui les entoure. Ce sont les hommes qui violent leurs femmes en se hâtant de trouver leur plaisir et en la laissant sur sa faim. Ce type de viol sera beaucoup plus facile à éliminer, si parents et écoles abandonnaient leurs tabous et chargaient des professionnels dûment formés d’éduquer les adolescents. Je crois que cette orientation progresse bien, et ça aussi, c’est encourageant et rassurant.

Faudrait peut-être voir à redonner les cours d’éducation sexuelle, qui ont été abolis en 2004… Ça aiderait peut-être.

C’est une idée. Je ne sais pas s’il y a eu une hausse des agressions sexuelles depuis, ou pas. Merci de la suggestion.

Deux choses: D’abord, l’agression sexuelle a remplacé le viol comme acte criminel et ça inclue tout genre d’agression (voies de fait) contre la victime et, surtout, inclue tout genre d’activité fait SANS son consentement. Remarquez la nuance: « sans » ne veut pas dire seulement des coups mais inclue le fait de faire des attouchements ou avoir des activités sexuelles avec la victime sans s’être assuré de son consentement. Par exemple, avoir des rapports sexuels avec une personne tellement intoxiquée qu’elle est inconsciente, c’est une agression sexuelle même s’il n’y a pas de coups assénés à la victime. Évidemment, cela inclue le viol tel qu’on le connaissait avant les amendements au Code criminel et où on devait prouver une acte de violence et dont on parle le plus souvent.

La 2è chose: Il y a certainement bien des hommes qui ont été victimes d’abus sexuels – on a qu’à penser aux enfants de Mount Cashel par exemple dans les maritimes ou encore les milliers de victimes d’agressions sexuelles des pensionnats « indiens » où non seulement on tentait de tuer « l’Indien » mais aussi on les battait et on abusait sexuellement de plusieurs d’entre eux. Cela a duré près d’un siècle sans que cela ne soulève l’intérêt des autorités et les survivants de ces pensionnats n’avaient aucun intérêt à dénoncer ces crimes puisqu’on ne les croirait pas de toutes façons et que pour eux c’était l’autorité elle-même qui commanditait ces écoles.

Mais il ne faut pas oublier que les victimes qui dénoncent ces crimes doivent faire face à un système judiciaire pénal très hostile – elles ne sont que des « témoins » de la couronne – et que les possibilités de condamnations sont quand même très limitées car ces crimes sont souvent commis sans autre témoin et l’accusé étant présumé innocent a droit au bénéfice du doute raisonnable. Le procès criminel est une étape souvent difficile pour la victime qui doit dévoiler en public des choses extrêmement intimes et se soumettre à un contre-interrogatoire souvent très hostile par l’avocat de l’accusé. C’est très dissuasif pour une victime d’aller dénoncer l’agression aux autorités.

Parlons en du systeme msoeur a dénoncé mon frere qui la violer a l’age de 6ans elle se bat depuis plusieurs années et ca ne bouge pas vite Mrs demeure en Ontario

J’imagine que ça doit effectivement terrible de témoigner dans un tel procès. J’ose espérer que cela s’est un peu amélioré. Merci du commentaire.

Je veux juste dire un GRAND MERCI à Alain Vadeboncoeur (et comme il mérite bien son patronyme !) pour ce témoignage humain, sensible, profond, tellement important parce qu’il s’agit d’un témoignage masculin, (on entend peu d’hommes en ce moment dans cette vague de témoignages féminins si poignants). Cela rétablit en quelque sorte l’équilibre et nous rappelle que, pour beaucoup d’hommes, ceux qui nous sont proches, nos conjoints, nos amis, l’idée même du viol est absolument inconcevable. En vous lisant, je croyais entendre mon époux qui lui aussi ne cesse de s’étonner de la capacité d’un homme à bander alors même que la personne qu’il agresse lui hurle son horreur, sa douleur, son effroi… Merci donc de saluer le courage de ces femmes meurtries et victimes à différents degrés, et de vous faire le porte-parole de tous ces hommes dont nous sommes les véritables égales.

