Assises de la recherche : un paquet de défis !

Comme on pouvait s’y attendre, les médias se sont fort peu intéressés aux Assises de la recherche tenues lundi et mardi à Québec par le ministre Pierre Duchesne, annoncées lors du Sommet sur l’enseignement supérieur. Et c’est bien dommage, car les discussions qui s’y sont tenues étaient riches d’enseignements sur les énormes défis que représentent pour le Québec la construction d’une vraie société du savoir.

Les Assises avaient pour but d’aider l’équipe du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et la science et de la technologie à peaufiner la nouvelle politique de la recherche et de l’innovation du Québec, qui sera annoncée en juin et couvrira les cinq prochaines années.

Mais il va falloir faire preuve d’un sacré courage et de beaucoup d’innovation politique pour sortir le Québec des ornières qui ne lui permettent pas aujourd’hui de tirer le meilleur profit de la science et de l’innovation.

Les quelques 350 personnes présentes à la rencontre ont d’abord été invitées à réfléchir aux trois grands enjeux contemporains identifiés par le ministère comme étant ceux auxquels devraient prioritairement s’attaquer la recherche et l’innovation. Ces thématiques – les changements démographiques, le développement durable et l’identité québécoise – étaient décrites dans le «cahier du participant».

Le problème, c’est qu’une bonne partie de la recherche réalisée au Québec échappe complètement aux priorités que voudrait dicter le gouvernement.

Un bon exemple de cela est justement le financement de 34,2 millions de dollars à Génome Québec annoncé hier par le ministre Duchesne, qui soutiendra 8 projets réalisés à l’Université de Montréal, à l’Université Laval et à McGill en génomique et médecine personnalisée.

Tout un montant alors que le budget des Fonds des fonds de recherche du Québec, qui couvrent l’ensemble des disciplines scientifiques, avait été amputé de 32 millions de dollars récemment !

Génome Québec a beau clamer que «les solutions sont dans nos gènes» dans sa vidéo promotionnelle, la génomique jouit d’un financement totalement démesuré par rapport à sa capacité à aider le Québec à relever le défi des «grands enjeux contemporains».

Pour permettre aux Québécois de mieux vieillir, par exemple, on devrait investir largement plus dans la recherche sur l’organisation des soins de santé ou les inégalités sociales pour permettre à nos «vieux» de finir leurs jours dans des conditions agréables plutôt que dans des CHSLD surchargés ou dans le dénuement.

Pourquoi dans ce cas financer autant la génomique ?

Parce que sur les 89 millions de dollars qu’a reçu Génome Québec, la moitié provient du fédéral, via Génome Canada et les Instituts de recherche en santé du Canada. Et que le programme fédéral exige que la province et des entreprises déboursent le reste pour que ses chercheurs aient accès au financement.

Québec n’a pas vraiment les moyens de se passer de l’argent d’Ottawa. Et doit donc accepter de se laisser dicter ses priorités.

Or à Ottawa, la recherche est de plus en plus orientée politiquement.

Si le gouvernement Harper décidait que la construction d’avions militaires devait devenir une priorité de recherche, Québec se retrouverait face à un cruel dilemne: accepter de financer cette recherche complètement hors de ses priorités, ou empêcher ses chercheurs de profiter de l’argent d’Ottawa.

Voilà un sacré enjeu en matière d’identité nationale !

Un autre domaine dans lequel il va être bien difficile de passer de la théorie à la pratique est celui de la formation de la main d’oeuvre hautement qualifiée, dont les entreprises du Québec, en grande partie des PME, ont absolument besoin si elles veulent innover.

Aux Assises, la ministre de l’Éducation Marie Malavoy est venue demander aux chercheurs de l’aider à revaloriser la formation professionnelle et technique.

Sauf que les professeurs d’université ont eux aussi un besoin absolument vital de tous ces étudiants à la maîtrise et au doctorat, et des stagiaires post-doctoraux, pour mener à bien leurs recherches.

