Alerte #Amber : réseaux sociaux 1, kidnappeuse 0

La vie des kidnappeurs est devenue plus compliquée grâce à Facebook et Twitter, se réjouit le Dr Alain Vadeboncœur. Le blogueur revient sur l’enlèvement d’un bébé survenu dans un hôpital de Trois-Rivières, lundi soir.

Sante_et_scienceGrâce à quatre jeunes gens et à l’apport massif des réseaux sociaux, le bébé de Trois-Rivières a été retrouvé, lundi soir, après une alerte AMBER déclinée virtuellement à toute vitesse. Comme tous ceux qui étaient alors en ligne, j’ai participé modestement par Twitter et Facebook et suivi le tout avec attention.

Vous connaissez maintenant cette inquiétante histoire : une femme entre dans la chambre d’une jeune mère, se présente comme une infirmière, mentionne qu’il faut peser son enfant — âgée d’un jour — et sort de la chambre avec le bébé, pour ne plus revenir. J’ose à peine imaginer l’angoisse des parents quand ils ont réalisé que leur bébé était disparu.

Une des premières alertes fut probablement lancée par la tante de l’enfant, Karine Mc Mahon, lundi soir, sur sa page Facebook, peu après l’événement. Elle y a placé une photo du bébé, ses traits physiques et la description de la kidnappeuse présumée.

Message Facebook envoyé par la tante du bébé (statut public)
Message Facebook envoyé par la tante du bébé (statut public).

Rapidement, son message a été partagé. Quelqu’un lui a toutefois fait remarquer qu’il devait être mis en mode «public» pour être plus largement diffusé, ce qu’elle a fait.

Résultat : en deux heures, 38 525 partages avaient eu cours sur Facebook. L’alerte AMBER lancée en parallèle par la Sûreté du Québec sur Twitter et Facebook a été rapidement relayée.

Première alerte AMBER envoyée lundi soir par la SQ
Première alerte AMBER envoyée lundi soir par la SQ.

AMBER : depuis 18 ans déjà

AMBER veut dire : «America’s Missing : Broadcast Emergency Response». Et voilà maintenant 18 ans que les alertes AMBER sont diffusées au Canada et aux États-Unis.

Baptisées du nom de la fillette Amber Hagerman (kidnappée le 13 janvier 1996, puis assassinée le 17 janvier), ces alertes ont été mises sur pied aux États-Unis pour assurer une diffusion structurée des informations qui touchent aux enlèvements d’enfants.

À l’époque, même si Internet existait déjà, on visait essentiellement les médias électroniques traditionnels. L’objectif était (et est encore) de diffuser, le plus largement possible, l’information dont on dispose pour mettre la population en état d’alerte, tout en aidant le travail des policiers.

Par exemple, les émissions d’information mettent à l’écran un bandeau décrivant en continu les alertes en cours, ce qui ne se fait pas encore ici — mais pourrait sans doute se faire, comme le faisaient remarquer plusieurs internautes, lundi.

Le 30 avril 2003, le Congrès américain a adopté une loi pour assurer l’uniformité des protocoles d’alertes AMBER dans les différents États, tandis que le Québec a adhéré au protocole le 26 mai de cette même année.

Les conditions d’une alerte AMBER

Pour lancer une alerte AMBER, le site de la Sureté du Québec rappelle que les quatre conditions suivantes doivent être réunies :

  • L’enlèvement vise un enfant (une personne de moins de 18 ans).
  • Le service de police a des motifs raisonnables de croire que l’enfant disparu a été victime d’un enlèvement.
  • Le service de police a des motifs raisonnables de croire que la sécurité physique et la vie de cet enfant sont sérieusement en danger.
  • Le service de police possède suffisamment de renseignements qui permettraient de localiser l’enfant, le suspect ou le véhicule utilisé par ce dernier.

Une alerte est donc lancée uniquement dans les cas où on dispose d’assez d’informations concernant l’enlèvement, le risque et le contexte. J’imagine que c’est une condition d’efficacité.

Avec l’arrivée des médias sociaux, la dynamique a changé, et la mobilisation est désormais maximale.

À la recherche du bébé

Lundi soir, les réseaux sociaux étaient les plus rapides, et certains ont reproché aux médias traditionnels de ne pas diffuser la nouvelle dès le début des bulletins de nouvelles de 22 h. Radio-Canada a abordé le sujet vers 22 h 11 dans son téléjournal (1).

Fort heureusement, la vie des kidnappeurs est devenue plus compliquée grâce à cette mobilisation incroyable sur les réseaux sociaux. Il était assez incroyable de voir, lundi, le tout se propager, et constater que le mot «AMBER» devenait assez rapidement un terme dominant de la twittosphère.

Rapidement, d’autres informations cruciales ont fusé — notamment la photographie de la présumée kidnappeuse (prise par une caméra de surveillance de l’hôpital), également diffusée à haute vitesse sur les réseaux sociaux.

Photo de la présumée kidnappeuse diffusée par la SQ lundi soir
Photo de la présumée kidnappeuse diffusée par la SQ lundi soir.

C’est cette photo qui a permis aux jeunes gens de reconnaître une ancienne voisine. D’après le récit qu’en a fait TVA, ces personnes, ayant aperçu le véhicule — une Toyota Yaris rouge dont la signalisation avait été rapidement transmise par la Sûreté du Québec —, se sont rendues jusqu’au domicile de la femme en question. Puis, elles ont signalé sa présence aux policiers, qui ont retrouvé le bébé vers 22 h.

Source de la capture d'écran: Le Nouvelliste.
Source de la capture d’écran : Le Nouvelliste.

Le seul problème était d’arrêter la machine ensuite, puisque les images continuaient à circuler sur le web. Pour ma part, j’ai choisi de retirer mes envois, puis de diffuser les images de la fin de l’alerte. Après tout, le but était atteint.

Tout le monde a vu les images des policiers qui ramenaient l’enfant sain et sauf à l’hôpital. On imagine la scène de bonheur dans la chambre des parents.

La tante du bébé a remercié avec émotion tous ceux qui avaient participé à la diffusion des informations sur les réseaux sociaux.

Message public de remerciement de la tante de l'enfant.
Message public de remerciement de la tante de l’enfant.

Et tout le monde a poussé un grand soupir de soulagement.

Les parents ont d’ailleurs témoigné de leur immense reconnaissance envers toute la population :

«Nous avons senti un grand soutien provenant de la population. Cette victoire vous revient à vous tous ! Ce matin, nous sommes fiers et nous nous sentons en sécurité d’être des Québécois, un peuple qui se soutient et qui s’entraide dans de telles histoires d’horreur. Nous avons reçu une énorme vague d’amour de votre part.»

Comme quoi, les réseaux sociaux, ça peut servir à autre chose qu’à partager des vidéos de chats.

* * *

(1) On me signale toutefois que l’annonce de la nouvelle avait alors déjà été diffusée à RDI.

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, il enseigne l’administration de la santé et participe régulièrement à des recherches sur le système de santé. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter : @Vadeboncoeur_Al.

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