Je n’oserais pas être porte-parole de qui que ce soit, mais il m’a semblé utile de parler. Si ça peut aider, tant mieux. Merci du commentaire.

Je n’ai pas de réponse magique à ce très bon texte; tout ce que je veux dire, c’est que j’ai honte pour tous ces machos qui prennent, qui abusent et ruinent des vies sans se poser de question sur les conséquences de leur geste.
On oublie trop facilement le commandement: ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasses à toi-même…
Malheureusement, la petite et la grande histoire nous apprennent que la violence engendre la violence; cette chaÎne de malheur n’est donc pas prête de finir.
Je trouve surtout déplorable qu’en 2014, les victimes de viol ne trouvent toujours pas une oreille attentive, empathique et sympathisante chez les forces policières. On espère qu’avec une plus grande présence féminine au sein des forces un meilleur accueuil leur soit réservé, mais quand on voit des matricules 728 agir, c’est décourageant.

De ce que je comprends de certains témoignages de gens qui s’y connaissent mieux que moi, les choses ont quand même changé positivement au fil des ans. Je ne sais cependant pas à quel degré et j’imagine tout de même que c’est toujours assez terrible de vivre le processus de la plainte et du tribunal après avoir vécu le crime lui-même comme victime. Merci du commentaire.

Bonjour Alain,
J’ai du mal à accepter que »n’importe qui placé dans certaines circonstances extrêmes peut devenir une sorte de bourreau. » mais cette phrase m’a remis en mémoire ceci de Soljenitsine dans L’Archipel du Goulag: Ce ne fut qu’un effet du hazard que nous soyions devenus les victimes plutôt que les bourreaux..
Il m’arrive parfois de croire que ce fut une erreur pour l’évolution de cérébraliser une espèce et la laisser hors du contrôle de l’instinct comportemental animal.

Moi aussi. Je crois pourtant que c’est le cas, et qu’un des grands problèmes est que « l’enfer, c’est les autres », sans voir qu’on puisse aussi être un bourreau. Je prends souvent comme exemple cette photo, de l’homme qui ne fit pas le salut hitlérien. Ce qui me frappe le plus, ce n’est pas lui: ce sont les autres, tous ceux qui saluent. http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2012/12/August-Landmesser-Hambourg-1936.jpg

Je lis vos commentaires et dans l’ensemble, je suis d’accord. Mais pour moi, une des raisons majeure qui fait que dénoncer est si difficile est le fait que, suite à un viol, toute ta personnalité est détruite et
elle va rester détruite pour longtemps. Dans ces conditions, comment se soumettre sans difficultés à tout le processus judiciaire? Tu n’as plus aucune confiance en toi et il te faut affirmer sans sourciller des détails de l’agression et de ta vie, la dite vie qui n’a plus aucun sens et que tu ne reconnais plus car tu ne sais plus qui tu es. Tu te demande si c’est bien toi qui a vécue ça, si tu n’aurais pas quelque chose à te reprocher. Comment arriver à dire en y croyant que ce n’est pas de ta faute alors que tu vis une immense culpabilité qui pourtant ne devrait pas être. C’est cette culpabilité qui me fait dire que, oui, il y a une culture du viol. Si elle n’existait pas, aucune femme ne vivrait une telle culpabilité car il serait clair dans la tête de tout le monde, et surtout dans la tête de la victime, qu’un viol est contre nature, inadmissible et non toléré dans notre société. Il me semble pourtant que ce n’est pas
clair du tout! À quand une éducation qui promeut une telle vérité?

Il y sûrement un lien entre la culpabilité et la culture: pourquoi la femme se reprocherait ce qui de toute évidence ne dépend pas d’elle et dont elle n’est pas responsable. Un peu comme si je me sentais coupable qu’un inconnu me lance son poing au visage en pleine rue.

