Antidépresseurs : est-il temps d’arrêter ?

L’été arrive et le déconfinement avance bien. Alors que la pression s’allège, vous pourriez être tenté d’abandonner les antidépresseurs que l’on vous a prescrits pendant la pandémie. Voici ce dont vous devriez parler avec un professionnel de la santé avant de prendre votre décision.

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Le stress et les incertitudes avec lesquels nous vivons depuis 15 mois ont fait émerger ou ont aggravé des troubles de santé mentale chez de très nombreuses personnes. Les derniers résultats des sondages de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) montrent que chaque vague de la pandémie a fait augmenter les problèmes éprouvés dans la population québécoise. Les jeunes adultes sont particulièrement touchés : en janvier 2021, 38 % des 18-24 ans et 23 % des 25-44 ans ressentaient un niveau de détresse psychologique jugé problématique. En mai, ces pourcentages étaient respectivement de 30 % et 17 %. 

Se sentir inquiet, triste ou irritable, ce n’est pas en soi pathologique quand on vit une situation stressante. Si cet état perdure, toutefois, il risque de se transformer en dépression majeure ou en trouble d’anxiété généralisée, deux maladies qu’il faut soigner. Or, une grande enquête sur la santé mentale des Québécois, menée par la Dre Mélissa Généreux de l’Université de Sherbrooke, révèle que près du quart de la population adulte québécoise présentait des symptômes compatibles avec l’un ou l’autre de ces deux problèmes en février 2021.

Les prescriptions d’antidépresseurs ont augmenté, puisque ces médicaments sont à la fois efficaces pour aider à traiter ces deux maladies et plus facilement accessibles que la psychothérapie. Selon les données fournies par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), 402 835 personnes couvertes par le régime public d’assurance médicaments prenaient des antidépresseurs en octobre 2020. Pour l’année 2020 au complet, le nombre de prescriptions a crû de 7 % par rapport à 2019.

Quand doit-on arrêter de prendre des antidépresseurs ?

Alors que la vie revient lentement à la normale, il est légitime de se demander si les antidépresseurs sont toujours utiles et s’il ne serait pas temps de cesser d’en consommer. « Il faut vraiment analyser très rigoureusement le risque de rechute avant de prendre une décision », prévient le Dr Jean-François de la Sablonnière, psychiatre au centre hospitalier régional du Grand-Portage, dans le Bas-Saint-Laurent.

Un traitement d’au moins six mois est le minimum à envisager, dit le psychiatre, même pour quelqu’un qui n’a pas d’antécédents familiaux de troubles de santé mentale importants et qui en est à un premier épisode dépressif de toute évidence lié à des stress particuliers comme une perte d’emploi ou un épuisement professionnel, des problèmes financiers ou familiaux, ou encore une dépendance au jeu ou aux drogues. « Il faut toutefois que le ciel soit bleu, c’est-à-dire ne pas entrevoir que les éléments ayant entraîné la dépression vont se manifester à nouveau dans les mois suivants. » Ainsi, les étudiants tombés en dépression à force de rester seuls à travailler devant leur écran devraient peut-être attendre avant de renoncer à leurs médicaments, même s’ils se sentent mieux. On leur recommande de retrouver d’abord une vie sociale normale et d’être certains que la prochaine session se déroulera en classe.

Il est aussi important d’avoir travaillé sur soi, pour réduire le risque de rechute si les stresseurs devaient ressurgir. « L’idéal est une psychothérapie avec un professionnel », affirme Jean-François de la Sablonnière. À défaut d’un psychothérapeute ou d’un psychologue, difficiles à trouver actuellement, le spécialiste suggère d’essayer avec le médecin qui a délivré l’ordonnance. « On croit qu’ils ne font que prescrire des pilules, mais bien des médecins de famille sont parfaitement aptes à aider leurs patients sur ces aspects psychologiques, et ils le font », soutient-il.

L’activité physique contribue aussi beaucoup à la guérison, car elle permet d’évacuer le stress. Une fois qu’on se sent mieux et capable de se motiver à bouger, ne serait-ce que pour se promener au parc, retrouver un mode de vie actif avant d’arrêter son traitement aidera à prévenir le risque de rechute. 

Une dépression se manifeste souvent par de la tristesse, des troubles du sommeil, des ruminations et une perte d’intérêt et de motivation pour tout ce qui nous plaît habituellement. Mais si elle était accompagnée d’épisodes de psychose, d’idées suicidaires ou d’un ralentissement psychomoteur important — qui fait que, par exemple, on reste la tête vide plutôt que de ruminer —, alors mieux vaut prolonger le traitement pour diminuer le risque de rechute. « On recommande de deux à quatre ans de traitement dans ces cas », explique le psychiatre.

