Beaux parleurs, petits faiseurs

Les Québécois se disent écolos, mais ils rechignent davantage que les autres Canadiens à payer la note.

Certains mythes ont la vie dure. Celui qui veut que les Québécois soient plus écolos que les autres Canadiens, entre autres!

De l’ordre du mythe également: les Albertains, avec leur pétrole et leurs sables bitumineux, ne sont guère soucieux de l’environnement. Or, à la question «Seriez-vous prêt à ralentir l’exploitation des sables bitumineux pour protéger l’environnement?», 91 % ont répondu oui, révèle un sondage effectué en avril 2006 par l’Institut Pembina, organisme albertain sans but lucratif voué à la recherche et à l’éducation environnementale. «Les groupes écologiques et les médias ont fait du bon boulot pour alerter tous les Canadiens devant le danger», explique Clare Demerse, analyste de l’Institut Pembina. Selon elle, le gouvernement albertain pourrait adopter des mesures pour limiter l’exploitation des sables bitumineux. «La population le souhaite et mettra de plus en plus de pression sur les élus», dit-elle.

Une proportion presque aussi grande de Canadiens que de Québécois se dit préoccupée par la protection de l’environnement. Huit Canadiens sur dix sont en effet contre l’idée de construire une usine dont les rejets pollueraient le lac d’à côté. Cela représente une augmentation de cinq points depuis 1992. Alors que l’augmentation, chez les Québécois, a été de sept points.

Déjà, il y a 15 ans, Alain Giguère, de CROP, faisait remarquer que «les Québécois pleurent volontiers quand on leur parle des baleines qui meurent à l’embouchure du Saguenay». Aujourd’hui, ils n’hésitent pas à se mobiliser en faveur de l’environnement. En février 2004, près de 4 000 personnes ont manifesté dans les rues de Montréal pour demander à Hydro-Québec et au gouvernement du Québec de renoncer à la construction d’une centrale thermique à Beauharnois, en Montérégie. Le projet promettait pourtant des investissements de 550 millions de dollars sur trois ans et la création de près de 2 000 emplois en construction.

À Beaumont, près de Québec, 72 % de la population a dit non, en décembre 2004, lors d’un référendum, à l’aménagement d’un terminal méthanier. Et en décembre 2005, en marge de la Conférence de Montréal sur les changements climatiques, plus de 10 000 personnes ont bravé un froid sibérien pour dénoncerl’apathie des gouvernements à l’égard du réchauffement de la planète. «Il y a 15 ans, il n’y aurait jamais eu autant de monde dans la rue!» dit le journaliste du Devoir Louis-Gilles Francœur.

Les deux solitudes divergent toutefois sur un point: qui doit payer la note. Un peu plus de un Québécois sur deux accepterait une hausse de 10 % de ses impôts pour protéger l’environnement, contre deux Canadiens sur trois.

Les Québécois ne sont pas moins verts lorsqu’il s’agit de payer la facture, estime cependant André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique. Selon lui, au Québec, le fardeau fiscal est déjà parmi les plus élevés en Amérique du Nord. Mais surtout, dit-il, les Québécois sont davantage sensibilisés au principe du pollueur-payeur. «Les Québécois préfèrent que la facture soit assumée par les industries pollueuses plutôt que par l’ensemble des contribuables.»

Dans les autres provinces, il est vrai, et particulièrement en Alberta, on a tout intérêt à refiler la facture à l’ensemble des contribuables canadiens: le gouvernement albertain vient d’autoriser les exploitants des sables bitumineux à augmenter leurs émissions, d’ici 2020, de 72 % au-dessus du niveau de 1990.

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