J’ai toujours pensé que la problématique des agressions sexuelles était beaucoup plus répandue que ce que laissait entrevoir les quelques scandales qui faisaient l’actualité de temps en temps. Cependant, depuis que je suis assidument les déclarations qui se multiplient sur Twitter sous le mot clé «AgressionNonDénoncée», je suis estomaqué par l’ampleur du phénomène. En vérité, je suis troublé par la variété des situations qui y décrites où des hommes ont franchi la ligne de la décence pour assouvir leurs désirs égoïstes sur des femmes et des enfants. Aucune zone de notre société ne semble épargnée, le problème est véritablement viral pour ne pas dire épidémique.

En cherchant à y voir plus clair, il m’apparaît que ce qu’on appelle agression sexuelle ou viol couvre un registre comportemental beaucoup plus large que les agressions violentes ayant pour objet la sexualité. La violence physique n’est qu’un aspect de l’agression sexuelle, celle-ci connaît des formes beaucoup plus subtiles et insidieuses qui passent pratiquement inaperçues, mais qui laissent tout de même des traces chez les victimes. J’en viens à penser que dans l’esprit de beaucoup d’hommes, ressentir un désir sexuel envers une personne rend facultatif toute notion de consentement. Comme si l’envie de l’autre se définissait comme un besoin naturel qui doit être satisfait sans égards à la réciprocité et au droit de chacun à son intégrité psychique et physique.

Il y a un terme qui me vient à l’esprit pour identifier ce qui peut être de l’ordre de l’abus, c’est le mot «inapproprié». C’est la banalisation des comportements inappropriés qui sert d’intermédiaire aux agressions sexuelles. Une remarque trop personnelle à une collègue de travail, un toucher trop insistant sur un enfant, un regard soutenue truffé d’envie, une petite remarque intime face à une inconnue. C’est inapproprié lorsque c’est étranger au cadre relationnel et que ce n’est aucunement souhaité par l’autre. C’est par ces petits gestes inappropriés que s’insère une progression qui ira éventuellement jusqu’à une tentative de prise de contrôle de l’autre pour le soumettre à ses désirs personnels.

Nous sommes là certainement dans une dynamique de pouvoir. Le pouvoir des adultes sur les enfants, des gars sur les filles, des patrons sur leurs employés ou de toute personne en autorité sur des gens vulnérables. Le plus déplorable est que celui qui s’approprie le pouvoir de considérer les autres comme des objets de désirs transfère à ses victimes la honte de n’avoir pas su se défendre, la culpabilité inavouable d’avoir été traité avec bassesse, se payant ainsi son silence et conservant pour lui l’impunité.

Alors oui, il est temps de faire une brèche dans cette culture du viol afin de ne plus souscrire à cette banalisation de la séduction machiste qui gangrène les relations humaines. Que la honte retombe sur ceux qui prétendent être irrésistibles au point d’en oublier toute notion de décence dans leurs relations avec leurs semblables. Il ne faut plus hésiter un instant à manifester son indignation envers quelqu’un qui se permet des paroles ou des gestes inappropriés. C’est à ceux qui banalisent les droits des autres, de se sentir coupables et d’avoir honte de leurs comportements.

Les hommes commencent tout de même à se faire entendre. Pensez aux victimes des prêtres pédophiles…aux Rédemptoristes. Des deux problématiques, aucune n’est compréhensible.

J’aimerai savoir combien d’heure de violences, incluant les agressions, nous sont présentées chaque semaines, dans des films, des télé-romans, des documentaires et aux nouvelles. Nous sommes submergé par cette violence sous prétexte que » çà attire les cotes d’écoutes « . Beaucoup d’hommes sont imprégnés par ce qui se passe et enregistre cette violence comme étant » normale « . L’homme a toujours considéré la femme comme ménagère et bonne pour faire des enfants. Personne ne la valorisé jusqu’à l’arrivé des femmes au parti québécois. Je crois qu’il faut enseigner les règles de vie d’une façon plus rigoureuse si l’on veut que çà fonctionne.

Je suis bien d’accord avec vous. Mais je doute que cette violence n’existait pas avant cette exposition.