Au chevet d’un proche en arrêt cardiaque… pour préparer le deuil.

Lorsqu’un patient subit un arrêt cardiaque, c’est évidemment une situation terrible pour la famille. Qui va souvent mal se terminer : par le décès. Puis, ce sera le deuil. Mais les proches pourraient mieux vivre ce drame : en assistant à la réanimation, une pratique peu répandue. Une étude française vient de le confirmer.

Publiée dans le NEJM, l’étude répartissait en deux groupes les familles de patients en arrêt cardiaque : assister directement aux manœuvres de réanimation ou être gardées à quelque distance, comme dans la vraie vie.

Or, ces résultats montrent que d’avoir été présents pendant la réanimation aidera à mieux vivre le deuil. Le syndrome post-traumatique est alors beaucoup moins fréquent (60%). De même, les symptômes de dépression et d’anxiété sont plus rares.

L’idée peut paraître surprenante, voire rebutante. Qui souhaite voir un proche subir un massage cardiaque? Or, c’était déjà connu en pédiatrie : assister à la réanimation de leur enfant permet aux parents de mieux vivre le deuil. Ça semble donc vrai également en médecine d’urgence adulte.

Mais comment ça se passe, concrètement?

Lorsque je tente de réanimer un patient en arrêt cardiaque, je rencontre la famille à deux ou trois reprises, durant des traitements de réanimation qui vont s’étirer sur vingt ou trente minutes, au minimum. Cela permet de bien expliquer ce qui se passe, de répondre aux questions et d’accompagner le mieux possible et avec assez d’empathie.

Mettons en contexte. La plupart des patients ceux qui vont survivre à un arrêt cardiaque sont sauvés par le massage cardiaque prodigué immédiatement par les proches, puis par le choc donné par les paramédics appelés (911) rapidement. Le temps est le facteur clef, le massage permettant d’acheter quelques minutes jusqu’au choc, seul traitement efficace pour renverser l’arythmie cardiaque généralement causale.

Mais la plupart des patients n’auront pas cette chance d’être ramenés à la vie. Si le coeur est sans activité à l’arrivée à l’urgence, ils ne s’en sortiront habituellement pas. Au-delà du massage cardiaque prodigué par les proches et de ce choc donné par les paramédics, les « traitements avancés » prodigués à l’urgence sont peu efficaces si l’arrêt cardiaque persiste.

Je rencontre alors des familles éplorées qui comprennent intuitivement la gravité de la situation et voient venir le pire. Avec raison, bien souvent.

Il faut les préparer. Nous savons que le décès s’en vient probablement. Eux, pas encore tout à fait. Il n’y a pas de recette magique : du tact, de l’écoute, un peu de temps (qui manque souvent à l’urgence), bref, un accompagnement, avant d’annoncer le verdict fatal.

Mais j’offre aussi à ceux qui le souhaitent de venir avec nous en salle de réanimation, au chevet.

Ils sont donc introduits  dans ces lieux un peu étranges. Pendant le massage cardiaque et les autres manœuvres de réanimation. Et ils voient.

Ce sont des moments intenses pour tout le monde et aussi pour le personnel et les médecins : plus habitués à être « entre nous », il faut alors s’ouvrir à une présence toujours intense.

Accompagner une femme auprès de son mari en arrêt cardiaque, qui s’en approche doucement et lui prend la main, lui dit quelques mots, l’embrasse, ça remue n’importe qui. Certains dans l’équipe sont parfois un peu mal à l’aise; ce n’est pas nécessairement dans les habitudes. Pourtant, c’est vraiment important.

Pour le deuil, bien entendu. Et celui ne nuit à personne: l’étude française a montré la qualité de la réanimation n’était pas affectée par la présence des proches et que les soignants n’éprouvaient ni plus de stress ni de difficulté concrète à prodiguer les soins.

Cela pourrait aider à convaincre ceux qui doutent de la pertinence de cette approche, à ma connaissance encore peu répandue.

Voir ce qui se passe et des explications simples permettent aux proches de mieux comprendre ce qui se passe. Souvent, j’arrête quelques secondes la réanimation pour montrer l’absence d’activité cardiaque spontanée sur le moniteur. J’ai même un collègue qui montre aux proches l’activité cardiaque (absente) à l’aide d’une machine à échographie, la comparant avec la sienne. Mieux comprendre, pour mieux intégrer.

Puis, les proches sont raccompagnés dans une salle attenante. Où ils attendront encore, dans l’angoisse et la tristesse.

La rencontre suivante sera consacrée à l’annonce du décès, qu’ils pressentent intuitivement: la fin de tout espoir, qui initie le deuil.

Cela vous surprendra peut-être, mais j’ai reçu quelquefois des remerciements particulièrement touchants de la part de proches endeuillés après cet accompagnement en salle de réanimation. Une famille est même déjà revenue, le lendemain, remettre un immense bouquet de fleurs à l’équipe. Nous étions un peu sonnés.

Voir leur avait permis de comprendre. Et comprendre, de mieux vivre le drame. De mieux l’intégrer.

Je ne suis donc pas surpris des résultats de l’étude française, qui confirme mon expérience : les familles doivent pouvoir accompagner leurs proches, même dans ces instants critiques. Même si c’est la fin. Elles s’en porteront mieux durant les mois difficiles qui suivront.

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Je suis tout à fait d’accord. Ayant travaillé longtemps à l’urgence en tant qu’infirmière, je crois que la famille est rassurée de voir qu’on a tout fait pour réanimer leur proche et l’annonce du décès est moins brutale.

Intéressant comme étude…, en tant que paramedic, j’admet que les premières fois ou des membres de la famille étaient présent sur un cas d’arrêt cardiaque, je me suis senti déstabilisé, cela se passe mieux maintenant. Dans notre profession, la présence des proches lors de nos manoeuvres de réanimation est quelque chose de fréquent, et que je crois accepté et assumé par plusieurs des acteurs du milieu préhospitalier. Effectivement, malgré le décès de la personne, certains proches nous ont remercié, mes collègues d’alors et moi même pour notre intervention.

Inclure la famille en salle de réanimation est une pratique qui me rejoint, on parle de plus en plus d’inclure les familles lors des soins et lors de décès on les met de côté dans une salle…. Je pratique en salle d’urgence depuis plus de vingt ans et une de nos assistante a instaurer récemment un protocole d’accompagnement des familles en reanination. Ça fonctionne bien, et inclure un peu d’humanité dans les soins ça ne peu qu’aider les familles. Moi personnellement j’ai en particulier en tête la phrase d’une mère qui m’ a dit « je sais que vous avez tout tenter, je vous ai vu, merci »

est-ce qu’on sait si celui qui est en crise est totalement inconscient et si non, sentir la présence d’une personne aimée pourrait certainement être un stimulant et complément aux soins prodigués.