Au régime, les microbes !

La nutrition combattra un jour les infections aussi efficacement que les antibiotiques. C’est du moins l’espoir de Val Smith, de l’Université du Kansas, qui rompt avec l’approche traditionnelle de la diététique.

Photo : Sage Ross / Wikipedia
Photo : Sage Ross / Wikipedia

Au lieu d’étudier les effets d’une diète sur les patients, cet écologiste de formation s’est demandé quels étaient ceux de l’alimentation sur les micro-organismes envahisseurs. Puisque les bactéries ont besoin de nutriments pour survivre, il suffirait pour les vaincre de supprimer ces éléments de l’alimentation du patient. Une idée inusitée, car s’il est connu qu’en s’alimentant correctement on peut prévenir certains cancers ou des maladies chroniques, comme le diabète, la lutte contre les bactéries par la diététique n’a jamais fait l’objet d’études.

Dans son récent rapport, publié dans le Journal of Integrative and Comparative Biology, Val Smith présente le cas de rats infectés par un ver parasite, Moniliformis dubius. Moins les animaux avaient ingéré de fructose, abondant dans les fruits, moins les vers se développaient.

D’autres expériences sont encore plus prometteuses. On s’est rendu compte que le fait de limiter la consommation de fer de souris et de rats infectés par des bactéries déclenchait une compétition féroce entre l’hôte et ses « envahisseurs » pour absorber le nutriment. Et de cette guerre, les micro-organismes sortaient perdants. Si le phénomène peut être transposé chez l’humain, il suffirait, théoriquement, de réduire la quantité de fer ingérée par une personne pour tuer une infection.

Val Smith propose en quelque sorte de voir le corps comme un écosystème. Par analogie, l’organisme humain serait un lac et les bactéries, des cyanobactéries (algues bleues). Ainsi, au lieu de continuer à prescrire des antibiotiques, comme on déverserait des algicides dans les lacs, on pourrait couper les vivres aux bactéries, de la même manière qu’on cesserait d’approvisionner les eaux en phosphates. Reste à scruter les habitudes alimentaires des différents micro-organismes et à déterminer les nutriments qu’il faut supprimer des assiettes des patients. L’affaire de quelques décennies…

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