Au royaume du nid-de-poule

Rues et pistes d’atterrissage sont en piteux état dans les villages inuits. Une équipe de chercheurs, dirigée par l’ingénieur civil et professeur de génie routier Guy Doré, étudie le problème. Et trouve des solutions.

Pourquoi les changements climatiques ont-ils des effets aussi dévastateurs sur les infrastructures des villages inuits ?
— Dans le nord du Québec, le sol est composé, entre autres, de strates de glace. Les étés sont désormais si chauds que cette glace fond, laissant dans le sol des espaces vides. Les rues et les pistes d’atterrissage s’affaissent ou ondulent. Et la situation n’ira pas en s’améliorant. Il y a quelques années, des Inuits ont commencé à asphalter les quelques rues de leurs villages. Je peux les comprendre, ils passent l’été dans la poussière soulevée par les véhicules. Mais l’été, l’asphalte noir attire la chaleur et augmente la température du sol de plusieurs degrés. Les Inuits n’aident pas leur cause !

Il n’est pas possible de corriger facilement la situation ?
— Jusqu’à maintenant, les équipes d’entretien ont pu faire les corrections nécessaires. Du moins sur les routes de gravier, où il suffit que la niveleuse passe et égalise la surface. Par contre, réparer les rues en asphalte est plus difficile. Les 14 villages de l’Extrême Nord se partagent une seule finisseuse. Une fois qu’elle a passé, c’est terminé. Salluit, par exemple, a asphalté ses rues il y a deux ans. Avec la chaleur, elles se sont rapidement détériorées. Aujourd’hui, ces rues sont remplies de trous, que les Inuits n’ont pu combler qu’avec du gravier…

À long terme, pourrons-nous contrer les effets du réchauffement du climat sur les infrastructures du Nord ?
— Si la température moyenne grimpe de 4°C ou 5°C, on pourrait stabiliser le sol sous les pistes d’atterrissage en provoquant son dégel, puis en le chauffant pour le garder dégelé en permanence. C’est une possibilité pour les villages où la couche de glace dans le sol est mince. Là où la glace a plusieurs mètres d’épaisseur, cette solution n’est pas viable. On pourrait alors lutter contre les effets de la chaleur en recouvrant la surface des rues ou des pistes d’un revêtement de couleur claire, qui réfléchirait la lumière du soleil, ou en extrayant la chaleur du sol l’hiver. Cela se fait en installant des drains thermiques dans les rues et les pistes d’atterrissage. Cette technique peut abaisser de 5°C la température du sol.

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