Assises de la recherche: de Charybde en Scylla?

Le ministre Pierre Duchesne a annoncé la semaine dernière qu’il organiserait des Assises nationales de la recherche et de l’innovation en avril prochain, en vue de la nouvelle politique qui doit voir le jour ce printemps.

Très bonne idée de réunir le monde de la recherche, mais pour quoi faire ?

La réflexion sur les suites à donner à la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation 2010-2013 du précédent gouvernement a commencé il y a près d’un an.

En mai dernier, l’ex-ministre Clément Gignac donnait le mandat de consulter les chercheurs à ce sujet aux deux principales organisations les représentant, soit l’Acfas et l’Adriq.

En octobre, les deux associations ont présenté au ministre Duchesne le bilan de ces consultations, au cours desquelles elles ont recueilli 98 mémoires qu’elles ont transmis aux fonctionnaires.

Sachant que le Québec compte environ 45 000 chercheurs, incluant ceux des universités, des entreprises et des gouvernements, on peut penser que ces mémoires donnent au gouvernement une excellente idée de ce que la communauté de la science et de l’innovation attend de la future politique.

Le 11 avril, l’Adriq organise son assemblée générale annuelle à Montréal et tous ses membres sont conviés à une «Table Innovaction»  consacrée à la future politique.

Du 6 au 10 mai 2013, l’Acfas organise son 81e congrès, cette année à l’université Laval, où sont attendus environ 5000 participants.

Les fonctionnaires seront bien sûr présents lors de ces deux évènements.

Est-ce que les Assises du ministre Duchesne vont apporter quelque chose de plus ?

Même si ce genre de rencontre a le mérite d’envoyer un signal fort de la part du gouvernement sur l’importance qu’il accorde à la recherche, et en fait parler dans les médias (contrairement aux précédentes politiques scientifiques qui sont toujours passées à peu près inaperçues), il y a des limites à consulter, surtout sans avoir de bonnes nouvelles à annoncer.

On le voit avec le Sommet sur l’enseignement supérieur qui est en train de tourner à la foire d’empoigne, le ministre étant totalement coincé par la politique budgétaire de son gouvernement.

Malgré les bonnes intentions, il a montré qu’il n’était pas prêt à examiner toutes les options, y compris celle de la gratuité qui n’a pourtant rien d’une mesure extrême, comme l’explique très bien ma collègue Josée Legault.

Pour la nouvelle politique scientifique, les chercheurs demandent avant tout que le gouvernement mise sur la continuité, rien n’étant plus dommageable en science que les financements à courte échéance.

Comment voulez-vous analyser, par exemple, des changements de longue durée dans le climat ou suivre des cohortes de malades si vous devez sauter des années de mesures faute de financement ?

En coupant dans le budget des fonds de recherche, le gouvernement s’est donc logiquement mis à dos une bonne partie de la communauté scientifique, qui s’était jusqu’alors plutôt réjouie des mesures prises, comme la création d’un ministère dédié à l’enseignement supérieur et à la recherche.

Aux Assises sur la recherche, on n’examinera pas non plus toutes les options.

La première ministre Pauline Marois a promis des «sommes modestes» d’ici avril pour amoindrir les compressions des derniers mois, et répété qu’il faudrait attendre 2014 pour un vrai réinvestissement. Mais pas question de revenir en arrière.

La table est mise pour de bonnes prises de bec.

Pour rester dans la mythologie après les 12 travaux d’Hercule qu’évoquait Josée Legault, espérons qu’en naviguant dans les eaux dangereuses du déficit zéro à tout prix, Pierre Duchesne n’ira pas de Charydbe en Scylla avec ces Assises…

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Hélas, au congrès de l’ACFAS, aucun colloque ne portera sur la politique scientifique du Québec… Aucun suivi de la consultation n’est prévu. C’est pourquoi je crois que ces Assises sont importantes. Après la réception des mémoires (qu’on aimerait pouvoir lire sur le site de l’ACFAS, l’ADRIQ ou du ministère!!) qui proposent toutes sortes de choses, il faudra prendre des décisions. Alors que les Stratégies antérieures de recherche et d’innovation étaient rédigées dans l’opacité par des groupes «stratégiques» composés on ne sait trop sur quels critères et avec de nombreux lobbies en arrière-fond, on peut espérer que ces Assises permettront une transparence inédite dans la culture gouvernementale québécoise en matière de politique scientifique. En espérant aussi que ce soit le prélude à un débat à l’Assemblée nationale!

Un des éléments structurants du débat, c’est la stabilité gage de la continuité. On comprend aisément que les chercheuses et les chercheurs souhaitent bénéficier d’un revenu stable pour mener à bien et dans la continuité leurs recherches ; que certains résultats requièrent de la continuité pour parvenir aux objectifs. Que les chercheurs sont exactement comme tout le monde, qu’ils doivent faire face aux mêmes obligations de toutes sortes qui nous valent de vivre dans la société, la civilisation ou alors bien pas.

En même temps je me dis que cette préoccupation existe aussi dans l’enseignement incluant l’enseignement supérieur et que c’est vrai aussi pour les médecins, les artistes et toutes sortes de personnes qui évoluent dans la société.

Quand on est artiste ou créateur par exemple, il est admis socialement, qu’on soit maltraité, que la vie soit faite de hauts et de bas, voire qu’on ne mange pas à sa faim, puisque la faim c’est bien connu, libère les créatifs qui sommeillent en nous.

Cependant, lorsqu’on observe la démarche artistique avec celle des chercheurs, elle n’est pas si différente l’une de l’autre et à la base, on découvre une quête, une soif de savoir et de transmission du savoir qui passe par des formules les plus empiriques, aux plus abstraites, à celles parmi les plus sophistiquées.

Bien des artistes sont des chercheurs de l’ombre. Pourtant lors de ces Assises de la recherche et de l’innovation, il est bien probable qu’on ne parlera pas d’eux, comme si ce compartiment (ou cet ensemble) ne doit naturellement pas faire partie du logarithme ou de l’équation. On ne leur rendra pas hommage et on se préoccupera bien peu de savoir si leur œuvre se poursuivra, sombrera dans l’oubli ou tout simplement ne sera pas faute de soutiens ou de moyens.

Puisque dans une société bien-pensante, on ne saurait mettre à égalité ce qui relève de la science, de l’art, de la culture ou plus concrètement de la marche de l’humanité et de tout ce qui relève du bien, de la logique et encore du progrès.

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