Arrêtons de jeter de l’argent par les fenêtres thérapeutiques!

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Nous payons trop cher nos médicaments au Canada et au Québec, c’est clair. Un chercheur de Winnipeg le rappelait encore aujourd’hui. Pour le Canada, c’est jusqu’à 9 milliards de trop! Divisez par trois ou quatre et vous obtenez la facture excédentaire du Québec. Pour vos médicaments. Avec vos sous.

On parle souvent de la croissance des coûts de la santé, mais on oublie habituellement de cibler celui des médicaments, qui est énorme : une croissance ahurissante. Pour le Québec, de 6% à 20% des coûts totaux de la santé entre 1975 et 2009.

Il faut rappeler que le Québec est le deuxième endroit au monde pour le coût des médicaments. Après la Suisse, qui possède une forte industrie pharmaceutique. Mais avant tous les autres pays.

Pourtant, d’autres pays ont mis en place des mesures efficaces pour contrer cette hausse. Par exemple la Nouvelle-Zélande. Sans affecter l’accès, qui demeure adéquat, bien que la liste des médicaments de ce pays compte environ la moitié du nombre de médicaments couverts chez nous.

On se demande si les patients manquent d’accès à certains produits importants. Pas du tout. C’est qu’il faut voir qu’au-delà de beaucoup de médicaments qui aident vraiment les gens et sauvent des vies, plusieurs des “nouveaux” médicaments ne sont en fait que des pilules “moi aussi”, qui permettent aux pharmaceutiques d’obtenir des “parts de marché” dans les domaines les plus rémunérateurs, mais n’ajoutent pas nécessairement quelque chose de neuf à l’arsenal thérapeutique.

Alors, pourquoi ne pas appliquer les mêmes formules ici? Je ne sais pas. Même le docteur Réjean Hébert, pourtant un progressiste en santé, ne semble pas très intéressé à explorer ces voies. Est-ce par un souci gouvernemental de ménager la sphères économique pharmaceutique, qui emploie tout de même pas mal de gens ici, malgré les mises à pied des dernières années? C’est une question qu’on peut se poser.

Parce lorsque Québec solidaire a déposé son projet de loi portant sur l’assurance publique et Québec-Pharma, le ministre Hébert a qualifié leur position “d’extrémiste”, justement, alors qu’honnêtement, il ne s’agit certainement pas du projet le plus à gauche de ce parti.

Mais pourquoi une assurance publique? Ne dépense-t-on pas déjà trop pour les médicaments? Sans doute, mais beaucoup d’experts jugent que notre modèle d’assurance mixte (1997), “privé-public”, différent des modèles traditionnels de l’assurance-hospitalisation (1960) et de l’assurance-maladie (1971), dans lesquels les coûts on justement été mieux contrôlés, ne permet pas d’appliquer efficacement les mécanismes de négociation de masse et de coordination qui sauve des coûts. D’où une partie de la croissance phénoménale des coûts.

Plusieurs experts et groupes, dont l’Union des consommateurs, militent en faveur d’une assurance entièrement publique pour les médicaments, pensant justement que c’est la voie à suivre pour limiter les coûts tout en assurant plus de cohérence. On parle d’économies d’au moins un milliard par année pour la Québec et de près de 3 milliards pour le Canada en instaurant un régime public de couverture, « simplement en éliminant le gaspillage lié à l’assurance privée et par l’amélioration des choix thérapeutiques ».

Alors qu’attend le gouvernement pour initier une réflexion de fond? L’abolition de la règle des 15 ans pour les brevets est un pas dans la bonne direction, mais c’est un geste assez modeste au regard de l’étendu des actions qui pourraient être menées dans le domaine du médicament. De même, le plafonnement du coût des antiacides de type « IPP » est aussi une bonne idée, puisqu’ils s’équivalent tous, malgré ce qu’en dit le marketing.

Il faudra bien un jour s’avancer sur ce terrain déjà balisé par plusieurs autres pays qui n’ont rien “d’extrémiste”.

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