Il faut aussi tenir compte du fait que le risque de rechute peut être élevé selon le type de symptômes ressentis et le profil de la personne touchée. Si vous avez déjà subi une dépression, vous avez 50 % de probabilité d’en vivre une seconde. Le risque augmente encore après le deuxième épisode dépressif ; et après trois dépressions, la probabilité d’en faire une quatrième est quasiment de 100 %. « Pour des personnes qui ont déjà traversé plusieurs dépressions, la meilleure solution est souvent de ne jamais arrêter le traitement, s’il est efficace et bien toléré », suggère le médecin.

Arrêter sans souffrir

Contrairement à une idée reçue, les antidépresseurs ne créent pas de dépendance. En prendre n’incite pas à vouloir augmenter la dose pour rechercher une sensation particulière, comme le font les drogues ou d’autres médicaments tels que les psychostimulants utilisés pour soigner le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). 

Bien que l’arrêt du traitement ne soit pas considéré comme un sevrage, il provoque souvent des symptômes très désagréables. « Environ la moitié des personnes vont subir ce qu’on appelle un syndrome de retrait, plus ou moins intense et qui peut durer quelques semaines », prévient Jean-François de la Sablonnière. Nausées, étourdissements, bouffées de chaleur ou transpiration excessive, problèmes de coordination, sensations de décharges électriques dans la tête ou perturbations visuelles peuvent survenir à ce moment-là. Mais surtout, l’arrêt du traitement engendre souvent une grosse montée d’anxiété, qui peut faire croire — à tort — que la maladie est revenue.

L’intensité de ces symptômes dépend du type de molécule prescrit, de la dose, de la manière de mettre fin au traitement et de chaque personne. Malheureusement, les antidépresseurs les plus courants, comme la paroxétine (Paxil) ou la venlafaxine (Effexor), qui semblent les plus efficaces autant contre la dépression que contre l’anxiété généralisée, et les moins susceptibles de donner des effets secondaires, sont aussi les plus pénibles à abandonner.

Arrêter ses antidépresseurs du jour au lendemain n’est donc vraiment pas une bonne idée, puisque cela augmente le risque de forts symptômes de retrait. « Il faut plutôt y aller très progressivement, en diminuant par exemple la dose de 20 % toutes les une à deux semaines », recommande le psychiatre. Comme chaque personne réagira à sa manière, le médecin pourra ajuster le traitement en conséquence et proposer d’autres modalités. Il pourra, entre autres, suggérer de prendre un comprimé tous les deux jours à l’étape des doses légères.

Autre option possible : un traitement combiné très court, avec un autre antidépresseur qui agit sur les mêmes récepteurs dans le cerveau. « La venlafaxine et la paroxétine ont une courte demi-vie, ce qui signifie que le corps les élimine rapidement et ce qui explique notamment pourquoi la diminution de la dose peut donner des symptômes », explique le Dr de la Sablonnière. La fluoxétine (le Prozac) a une demi-vie beaucoup plus longue, ce qui fait que son action s’éteint plus progressivement et qu’on peut cesser d’en prendre plus facilement, puisqu’il faut près de deux semaines pour que le corps l’élimine totalement. Chez certaines personnes, un seul comprimé de ce médicament peut suffire à atténuer fortement les symptômes de retrait dus à l’autre antidépresseur. 

Quoi qu’il en soit, il importe de prendre son temps, et d’être accompagné dans sa démarche afin de réduire au minimum les risques de rechute.

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Bonjour, j’ai un malaise avec l’image qui coiffe cet article. Elle peut laisser croire qu’il est normal et acceptable de « flusher » des antidépresseurs ou autres médicaments. Or, ceux-ci polluent les cours d’eau et peuvent affecter la faune aquatique. Il vaut mieux les rapporter en pharmacie où ils seront adéquatement disposés.

voilà un article typiquement médicalo-psychiatrique! Efficace les anti-dépresseur? qu’es-ce que ça veut dire, efficace? et c’est quoi cette histoire de symptôme juger problématique?
et quand on pense qu’une visite médicale dure en moyenne 12 minutes quand elle n’est pas téléphonique; peut-il réellement faire tout ce que l’article mentionnent? Hautement dubitatif je suis. On prend du prosaque pour juguler l’inconnu de la pandémie, l’inconnu de la post-pandémie et, l’inconnu de la prochaine pandémie!

Je suis mal à l’aise quand je lis des articles comme celui-ci. Le risque de « rechute » qui augmente à chaque fois qu’on prend des antidépresseurs ne serait-il pas le résultat d’une dépendance de plus en plus forte envers ces médicaments? C’est en tout cas ce que j’ai observé dans mon entourage et plusieurs études démontrent que l’exercice au quotidien et la thérapie cognitive produisent souvent de meilleurs résultats à long terme. De tous temps les humains ont affronté de rudes épreuves. Est-ce que nos ancêtres étaient simplement plus enclins que nous à les accepter comme un élément incontournable de la vie? Il me semble que trop de médecins prescrivent des antidépresseurs sans vraiment examiner la situation et les besoins des patients et sans proposer d’autres solutions comme la thérapie et l’exercice.

Je pense qu’on est passé pas loin de la rupture de stock des antidépresseurs pendant le confinement. beaucoup de personnes l’ont très mal vécu.