Occupés à rédiger des demandes de subventions, à enseigner et à gérer les universités, ils ne peuvent espérer performer en recherche sans une armée d’étudiants gradués pour réaliser les expériences et écrire les ébauches de publications.

Si l’on tente de raccourcir la durée des doctorats ou d’encourager les diplômés à rejoindre le marché du travail en entreprise, les chercheurs vont perdre cette main d’oeuvre assez bon marché qui leur permet de performer même sans grands moyens.

On peut bien dire que la recherche à l’université et l’innovation en entreprise forment un continuum, elles se font en réalité déjà une concurrence effrenée pour la main d’oeuvre.

Là encore, il va falloir innover pour trouver une solution. Un bon sujet pour les «chantiers» qui font suite au Sommet sur l’enseignement supérieur.

La solution serait d’avoir plus de jeunes formés en sciences, et les participants aux Assises ont été nombreux à insister sur l’importance cruciale de s’y prendre dès l’école primaire, et bien plus efficacement qu’on ne le fait aujourd’hui.

Mais le vrai défi consiste à mieux sensibiliser la population de tout âge à la science et à l’innovation. Si les parents et les enseignants avaient eux-mêmes une attitude plus éclairée à ce sujet, les générations futures embarqueraient naturellement !

La culture scientifique est absolument vitale pour bâtir une société du savoir. Cela semble une évidence qu’il faut mettre le paquet pour que  de la naissance à la tombe, les Québécois puissent mieux comprendre le monde qui les entoure, prendre des décisions éclairées pour eux, leurs proches et la société de plus en plus technologique dans laquelle ils vivent.

Pourtant, pas un mot à ce sujet dans le discours de clôture des Assises du ministre Duchesne.

La culture scientifique, ni tout à fait science, ni tout à fait culture, tombe souvent «dans les craques du plancher», et les organismes qui s’en chargent vivotent pour la plupart. Elle souffre aussi des coupes du gouvernement Harper, par exemple à la Biosphère, ou au centre des sciences de Montréal.

À l’intérieur de sa politique de recherche et d’innovation, le Québec innoverait de manière drôlement intéressante en se dotant d’une véritable stratégie pour enrichir le savoir de sa population.

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Une excellente analyse en effet de ces assises. Les ornières sont profondes et les idées bien pieuses.

Quoiqu’on en dise, le système actuel convient assez bien aux universités et elles ne semblent pas vouloir le modifier ou même réfléchir à ses bases de fonctionnement. La volonté de continuer à fomer toujours plus d’étudiants gradués (et ce, peu importe le domaine) le démontre assez bien. J’ai été surprise de constater le consensus à ce propos lors de ces Assises alors que ce consensus n’existe pas au sein de la communauté scientifique. En témoignent les anlayses nombreuses dans des revues comme Science ou Nature.

Bizarre aussi l’amalgame entre culture scientifique et formation scientifique. On parle quand même de deux choses différentes.. et on parle très peu de la culture en effet.

Une proposition pour augmenter la présence de la science dans la sphère publique serait de favoriser dans l’évaluation des demandes de subvention les publications « non-scientifiques » (qui s’adressent au grand public) au même titre que les publications scientifiques (qui s’adressent aux spécialistes). Ça ne règlerait pas tout mais ça aurait l’avantage d’inclure les acteurs de la recherche dans la résolution du problème.

Mme Borde,
Former plus d’étudiants en sciences est une idée complètement farfelu. Les perspectives d’emplois sont de minables à inexistantes en sciences. C’est un cul de sac professionel. Mais quand donc allez vous finalement aborder le système pyramidale de la recherche universitaire Mme Borde? : Des centaines d’esclaves (lire ici étudiants au PhD et stadiaires post-doc) exploités pour le rayonnement du professeur, lui-meme avide d’un maximum de publications à un coût minimal.