Bhopal, Minamata : injustices au long cours

Il aura fallu 26 ans pour que la justice indienne condamne certains des responsables de l’accident de Bhopal, alors que le gouvernement japonais a enfin accepté d’indemniser les victimes de la tragédie de Minamata qui n’avaient pas été reconnues jusque là… 54 ans après les faits !

D’accord, identifier les causes d’un accident industriel majeur et en repérer les victimes n’est pas une mince affaire. Mais cela n’explique pas ces délais aberrants, qu’on doit d’abord et avant tout à la volonté des coupables d’échapper à leurs responsabilités.

Pendant des années, le méthylmercure présent dans les eaux usées de la compagnie pétrochimique Chisso a empoisonné gravement des milliers d’habitants dans toute la baie de Minamata, sur l’île de Kyushu.

La contamination a été repérée en 1956 mais elle a continué pendant 10 ans de plus, faisant des ravages notamment chez les pêcheurs et leurs enfants, atteints de problèmes neurologiques sévères et incurables.

Environ 2 200 victimes (la plupart décédées) ont été reconnues et indemnisées depuis, et quelques 10 000 autres ont reçu des compensations  financières de Chisso en échange de l’abandon des poursuites.

En avril dernier, les autorités japonaises ont finalement reconnu que 30 000 autres personnes ont souffert de la contamination de la baie de Minamata. Début mai, le premier ministre a présenté pour la première fois les excuses officielles de son gouvernement et assisté à une messe à la mémoire des victimes.

Depuis, 18 000 Japonais se sont déjà inscrits pour recevoir l’indemnisation de 2,1 millions de yens par personne (24 000 dollars) promise et la pension de 17 700 yens par mois (204 dollars).

On ne sait pas exactement combien de victimes a fait l’explosion survenue dans l’usine de pesticides de Union Carbide à Bhopal, en Inde, en décembre 1984 : entre 3 700 et plus de 25 000, selon les estimations, sans compter des dizaines de milliers de blessés. Le jugement survenu hier est le premier à épingler des coupables en infligeant deux ans de prison à huit employés locaux.

Le plus incroyable, c’est que les restes de l’usine sont toujours là, tout comme la contamination. Ni Union Carbide, ni la compagnie Dow Chemical qui l’a rachetée en 2001, ni même les autorités indiennes qui sont maintenant propriétaires du site ne l’ont nettoyé.

Selon le ministre indien de la justice, le sort de l’ancien PDG de Union Carbide, l’Américain Warren Anderson, n’est pas encore scellé. Il est toujours déclaré en fuite depuis qu’il a quitté l’Inde peu après l’accident. Depuis, il vit à Long Island mais les États-Unis refusent de l’extrader.

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